Croci di argilla - Croix d'argile

74 5 0
                                        

Point de vue Cristiano

Pour Noël, la famille Cortesi a choisi d'organiser une réception au domaine. Les consiglieri et la famille sont invités, ça me fera l'occasion de revoir ma mère. Aucun invité n'est encore arrivé pourtant il est bientôt dix-sept heures.
Les hommes de la famille discutent entre eux en attendant les autres invités. Les enfants jouent et Enzo, le cousin de Reina reste avec les hommes. Il ne s'approche pas de moi et m'a simplement serré la main tout à l'heure. Les femmes de la famille terminent de décorer la salle avec l'aide d'employés du domaine mais une manque à l'appel. Reina.
Je ne sais pas ce qu'elle fabrique. Son absence me fait trépigner, j'ai envie de la voir. Maintenant.

Je monte les marches, l'air de rien et traverse le pallier puis le long couloir qui me mène à sa porte de chambre entrouverte. Je m'approche doucement, enfouissant mes mains dans les poches de mon pantalon, comme un bambin curieux lorsqu'il entend ses parents parler du cadeau de Noël.
Je l'observe par l'ouverture : elle enfile une robe bleue nuit à manches longues et découvrant une partie de son dos. Le tissus retombe élégamment sur le sol, habillant délicatement ses longues jambes. Je la regarde encore en appuyant ma tête contre l'embrasure de la porte. Maintenant elle s'assoit sur le banc au pied du lit et elle met ses chaussures. Puis elle se redresse et réajuste son chignon bas parfaitement laqué.
Je sens mes lèvres s'étirer en un léger sourire de bonheur profond que je ne connais pas mais qui apaise mes tripes si souvent irritées. Lorsque soudain, je sens une présence derrière moi. La voix vient juste après et me fait tourner la tête en haussant un sourcil.

Enzo: Elle est belle, pas vrai ?
Moi: Qu'est-ce que tu fous là toi ?
Enzo: Je pourrais te poser exactement la même question.

En voyant qu'il insiste du regard, je soupire en jetant un coup d'œil à Reina.

Moi: Pourquoi tu parles d'elle comme ça ? Tu veux la marier ou quoi ?

Un rire léger, murmuré est laissé échappé par Enzo. Son sourire est le même que le mien lorsque je drague des filles mais le sien a quelque chose de plus vrai et plus bienveillant. Je m'adoucie un peu mais reste vigilant.

Enzo: Haha ! Je ne pourrais pas tenir une semaine en étant marié à Reina ! Être son cousin me suffit.
Moi: Ça ne me dit pas pourquoi tu parles d'elle comme ça...
Enzo: Reina est ma COUSINE et je l'admire, mais je ne l'aime pas comme tu l'entends.
Moi: Pourquoi est-ce que tu l'admires ? Tu es plus âgé pourtant.
Enzo: C'est vrai, j'ai 25 ans. Mais c'est bien moi qui admire Reina, elle est notre modèle à tous.

Je lui jette un coup d'œil et la vois, face à la porte. Elle ne me voit pas mais son regard puissant me fait encore sourire à peine.

Enzo: Les filles d'ici sont dangereuses, c'est ce qu'on dit souvent. Mais celle-là est un monstre. Pourtant, si tu l'aimes, dis-le lui.

Je n'eus pas le temps de répliquer qu'il tourne les talons et redescend les escaliers. Je fronce les sourcils face à ses mots puis secoue la tête pour chasser cela de mes pensées.
Je reviens à la réalité lorsqu'elle me découvre devant sa porte. Ses yeux plissés presque de façon imperceptible, me regardent alors qu'elle plante ses poings sur ses hanches.

Reina: Tu penses qu'en restant ici un peu plus, tu arriveras à prendre racine ?
Moi: D'humeur drôle à ce que je vois princesse.

Elle fait un geste de la main qui confirme mes dires et fait passer à autre chose.

Reina: Est-ce que tout le monde est arrivé ?
Moi: Pas encore. Il manque Anna et Paolo mais Enzo est là.
Reina: J'ai hâte de tous les voir, ce soir va être merveilleux, je le sens.

Elle dit cela en tapotant le bout de son nez de son index. Ce geste me fait sourire. Je lui propose mon bras et elle accepte. Je la guide jusqu'aux escaliers et nous descendons.

Angelo: Ah ma fille ! Cristiano a du te déloger !
Reina: Je ne me suis pas rendue compte du temps qui passait.
Angelo: C'est notre erreur à tous ma fille.

Les phrases d'Angelo portent toujours des messages ou des leçons. J'ai remarqué cela plutôt rapidement après mon arrivée ici et, je dois dire que c'est assez formateur et enrichissant.

Tout le monde s'embrasse à présent et puis nous passons à table. Le dîner est encore plus animé que ceux que nous prenons habituellement, c'est normal il y'a plus de monde et c'est jour de fête. Puis, Anna et Paolo annonce la venue de leur premier enfant. Tous applaudissent et crient pour célébrer la nouvelle. Le couple est si heureux et Reina a le visage illuminé de joie. Cette vision me fait comme un pincement : je ne participe pas à cette joie. Pas encore, j'espère.
Petit à petit l'ambiance se calme. Les hommes fument près de la fenêtre et les femmes sortent de table pour s'installer au salon afin de discuter. Des va et viens entre les groupes s'effectuent souvent et tout le monde félicitent une fois de plus le jeune couple pour cette grande nouvelle. Enzo est avec les hommes et j'observe la scène de ma chaise. Je suis en effet resté sur ma chaise à la table du festin dressée spécialement dans la salle de réception près du grand sapin. Mon cerveau fait tilt, je ne vois pas Reina.

Je me lève alors et marche calmement pour sortir dehors. Il fait froid mais c'est supportable. Je descends de la terrasse pour arriver près de la piscine. Je ne vois personne et continues mon chemin jusqu'au fond du domaine.
Face à la mer, sur un bout de côte, pousse un vieil olivier auprès duquel Reina se tient. Je m'approche sans rien dire alors que sa tête pivote légèrement avant de se replacer face à l'horizon.

Reina: Tu n'as pas froid ?
Moi: Non. Et toi ? Tu ne devrais pas être à l'intérieur avec les autres ?
Reina: Je préfère être ici. Chaque année, je viens accrocher une croix d'argile autour du tronc.

Mon regard dévie immédiatement vers celui ci et je remarque effectivement beaucoup de petites croix en argile accrochées par un cordon de tissus blanc.

Reina: Cela m'aide à garder espoir et à demander pardon. Demander soutien aussi quelques fois.
Moi: Ça doit beaucoup représenter pour toi.

Elle se retourne complètement face à moi. Et m'embrasse en encadrant mon visage de ses mains. Je lui rends doucement en suivant le rythme. C'est un baiser doux et sans artifices comme on voit au cinéma. Tout simple, tout court mais tellement, bizarre pour moi. Je suis ravagé par la chaleur qu'elle laisse sur mes lèvres après s'être éloignée. J'ai envie de plus, besoin de plus mais je ne veux pas lui faire de mal. Alors je saisis son bras et lui murmure en fixant ses yeux.

Moi: Crois-moi que tout ça n'est qu'une question de temps.

Je sais qu'elle a compris et même si ce n'était pas le cas, je n'aime pas répéter. Elle me fixe longtemps avant de prendre mon bras de ses mains douces et habiles. Une fois ses mains enroulées autour de mon avant bras, elle relève le regard et je ne peux m'empêcher de sourire intérieurement. Est-ce que ça se voit ?

Moi: Quand est-ce que le mariage est fixé ?
Reina: Dans deux semaines, tout pile. Pourquoi tu t'intéresses à ça ?
Moi: Je tiens à savoir quand est-ce que je pourrais être tranquille avec toi.

Nos voix sont calmes, tranquilles, sans sous-entendus énervés ou autre. Un regard de plus et nous avançons jusqu'à la maison où les cris des personnes joyeuses parviennent petit à petit à nos oreilles. Les cadeaux ont commencé à être distribués par Giulia, la mère de Reina. Mes parents se collent pour ouvrir leurs cadeaux ensemble, ceux de Reina aussi, avant de le montrer à tous en affichant un sourire plein de joie et de gratitude.
Reina rit et sourit en ouvrant ses présents. Je l'observe de loin et repense aux mots d'Enzo. Ce n'est pas possible qu'il ait raison, je refuse cette idée. Mais il est vrai que Reina est un vrai monstre, une femme consternante en tous points et fascinante. Peut-être a-t-il aussi raison sur le deuxième point de sa phrase ? Non, non, ça ne peut pas être ça... je la regarde encore. Je m'inquiète de voir mon corps et mon coeur réagir de manière de plus en plus différente que face aux autres femmes. Et je ne connais pas l'amour, ça m'effraie. Ça ne peut pas être ça, n'est ce pas ?

TronoDes histoires addictives. Découvrez maintenant