Trois semaines plus tard. Nous sommes au début du mois de novembre.
Les arbres se sont dévêtus quelque peu et le froid a chassé la douce chaleur de l'automne. La mer qui me berce chaque soir par le bruit des vagues a foncé et s'agite dès qu'il pleut.
Je détourne le regard de la vue que j'ai de ma fenêtre pour me regarder une dernière fois dans le miroir. J'ajuste encore ma coiffure avant de me lever du siège où j'étais installée pour sortir de ma chambre. Je me dirige calmement vers la salle à manger que nous utilisons pour les réunions du conseil. Je frappe à la porte et on m'ouvre.
Tout les consiglieri sont là et sont debout en attendant ma venue. Je remarque mon cousin Enzo, fils de la sœur de mon père, Constancia. Vincenzo et mon père discutent avec d'autres hommes. Et tout les chefs de clans de l'Italie sont présents également. Il y'a les Amarilli de Milan, les Cazale de Venise, les Vigoda de Rome, les Stephanelli de Naples, les Mancini de Bari et les Livrano de Sardaigne. Mon père en est le chef car nous avions la plus grande famille et les plus grands moyens, notre alliance a été passée lorsque la dernière guerre a éclatée et depuis, les amis d'enfance de mon père se tiennent tranquilles.
La salle est immense, de grosses colonnes supportent le plafond décoré auquel est accroché un imposant lustre en cristal, offrant à la table la plus belle des lumières. Une collation sera servie durant nos discussions. Le reste de notre famille, dont ma mère et mes tantes, est sorti : ces discussions ne les concerne en aucun cas.
Je salue tout le monde l'un après l'autre tandis que des hommes ferment les portes à double tour et vérifient les caméras. Puis chacun se place en face de sa chaise dans le silence et je fais signe à l'assemblée de s'assoir. En tout cas qu'héritière, c'est le premier conseil que je dirige mais mon père, assis tout à mon opposé, m'aide grâce au regard.
Moi: Messieurs, merci à tous d'avoir fait le chemin jusqu'ici et bienvenue au domaine. Le Conseil se réunit aujourd'hui pour parler de la suite des événements quant au sort des espagnols.
Cazale: Oui c'est vrai, pourquoi devrions nous participer à un tel problème ? C'est votre partie de marchandise qui a été volée.
Papa: Sans doutes mais notre alliance ne s'enclencherait pas si les espagnols n'avaient pas provoqué ce qui se passe aujourd'hui.
Cazale: Que se passe-t-il alors ? Je ne sais pas si je suis le seul, mais je n'ai pas bien compris qu'est-ce qu'on fait tous ici.
Monsieur Ottorino Cazale est un homme petit, bedonnant, cruel et injuste qui ne m'inspire plus confiance depuis des années. Je crains toujours qu'il se retourne contre le clan. Il essaie par ses paroles de retourner les autres familles contre notre intérêt.
Papa: Ma fille a été attaquée sans raison, des hommes sont morts et les espagnols se sont approprié notre territoire en y installant un réseau de prostitution en recrutant les filles de nos villes.
Un brouhaha d'indignation s'élève. Les familles étaient au courant de cela mais la prostitution est proscrite chez nous, c'est une chose inconcevable. Cela explique la réaction.
Cazale: Et bien ? Ce sont des filles de chez vous, pas de chez nous.
Amarilli: Es-tu devenu fou ?! De la prostitution sur nos terres !
Mancini: J'espère que Dieu nous aidera à éradiquer ce fléau.
Vigoda: C'est vrai, pourquoi se mêler à une histoire qui ne concerne pas nos territoires ?
Elvino Vigoda est ami de façon très proche avec Ottorino Cazale et je les soupçonne de s'allier dans le dos du conseil.
Livrano: Reina as-tu fait une liste des femmes entraînées par ce réseau ?
Moi: Non pas de liste nominative mais nos hommes ont mené une enquête rapide et discrète sur le nombre de femmes, d'ailleurs j'ai aussi participé à cela. Nous avons identifié 34 siciliennes, une quinzaine de milanaises, une dizaine de napolitaines, 6 femmes de Bari et 4 autres de Sardaigne.
Mancini: Ah les fumiers !
Livrano: Cela fait un total de soixante-neuf femmes, c'est affreux ! Il faut arrêter ça ! Nos campagnes n'ont pas besoin de bordels !
Papa: Calmez-vous mes amis ! Il faut comprendre pourquoi certaines de ces filles se sont laissées embrigader. Nous avons remarqué que celles originaires de Bari et de Sardaigne sont issues de la misère. Une partie des siciliennes aussi mais toutes les autres sont des bourgeoises.
Amarilli: Il faut augmenter le pizzo pour celles dont la famille est riche, ce sera une belle punition !
Moi: Non, cela baisserait leur niveau de vie et les inciterait à recommencer. Il faut trouver du travail à ces jeunes femmes.
Cazale: C'est étrange car tout les territoires sont touchés sauf le mien et celui d'Elvino.
Moi: Le nombre n'est qu'une estimation peut-être y'en a t'il qui sont de chez vous, Ottorino.
Nous discutons longuement de ce qui pourrait être mis en place quand mon père expose mon idée clairement. Tous savaient ce que nous comptions faire mais ne connaissent pas l'avancée de la mission. Il est temps de l'exposer.
Papa: Vous connaissez tous l'idée de ma fille ici présente pour venir à bout des espagnols et du réseau proxénète par la même occasion. Ce plan a été mis à exécution par ma fille elle-même.
Amarilli: Il faut trouver une de nos femmes à marier à leur héritier.
Stephanelli: Chiara est ma fille adoptive et la meilleure amie de ta nièce Anna, Angelo. Elle ferait l'affaire.
Papa: Vous n'avez pas compris. C'est Reina qui se mariera avec Béné.
Vigoda: Pourquoi TA fille ?
Moi: J'ai eu cette idée dangereuse, je suis l'héritière et la meilleure garantie qui soit. De plus, la mariée devra tuer Béné aussitôt le contrat signé. Est-ce que vos filles ont envie de faire cela ? En auront-elles le cran ? Êtes-vous prêts à les faire entrer ici ?
Ils se sont calmés un instant. Je reprends donc.
Moi: Il est de mon devoir de faire cela, je dois protéger mon clan.
Vigoda: C'est bien normal.
Livrano: Mais c'est aussi tout à ton honneur Reina, tu aurais pu déléguer cette responsabilité.
Papa: Et bien c'est entendu nous nous occuperons de cela. Vincenzo vous tiendra au courant de l'avancée de notre mission. De votre côté, trouvez des emplois pour les gens dans la misère ou apportez leur notre aide. Ils en ont tous besoin même ceux dont la fille n'est pas prostituée.
Cazale: Et ton garde du corps Angelo ? Il devait prêter serment, non ?
Papa: Le fils de Vincenzo ? Oui, Reina s'occupe de son éducation.
Cazale: Quand penses-tu qu'il sera prêt ?
Moi: Bientôt.
Papa: Très bien, le conseil est terminé mes amis. Je vous invite au restaurant, en ville pour fêter ça.
Tout le monde est enthousiaste. Vigoda et Cazale complotent dans leur coin mais suivent les autres. Moi, je décide de rester ici. J'ai besoin de calme et je commence à fatiguer. La nuit dehors a déjà avalé le soleil.
Média: l'assemblée des consiglieri
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Trono
Ficção AdolescenteRégner sur le monde, voilà ce que désire la moitié de la planète. Seulement quelques êtres sont capables d'accéder au trône. J'en fais parti, je suis née et j'ai été élevée pour ça. Je compte bien atteindre mon objectif malgré que ce soit dangereux...
