Je marque une pause, sourcils froncés pour tout assembler dans mon esprit et reconstituer la vérité.
Moi: Attends Nino, je suis si mauvais que ça ?
Nino: Comment ça ?
Moi: Je suis un homme si mauvais que ça ?
Nino: Je ne comprends pas.
Moi: Je vais t'expliquer, tout le monde me dit que ça se voit que j'aime Reina et qu'elle m'aime aussi, je veux bien affronter ces sentiments qui sont tout nouveaux pour moi mais est-ce que je vaux si peu le coup ? Je veux dire, elle m'est indispensable, j'ai besoin d'elle, je ne sais pas comment elle a réussi à faire ça mais elle a cet effet là sur moi. Je suis venu ici avant tout pour la retrouver, pour m'excuser et tout lui dire. Je penses que c'est à elle de décider si elle me met une claque ou si je peux la faire danser, non ?
Il m'observe en finissant lentement son verre. Moi, je suis essoufflé d'avoir dit tout ça, je me suis mis à nu devant un homme qui me connaissait déjà et qui a compris mes sentiments mieux que moi-même. Je trouve ça difficile de le dire devant lui, alors devant Reina si j'arrive à lui parler... je n'oses même pas imaginer. Et voilà c'est ce qui arrive quand un mec qui se prend pour Apollon et qui s'amuse à baiser la moitié de la planète tombe sur une fille plus maligne que lui...
Nino: Tu es un homme intelligent, malin, malicieux, loyal, fidèle, lucide, fort et qui plus est, beau et très charmeur. Tu t'es montré plus que digne et même si Reina est venue ici pour tenter d'oublier, elle est ici avant tout pour la passation du pouvoir. Tu la mérites mais jusqu'à maintenant tu ne l'avais pas montré. C'est à toi de changer les choses, pas à moi. Je suis son grand-père, je veux son bonheur mais aussi, sa sécurité. Je suis d'accord pour te dire où elle est et te donner une chance de la voir mais une seule chance.
Moi: Merci, je vais enfin pouvoir la retrouver.
Nino: Elle décidera ensuite et j'exécuterai ce qu'elle me demandera. Si tu y parviens, saches que je serais impressionné : ma petite-fille est plus que difficile et je serais heureux que tu entres officiellement dans la famille.
Je souris sans m'en rendre compte et Nino écrit sur un papier une adresse et un code qu'il me tend ensuite. Je sens qu'il me donne sa confiance de grand-père, je ne comptes pas le décevoir. Maintenant, il faut que j'assure. J'allais me lever quand il m'arrête d'un signe de main.
Nino: Un bal populaire est toujours organisé les derniers mercredis du mois, elle sera là comme l'autre soir. Mais tâches d'être plus discret, convaincant et pas ivre.
Moi: C'est compris. Je te remercies pour tout ce que tu as fait pour moi depuis le début. On se reverra ce soir.
*******
Angelo a encore son père ?! Franchement, j'y ai pas cru ou je ne voulais pas y croire mais Nino était bien le grand-père de Reina. Et il était marié à cette Maria que j'ai cherchée aussi longtemps que Reina. Leurs ressemblances m'ont sauté au visage trop tard mais ce qui a tout changé c'est cette rencontre fortuite aux cascades.
Je sais que je vais la revoir ce soir, même de loin alors je me mets la pression sans le vouloir. Détends toi mon pote, t'as jamais stresser quand il s'agissait d'aller voir une fille avant... Ouais peut-être, mais c'est pas un simple fille, c'est Reina.
Je prends une douche qui a usé ma peau tellement elle a duré, puis je me prends la tête pour choisir une tenue à la hauteur. Finalement, j'enfile un pantalon gris à fines rayures noires très à la mode avec une chemise blanche légère que je laisse légèrement ouverte sur le haut. Chaussures nickels, cheveux coiffés, parfumé et armé de ma chaîne de baptême et du courage que j'ai réussi à amasser, je descends dans la rue.
La place est à nouveau animée. De nouveau l'estrade, les musiciens, le monde joyeux et les tables installées dehors pour permettre à certains de manger un bout ou de boire un café après le dîner.
Je jette quelques coups d'œil pour essayer de trouver Nino dans ma foule mais c'est lui qui me trouve. Il pose sa grande main sur mon épaule et je me retourne. Il est en grand costume noir type années 1970 revisité, je soupçonne le styliste de parrain de Reina d'avoir fourni ce modèle. Ses cheveux parfaitement tirés et un parfum frais parvient à mes narines. Il me regarde d'un œil bienveillant mais préoccupé. Peut-être s'inquiète-t-il de la réaction de Reina et je penses qu'il a raison...
Nino: Elle va arriver dans une petite dizaine de minutes.
Moi: Ok... je ne sais pas quoi faire...
Nino: Je ne te caches pas que cette soirée est à double tranchant pour toi et ses réactions me font parfois m'inquiéter.
Moi: Et oui, quelqu'un m'a dit que les filles d'ici étaient plus dangereuses que Satan.
Dis-je en le regardant avec un petit sourire. Il sourit en retour et nous attendons tout deux comme ça, un peu à l'écart du groupe qui s'amuse, danse, chante et rit au rythme de la musique. Dix minutes. Les dix plus longues minutes de ma vie. Dans mon corps, c'est moitié cyclone, moitié no man's land. Putain mais cette fille a trop d'influence sur moi !
Soudain, la foule s'arrête de s'agiter et se tourne vers la route passant devant la place : une voiture noire vient de se garer. Je tente de m'approcher, avec succès cette fois. Les gens acclament la première femme à sortir, c'est la plus âgée. Vêtue elle aussi d'une tenue traditionnelle et revisitée luxueusement, elle impose une aura puissante. Elle salue d'un simple geste de la main l'assemblée de monde qui revient très vite à ses occupations après ça. Je fronce les sourcils en voyant que personne d'autre ne sort de la voiture et que personne n'arrive non plus. Je me retourne vers Nino qui était resté derrière moi.
Moi: Elle est où ?
Nino: Je ne sais pas, mon garçon. Viens.
Il passe devant moi et je décide de le suivre. Tout ça est trop flou, trop opaque pour moi. Ne pas voir Reina à la soirée où je DEVAIS la croiser me rend fou de rage, une seule remarque et j'explose tel un volcan en éruption !
Il va jusqu'à une table installée sur la terrasse du bar qui donne sur la place, d'ici on voit toute la fête et on peut s'assoir. Ce sont surtout les personnes âgées qui s'assoient ici, car ils sont plus vite fatigués et ne dansent pas pendant des heures comme des adolescents. Pourtant, des hommes qui ont la quarantaine environ sont debout en petits groupes, tout autour de la terrasse. Ils ont un air spécial mais je ne m'attarde pas sur eux. D'autant plus que Nino me mène jusqu'à la petite table arrondie magnifiquement décorée de la vieille femme qui venait de descendre de sa voiture. Nous sommes debouts face à elle je l'observe un instant, stupéfait par son caractère naturel. De petits yeux profonds maquillés en noir, des cheveux longs coiffes en chignon lâche orné de bijoux de tête, plusieurs chaînes dorées pendent de son cou en plus d'un collier imposant en saphirs.
Nino s'assoit à côté d'elle et elle lui adresse un regard aussi bienveillant que lui puis me fixe de nouveau. Inutile de dire que je me sens dévisagé, ce qui ne me déplaît pas quand il s'agit de filles en boîte de nuit, mais ça c'était avant.
Nino: Assieds-toi.
Je lui obéis et prends la chaise en fer forgé pourvue d'un joli coussin bleu pastel. Je m'installe à table sans comprendre ce qui se passe mais je sais que si il y'a des risques, j'ai un revolver dans mon pantalon.
Femme: Alors c'est toi le petit d'Angelo ?
Elle parle très discrètement mais aussi très distinctement ce qui permet que les personnes autour de nous ne puissent rien entendre mais que nous puissions nous comprendre correctement.
Nino: Oui c'est lui.
Femme: Montres tes mains.
J'ouvre mes mains et les lui montre. Elle en prend une des deux et l'examine un instant avant de la lâcher sans rien dire. Ok, rendez-vous voyante donc.
Nino: Je crois qu'il a quelques questions.
Femme: Je sais, tu m'en as parlé. Nous en parlerons au manoir...
Moi: Où est Reina ?
Femme: Ah, alors c'est pour ça que tu es là.
Moi: Oui.
Nino: Il te cherchait aussi.
Femme: Je vois... Reina a pris la voiture à mon nom et tu m'as cherchée ?
Moi: Oui, du coup j'aimerais savoir qui vous êtes...
Femme: C'est bien pour ça que tu m'as cherchée ? Pas pour autre chose ?
Moi: Oui c'est bien pour ça... Ça a une importance ?
Femme: Pas vraiment.
Mensonge. Ils se regardent une fraction de seconde avant de dévier à nouveau leurs regards sur moi. Ils se tiennent les mains sur la table. Je comprends rien du tout et je commence à m'impatienter.
Moi: Bon, où elle est ? Qui êtes vous ?
Femme: Elle avait raison, il est curieux...
Nino: Cristiano, je te présente Maria ma femme et la grand-mère de Reina.
VOUS LISEZ
Trono
Novela JuvenilRégner sur le monde, voilà ce que désire la moitié de la planète. Seulement quelques êtres sont capables d'accéder au trône. J'en fais parti, je suis née et j'ai été élevée pour ça. Je compte bien atteindre mon objectif malgré que ce soit dangereux...
