Guil nous conduit jusqu'à notre chambre, gentillement prêtée pour la nuit, dans cette grande maison ressemblant à une fraternité mais avec des mafieux au lieu d'étudiants. Il nous souhaite bonne nuit avec un sourire qu'Alec ne lui rend pas, lui fermant quasiment la porte au nez. Je le remercie et m'excuse pour son comportement incongru avec un sourire aussi forcé que déplorable. Il se contente de me faire un signe de tête avant de jeter un coup d'oeil dans la chambre par dessus mon épaule vers Alec, puis reviens à moi
-A demain.
Je lui souris à nouveau et il s'en va en longeant le mur du couloir. Je le suis du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse au niveau des escaliers et ferme la porte. Je trouve l'interrupteur et allume la lumière, illuminant la chambre vide et froide. J'ausculte rapidement la pièce de gauche à droite puis rabat mon regard vers Alec, qui se laisse tomber sur le fauteuil à coté de la commode dans un long soupire. Il se pince l'arrête du nez d'un air pensif avant de se redresser subitement.
-Je vais prendre une douche.
Il me contourne pour entrer dans la salle de bain, sans même m'adresser le moindre regard et laisse la porte légèrement entrouverte derrière lui. Je souffle et m'assois sur le bord du lit, à la fois exténuée et inquiétée. Je ne sais pas quoi lui dire, après tout ce qu'il vient de se passer. Il est blessé, je le sais bien, et je déteste le voir se retrancher derrière son habituel mur en béton, infranchissable la plupart du temps. Il ne s'est pas retourné quand les coups de feux ont cessés, ni moi d'ailleurs. Nous sommes entrés dans la voiture et nous sommes partis, suivis par Guil et ses hommes. Je n'ai pas osé regarder derrière moi, je n'ai pas osé voir le corps de Rick étendu sur le sol après nos dernières paroles échangées. Je ne sais pas comment j'aurais réagis, et encore moins comment Alec aurait réagit s'il avait regardé son frère une dernière fois. C'était au dessus de nos forces, même si une partie de moi s'est réjouie un court instant en pensant que Dom ne pourra plus jamais nous atteindre. Je me suis demandé s'il était légitime que je me sente rassurée, ou si j'aurais du ressentir de la peine malgré tout.
Je secoue ma tête, refusant de continuer à penser à ça et pendant quelques secondes, un dilemme se présente à moi. J'ai envie de suivre Alec sous la douche, le rassurer autant que je peux, mais d'un autre coté, je n'ai pas envie d'être trop envahissante et me prendre des remarques déplacées de sa part. C'est ce qu'il fait la plupart du temps quand il est dans cet état là, et je ne sais jamais quelle attitude adopter. Je n'ai aucune envie de l'énerver encore plus qu'il ne l'est déjà, mais c'est un besoin autant pour moi que pour lui que je sois près de lui.
Je me lève du lit, fixant l'épais nuage de buée s'échapper de la salle de bain et retire d'abord mes chaussures puis je fais glisser mon short le long de mes jambes et enlève mon t-shirt que je plie soigneusement avant de le poser sur le fauteuil. Je prend une grande inspiration en essayant désespéramment de trouver le courage de passer la porte. Il a fait tellement d'efforts depuis qu'on s'est rencontrés, que je tuerais une seconde fois Dom s'il l'avait ramené à ses vieux démons, s'il me repousse quand je passerais le pas de la porte. Il a réussi à s'ouvrir à moi ces derniers temps et un peu plus chaque jour. Je chasse ces idées de ma tête et pousse doucement la porte avant d'entrer sur la pointe des pieds. Il est dos à moi, appuyé contre le lavabo et les muscles contractés de son dos scintillent à cause de la buée qui recouvrent la plupart de ses tatouages qui ne forment plus qu'un amas flou d'encre noir sous sa peau. Ma poitrine se serre brusquement, et mon coeur bat si fort que je demande s'il arrive à l'entendre de là où il est. Je contourne ses vêtements éparpillés sur le sol et me blottit contre lui, enroulant mes bras autour de sa taille. Il ne relève pas la tête à mon contact et garde ses yeux fermés. Seul le bruit des jets d'eau tombants en cascade contre le rideau en plastique de la douche remplit la pièce. Je dépose un baiser sur la ligne noir de son tatouage sur son omoplate et enfin, il lève le regard.
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INCANDESCENCE
RomansaOn s'est tous déjà demandé, si on devait changer quelque chose à notre vie, qu'est-ce que ce serait ? C'est la question que Sara, une jeune femme qui attire les problèmes, se pose tous les jours. Excédée par la vie qu'elle a en Californie où elle...
