Il doit sûrement attendre une réaction de ma part mais je suis incapable de penser à quoi que ce soit. Tout ce qui m'importe c'est qu'il soit vivant, que nous soyons vivant tous les deux. Je tente d'ignorer les derniers mots d'Alec qui résonnent dans ma tête comme une mélodie trop souvent écoutée et passe ma main dans mes cheveux, légèrement dépassée par la situation. Je lève le regard vers Alec qui observe le sang qui coule sur sa main après s'être touché la tempe.
-Putain, crache-t-il en donnant un coup pied dans le corps sans vie de Keith.
Je ferme fort les yeux et prend une grande inspiration. Je regarde ses blessures et me dirige rapidement jusqu'à la salle de bain. Il faut que je le soigne. Je fouille dans les placards, je cherche quelque chose sans trop savoir quoi. Je renverse tout ce que je vois, sans le faire exprès. Je regarde partout et à la fois rien. Un mélange détonnant de toutes les pires sensations qui puissent exister m'assaillent le crâne. Je prends l'eau de toilette et la jette dans la baignoire avant de fixer les débris de verres explosés. Soudainement, je sens la main d'Alec me tenir fermement le poignet et me tourner vers lui. Je pose brutalement mes mains contre son torse pour le repousser, mais je ne réussi pas à détourner les yeux des siens.
-Il a tué mes parents, Alec.
J'allais m'effondrer mais il me retient par le bras et me tire contre lui. Il me maintient fermement contre sa poitrine, et d'une voix basse et rauque, il dit :
-Ça va aller.
-Non, putain, comment cela pourrait-il aller ?
Je le repousse une nouvelle fois, le souffle court. Son oeil droit à enflé et le sang commence à sécher sur sa tempe. Sa lèvre est ouverte et gonflée. Il contracte sa mâchoire et me regarde dans les yeux. Je tente de calmer mes nerfs, mais la scène de tout à l'heure ne fait que de repasser en boucle dans mon crâne et un écho de douleur dans l'estomac me cloue sur place. Une larme s'échappe et termine sa course sur ma mâchoire avant de s'écraser sur le carrelage de la salle de bain.
-Quand tu m'as balancé ça en pleine gueule à la cabane j'ai juste pensé que tu me provoquais une fois de plus mais en fait...
Je prend une grande inspiration et me tourne pour regarder le désastre que je viens de faire dans la petite pièce.
-Mais en fait il l'a vraiment fait. Cet enfoiré a vraiment tué mes parents, dis-je dans un long soupir de désespoir.
Je me tamponne les joues et réfléchis. J'attrape la serviette qui jonche sur le sol et sors de la salle de bain en bousculant Alec. J'avance en traînant le pas jusqu'à la cuisine, faisant comme s'il n'y avait pas de corps ensanglantés à mes pieds et prends la bouteille d'alcool dans le placard au dessus de l'évier. Quand je me tourne, Alec est à quelques mètres de moi, les bras croisés contre son torse, sa gueule cassé et ses sourcils froncés. Il me dévisage.
-Nous devons partir.
-Sara...
Je ne le laisse pas finir sa phrase. Tout se passe trop vite dans ma tête pour que j'arrive à mettre des mots sur mes pensées.
-Je te soignerais dans la voiture.
J'évite son regard et le contourne pour sortir de cette foutue baraque. Il faut que je m'aère. Au delà de ma déception, je suis submergée par l'incompréhension. J'entre dans la voiture et fixe devant moi, sans jamais quitter du regard l'horizon, perdue dans les abysses de mon entendement . Il démarre et nous sortons rapidement des favelas. Je sens le regard désarçonnant d'Alec sur moi et ça m'énerve. J'ai ce terrible besoin de me défouler et de me libérer de cette frustration. Je tapote mon pied frénétiquement contre le sol et mes doigts contre le rebord de la vitre.
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INCANDESCENCE
RomansaOn s'est tous déjà demandé, si on devait changer quelque chose à notre vie, qu'est-ce que ce serait ? C'est la question que Sara, une jeune femme qui attire les problèmes, se pose tous les jours. Excédée par la vie qu'elle a en Californie où elle...
