Je ne tiens presque plus sur mes jambes après la journée de marche dans la forêt, je suis épuisée. Alec a trouvé un motel dans la ville voisine pour passer la nuit et je me réjouis de prendre une douche, de me coucher dans un grand lit frais et de dormir. La chambre n'a rien de moderne, c'est totalement le contraire, c'est très rustique. Vieille peau de vache en guise de tapis sous les pieds du lit, murs en rondins de bois, photos de familles encadrés sur le mur, je me demande si on a pas atterris dans une vieille ferme dans le Colorado.
Sur la terrasse de la chambre, j'observe la lune ronde dressée dans le ciel sombre et je me perds rapidement dans mes pensées. Elle est brillante, presque comme le soleil, mais ça fait moins mal aux yeux de la regarder. Et j'aime l'observer. J'ai l'impression qu'elle est proche de moi, que je peux la toucher si je monte au sommet de la montagne en face de moi. Que peut-être je pourrais la voir de plus près. La gamine que j'ai été pensait qu'à chaque trajet de voiture, la lune me suivait, qu'elle m'appartenait. Ma soeur me disait que la lune veillait sur moi, que chaque nuit, où que je sois, elle était là, cachée derrière les nuages ou éclatante dans le ciel. Et j'y ai longtemps cru, jusqu'à ce que je devienne l'adolescente qui ne croit plus en rien.
Le vent qui tape contre les vieux volets en bois me rappellent le bruit des balles et des canons. Sans pouvoir m'en empêcher, un des derniers souvenirs que j'ai de mes parents me revient en tête. Je prends une grande inspiration, entendant encore le rire de mon frère et de ma soeur résonner dans mes oreilles. Je ne comprends pas pourquoi Alessio a fait une telle chose. On a tous un étranger en nous, peut-être que le sien à pris l'ascendant sur lui et ses décisions. Peut-être qu'il a regretté pendant un moment. Ou peut-être qu'il a toujours été la mauvaise personne et que son étranger à lui, est une meilleure personne qu'il n'est. Je suis perdue. Il y a une partie de moi qui veut continuer à croire en lui, et l'autre partie qui le hait au plus haut point.
J'entends du bruit dans la chambre. Je me redresse et m'étire pour essayer de faire disparaître les courbatures de la journée et me passe les mains sur le visage en soupirant. Je suis tellement fatiguée. Je me tourne vers la baie vitrée et observe Alec sortir de la salle de bain, sa serviette nouée autour de son bassin. Il passe un boxer sous sa serviette puis se sert de celle-ci pour s'essuyer les cheveux avant de s'en débarrasser en la jetant dans un coin de la pièce. Il lève la tête vers moi, comme s'il avait senti que je le regardais.
-Qu'est-ce que tu as ?
Je hausse les épaules. Il se couche sur le lit en s'appuyant sur ses coudes et me regarde. Il est tellement mignon comme ça. Ses cheveux humide tombent de part et d'autre sur son visage et il passe sa main dans ses boucles pour les tirer en arrière.
-J'arrête pas de penser à Alessio, ça me bouffe les neurones.
Je me frotte les tempes en m'appuyant contre la rambarde en bois.
-Alors arrête d'y penser, dit-il d'un ton las.
-C'est plus facile à dire, qu'à faire. Je peux avoir une clope ?
Il fronce les sourcils.
-Tu fumes ?
Je hoche vaguement la tête et m'approche de la baie vitrée.
-J'ai toujours fumé, mais une fois ici, j'avais plus trop le temps de penser à ça. Mais là, j'en ai vraiment besoin.
Il se redresse et avance jusqu'à la boule de vêtements sur la table en face du lit. Il fouille dans les poches de son jeans et me rejoint sur la terrasse. Il sort une cigarette de son paquet, en glisse une entre ses lèvres et m'en tend une autre. Le cliquetis du briquet résonne sur l'étendu du balcon, il allume sa clope. J'approche mon visage de la flamme pour allumer la mienne. Je tire une grande taffe et soupire en me tournant vers l'horizon.
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INCANDESCENCE
RomanceOn s'est tous déjà demandé, si on devait changer quelque chose à notre vie, qu'est-ce que ce serait ? C'est la question que Sara, une jeune femme qui attire les problèmes, se pose tous les jours. Excédée par la vie qu'elle a en Californie où elle...
