Chapitre 60

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Je donne mon premier coup dans le rétroviseur cassé et fragile de la voiture dans un cri de colère qui s'échappe de mes tripes. J'ai l'impression de ne plus rien contrôler. Je regarde les morceaux de miroir tomber au sol avant de redonner un autre coup plus virulent et de complètement le démantibuler. Je me recule légèrement, fixant la portière cabossée, avant de prendre de l'élan et de l'assaillir d'un coup de pied dans lequel je met toute ma force. J'ai l'impression que plus je frappe, plus je suis en colère, et plus j'ai envie de me défouler. Putain de cercle vicieux. Je fais glisser la barre de fer dans ma main avant de briser la vitre encore intact du coté passager. C'est dingue la satisfaction qui émane de mon corps je vois tous les morceaux de verres éparpillés au sol et sur le siège à l'intérieur de la voiture, du moins ce qu'il en reste. Cette bagnole doit traînée là depuis des années au vu de son état. 

Je fais le tour jusqu'au capot en me hâtant à le cabosser encore plus qu'il ne l'est déjà. J'y donne plusieurs coups en serrant les dents pour retenir mes grognements,  jusqu'à ce que mon bras me fasse comprendre qu'il faut que je fasse une pause. Des fourmillements grouillent dans mes muscles, je soupire avant de m'essuyer le front de mon avant-bras, fixant mon travail destructeur. Je me maudis de penser à Alec maintenant, alors que je sens cette nouvelle vague de colère monter en moi. Je passe la barre de fer dans mon autre main, fait craquer ma nuque, et donne un énième coup dans le pare-brise après avoir pris une grande inspiration. Une légère fissure craquelle la vitre, et l'envie de la briser entièrement m'oblige à donner d'autres coups habités par toute la force que j'ai encore de disponible, et même celle que je n'ai pas en moi. Quand je me rend compte que je m'essouffle, je jette la barre par terre, qui fait résonner un lourd bruit de ferraille dans la vallée déserte. Je fixe quelques secondes la voiture, le temps de reprendre mon souffle puis me tourne, les mains sur les hanches, vers le motel. C'est là que je croise son regard, comme si finalement, je l'avais senti chauffer mon dos. Alec se tient contre la poutre sur le perron du motel, les mains dans les poches. Une légère brise vient faire valser mes cheveux tandis que je me perds dans mes pensées. Des visions de meurtres à coups de barre de fer me traversent l'esprit. Je me fige quelques secondes puis détourne le regard pour donner un dernier coup de pied dans la porte avant de me diriger vers le tas de caillou un peu plus loin dans le désert. Son regard inquisiteur braqué sur moi, ne faisait que raviver cette haine que je ressentais à son égard en ce moment. Il m'agace et même après m'être épuisée sur cette bagnole, je suis toujours autant énervé. 

Je shoote dans un caillou et m'assois dans un soupir sur la première roche que je vois. Je plonge mon visage entre mes mains et me frotte les yeux avant de relever la tête vers le ciel rosé du petit matin. J'aime Alec, c'est indéniable, mais je l'aime encore plus quand il est gentil et bienveillant et non quand il est rude et qu'il s'obstine à me repousser. Je soupire une nouvelle fois en m'avachissant un peu plus sur cette pierre froide et dur. Je me demande s'il a tout vu. S'il m'a vu extérioriser toute ma rancœur envers lui contre cette vieille bagnole. J'ai tellement de mal à penser clairement, j'ai des milliers de choses qui me passent par la tête et toutes, concernent Alec. C'est pas si étonnant, puisque je suis dans cet état là à cause de lui. Il a le don de me pousser à bout juste en ouvrant la bouche pour déverser deux ou trois mots. C'est tout ce qu'il faut pour m'atteindre, deux ou trois mots, cela suffit pour me blesser. Je crois que le pire, c'est qu'il le sait, j'en suis persuadé. Peu importe ce qu'on a pu se dire auparavant, il trouvera toujours le moyen de tout gâcher. Il est comme ça, je suppose. Peut-être que j'en attends trop de lui et que ça me tue de n'obtenir que des morceaux de rêves inachevés. Je soupire quand j'entends le bruit de boots claquer contre le sol dur, ses boots. Je lève le regard vers la silhouette d'Alec, traversé par un nuage de poussière qu'il traîne derrière lui quand il marche.

-Qu'est-ce que tu veux ? Dis-je brusquement avant même qu'il ne soit proche de moi.

Il s'arrête net, à plusieurs mètres de moi et me fixe. Je me lève de mon rocher pour être à sa hauteur et croise mes bras contre mon torse. J'attends qu'il dise quelque chose mais il ne fait que de me regarder.  Ses yeux n'expriment aucune émotion particulière, ou en tout cas, il ne le montre pas. Je ne sais pas trop quoi penser mais son silence me rend nerveuse. Je perds patience. Honnêtement, je n'ai pas envie de le voir, et encore moins envie de lui parler. Je ricane  et le contourne pour aller marcher, n'importe où, tant que je suis loin de lui. Je le bouscule et continue mon chemin. Je traîne les pieds, les mains dans les poches et m'avance vers le motel.

INCANDESCENCEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant