Première fois :
Seren
On raconte que les bêtes féroces doivent être domptées.
Qu'avec assez de patience, assez de force, assez de volonté...
elles finissent toujours par plier.
La plupart pensent que c'est une question de brutalité.
Ils ont tort.
Une bête ne plie pas sous la violence.
Elle plie lorsque vous lui retirez toute autre issue.
Il a couru longtemps.
Plus longtemps que je ne l'aurais cru.
Mais toute chasse a une fin.
Et certaines bêtes...
ne sont pas faites pour être libres.
Seren
*
— J'ai attendu ta visite, commença sans préambule Seren. Longtemps, insista-t-il en s'engageant vers le Grand Palais. Assez pour me demander si tu trouverais enfin le courage de franchir ma porte... ou si tu te contenterais, comme d'habitude, d'observer de loin. Et je te trouve. Dans cette maison.
— J'ai eu ma dose de blabla inutile. Tu savais très bien que cela arriverait. Jonah est la seule chose stable qui me rattache à ce monde et sa présence ici ne sert qu'à cela. Un otage, encore une fois. J'espère simplement que tu seras meilleur qu'Isao ne l'a été. C'est tout ce que je souhaite. Qu'il vive une vie paisible.
— Tu tentes vraiment de me faire croire que ta visite avait pour simple but de recadrer son alpha ? Sora, tes paroles n'ont aucune valeur pour cet esprit vide.
— Lorsque j'ai vu Jonah sur le perron, exactement comme autrefois, son visage ne reflétait pas la même peur. Il y avait cette certitude troublante qu'il n'était rien. Il n'a jamais été très subtil ni très malin, mais il était audacieux et plein d'humeur. Aujourd'hui, il est juste éteint, murmura Sora. Et je sais que Liam m'a entendu cette fois. Je le protégerai, lui et sa petite. Même si tu essaies de m'en empêcher, je ferai tout pour qu'il reste dans ma vie.
Le Grand Suprême se rapprocha d'un pas, juste assez pour réduire l'espace entre eux.
— Sora, tu as voulu jouer, reprit-il sur un ton plat. Tester une nouvelle fois nos limites. Tu vas apprendre à les mesurer. Tu sembles oublier une chose, mon Compagnon.
Quelques pas de plus dans un silence maîtrisé.
— Je peux tolérer beaucoup. Ton insolence. Tes provocations. Même tes erreurs.
Son ton resta égal, presque posé.
— Mais quand tu franchis une ligne, ce n'est pas toi qui décides des conséquences.
Le Grand Suprême inclina légèrement la tête.
— Et crois-moi... je n'ai encore rien décidé.
— C'est une blague ? grogna le jeune homme. Les conséquences ? Le prix, je l'ai payé cette nuit, et tu le sais !
Un silence glissa entre eux, lent et dense.
— En effet, répondit le Grand Lycan d'une voix plus basse. Tu le portes encore sur ta peau.
Sora se raidit.
— J'ai passé deux heures dans cette foutue eau thermale trop chaude !
— L'eau efface la sueur. Elle dilue les phéromones. Elle masque l'évidence aux yeux des ignorants. Mais l'Essence...
Le Grand Suprême déposa un bras lent sur les hanches du jeune homme. Suffisamment pour que l'air crépite autour d'eux.
— L'Essence s'imprègne. Elle s'accroche aux fibres. Elle se niche dans la nuque, à la naissance des cheveux, au creux des poignets... entre les cuisses s'il le faut.
La mâchoire de Sora se contracta.
— Tais-toi.
— Tu croyais vraiment pouvoir la dissoudre dans de la vapeur chaude ? Je la sens encore. Elle pulse contre ta gorge. Elle respire avec toi. Chaque fois que ton cœur accélère... elle répond.
Sora détourna le regard, mais trop tard. Un sourire sans chaleur étira les lèvres de Seren.
— Et le plus fascinant... ce n'est pas que tu as été de nouveau marqué cette nuit. C'est que ton corps ne l'a pas rejetée.
Un nouveau silence.
— Quelle ironie, Sora. Tu appelles cela un prix à payer... alors que ton souffle s'est accordé aux leurs sans la moindre résistance. Ne confonds pas contrainte et désir. Ton odeur trahit ce que ta fierté refuse d'admettre.
Puis il murmura dans un souffle :
— Si c'était vraiment un sacrifice... tu ne frémirais pas encore.
— Je... je ne frémis pas. C'est de la peur.
— Tu as peur d'aimer ça ? Te voilà démasqué, conclut doucement Seren.
Un bruit sec fendit soudain l'air, puis des pas rapides et assurés retentirent et Call apparut soudainement devant eux, comme sorti de nulle part. Stature droite, regard dur et mâchoire verrouillée, Sora se doutait bien de l'issue de leur conversation.
— Tu m'expliques ? envoya le Grand Limier sans préambule et sans un regard pour son Grand Suprême.
Ce n'était pas vraiment une question, mais les épaules du jeune homme se raidirent instinctivement.
— J'avais besoin d'air.
— T'avais besoin d'air ? répéta Call, presque amusé. Putain, t'aurais pu aller n'importe où. Pourquoi j'te retrouve ici ?
Il avança trop près et sa main se referma brutalement autour du poignet de Sora.
— J'te cloître, tu l'as pas volé. T'as quitté not' territoire sans prévenir.
— Je ne suis pas un périmètre à surveiller, répliqua Sora.
— J'en ai ma claque ! cria Calden.
— Call.
La voix calme de Seren coupa net l'escalade, mais sous cette maîtrise, quelque chose vibrait.
— Relâche-le.
Le Grand Limier ne détourna pas les yeux de Sora.
— On avait un accord tous les deux, balança le châtain en direction du blanc. La ligne !
— Tout va bien, Calden. Il semble simplement que Sora ait besoin d'entendre nos règles chaque matin pour son propre bien-être. Mais j'ai confiance dans ce lien que notre Compagnon a accepté cette nuit, mon ami.
Les yeux du Grand Suprême glissèrent vers le poignet de l'oméga toujours emprisonné.
— Ce lien n'implique ni contrainte ni démonstration de force. Du moins, en dehors de notre territoire, conclut Seren.
Call finit par desserrer les doigts lentement pour libérer le jeune oméga. Mais il resta tout près.
— Il a disparu après cette nuit. La première ! La plus importante, insista Call. Après c'qu'il porte encore sur la peau. Tu voudrais que j'reste calme ?
Le regard de Seren se posa brièvement sur Sora qui observait ces échanges avec une curiosité pleinement avouée. Une ombre passa dans les yeux du Grand Suprême — jalousie ? inquiétude ?
Non.
Non, c'était autre chose.
Un désir.
Quelque chose de sale, de vicieux.
De l'envie pleinement assumée.
Du regret.
Celle de son absence, de son retrait.
— Je voudrais que tu te rappelles que nous sommes cinq, dit le Grand Suprême d'une voix plus basse. Pas un contre un.
Call braqua ses yeux dans ceux de Sora et ricana sans joie.
— Cinq ? T'crois ça ? Pa'ce que j'ai comme l'impression qu'il agit tout seul. X'actement comme avant. À n'en faire qu'à sa putain d'tête de lard !
— Sora a besoin de limites tout comme il a besoin d'un peu de leste. Nous trouverons... un nouvel accord.
Le mot pesa comme un couperet tandis que les yeux couleur forêt du Grand Lycan se braquaient dans l'argent du jeune homme.
— Nous ne réglerons pas cela en public, mon ami. Ni dans la colère. Rentrons au Palais. Tous ensemble.
— Merde ! M'dis pas qu'on va faire ça autour d'un steak ?
— Notre Compagnon a besoin de plus de détails sur sa place parmi nous.
— Ça va chier ! Aaron arrête pas d'me causer et j'parie que Kenneth lui bouffe son oxygène. Comment tu peux continuer de m'faire chier comme ça alors qu'tu te balades avec le bide rempli de sperme ? balança Calden en direction de Sora.
— Sale connard ! cracha le jeune homme.
— T'as encore rien vu, beauté. J't'avais prévenu, t'es mon oxygène ! Et moi, j'aime pas retenir mon souffle, j'en veux encore et encore. Et encore. J'vais t'bouffer jusqu'à ce que tu puisses plus bouger et même encore là, j'continuerai. Et t'sais quoi ? J'réfléchis vraiment à ta proposition d'te couper une patte.
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Ouroboros
ActionTout ce que souhaitait Sora c'était vivre une vie normale et être utile aux autres. C'est pourquoi, une fois le diplôme de Sage Femme en poche, il prévoyait de s'exiler au Canada pour y exercer son métier et pourquoi pas, un jour, de faire le tour d...
