Prologue [CORRIGÉ]

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Été 1999, France, dans la campagne bourguignonne

Un jeune couple passait une après-midi paisible avec leurs enfants, profitant de l'emploi du temps peu chargé de la saison. La petite famille était réunie dans le salon, le père lisait distraitement son journal pendant que sa femme gardait un œil sur leurs deux filles, assise sur un canapé couleur crème. Entre la table basse en verre et le sofa, une montagne de jeux colorés s'élevait, au milieu de laquelle les deux têtes d'anges farfouillaient. Elles s'amusaient à mélanger tous leurs jouets pour créer une de ces histoires incompréhensibles pour les adultes.

Une sonnerie retentissante les fit tous sursauter. L'épouse suivit des yeux son mari qui alla décrocher le vieux téléphone à cadran posé sur un guéridon en bois dans un coin de la pièce. Un silence s'installa avant que le correspondant ne commence à parler, même les enfants avaient cessé de rire un bref instant. L'un d'eux avait glissé ses doigts entre ceux de sa mère, dans un geste aussi rassurant que craintif.

— Noémie ? demanda une voix tremblante.

— Non, c'est Sylvain... 

La maîtresse de maison leva les yeux vers son conjoint. Ils étaient emplis de crainte et d'espoir en même temps.

— Ça a recommencé... 

Elle tressaillit, reprenant sa respiration qu'elle avait retenue inconsciemment. La nouvelle qu'elle redoutait arrivait. Les mains tremblantes elle tendit la petite poupée échevelée à la brunette qui l'avait fait tomber.

— Qui ? souffla Sylvain dans un murmure à peine audible.

— Les sœurs Morel... on ne peut plus les contacter depuis plus d'une journée, même le lien de meute semble rompu. Ça fait des semaines que ça dure, je ne comprends pas, on est des métamorphes, on ne peut pas disparaître comme ça ! On est en contact en permanence, et on est bien plus puissants que des humains lambdas, putain ! 

Le dos de la mère de famille se tendit sous le choc, des enfants avaient disparu cette fois, pas des adultes. Ses mains se mirent à trembler, elle attrapa un coussin pour le cacher en le serrant fort contre son ventre.

— Ceux qui sont derrière tout ça doivent avoir des moyens..., avança Sylvain en réfléchissant, sentant que le peu de calme qu'il avait réussi à rassembler ces derniers jours partait en fumée.

— Tu crois que c'est le gouvernement ? lança son interlocuteur, paniqué.

— Ne raconte pas n'importe quoi ! Ils ne savent même pas qu'on existe... sois réaliste ! s'énerva Sylvain, ne sachant comment gérer son angoisse croissante. 

— Mais alors qui ?! Personne n'est censé savoir de toute façon ! Mais ça commence à faire beaucoup, la moitié de ma meute est portée disparue déjà ! On n'a aucune idée d'où viennent les attaques, elles sont imprévisibles. Ça fait des semaines... tu comprends ? Des semaines ! Les deux petites n'avaient pas douze ans... qui serait assez horrible pour les enlever ?

Il s'arrêta un instant, comme pour laisser à son interlocuteur le temps de réfléchir, avant de reprendre de plus belle.

— Ta meute finira sûrement par subir la même chose, comme toutes les autres, mais pour l'instant c'est sur ma famille qu'on s'acharne ! J'ai le droit de paniquer un peu, non ? Qui d'autre que le gouvernement aurait la capacité de faire une chose pareille ici ? 

Les arguments tenaient plus ou moins la route, l'homme avait l'impression qu'un piège se refermait sur eux. Il tapota nerveusement du doigt le meuble sur sa droite et mit fin à la discussion, promettant de voir avec son supérieur ce qu'ils pouvaient faire, entendant sa femme reprendre leur cadette.

— Astoria... non ! Ne griffe pas Amélie, tu vas lui faire mal...

La petite fille, âgée de deux ans, regarda sa mère qui s'était raidie, venant de se rendre compte que ses filles se disputaient gentiment un tigre en peluche. Les grands yeux malicieux de l'enfant avaient l'air de dire : « je veux jouer, où est le mal ? ». Elle avait bien compris que sa petite tête d'ange lui permettait beaucoup de choses, la coquine.

De petites moustaches sortirent de ses joues et son nez s'aplatit pour devenir un museau roux soyeux. Elle sauta dans les bras maternels et ronronna contre son cou en se pelotonnant tendrement contre sa mère qui la câlina distraitement, rongée par l'inquiétude. Comme tous les métamorphes à son âge, elle ne se contrôlait pas et ne différenciait pas sa bête d'elle-même.

Sylvain retourna s'asseoir sur son fauteuil, les épaules affaissées.

— Noémie...

Les deux adultes échangèrent un regard qui en disait plus qu'un long discours.

— On doit agir, chérie... les enfants ne sont plus en sécurité. Ils s'en sont pris à des mineurs cette fois, finit-il par implorer doucement, la voix cassée.

— Je sais, acquiesça-t-elle avec difficulté. Appelle la sorcière de la meute pour qu'Astoria soit scellée ce soir, elle est trop exposée maintenant... Elle pourra aussi brider une partie de la mémoire d'Amélie, articula-t-elle avec effort, la langue soudainement pâteuse.

Cette décision avait été difficile à prendre et son mari attendait son feu vert depuis un moment. Elle soupira, regardant à nouveau tristement ses deux filles qui étaient retournées jouer ensemble si joyeusement, loin de s'imaginer ce qui se tramait.

Leur cacher une partie de la vérité, et pour Astoria, une partie de son identité, lui brisait le cœur. Cette pièce allait sembler bien plus terne sans cette énergie animale dont débordait la petite féline, malgré la grande baie vitrée qui laissait entrer le soleil.

Le Sceau (tome 1 et 2)Des histoires addictives. Découvrez maintenant