Funesta visita - Funeste visite

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Je suis à l'arrière d'une de nos voitures noires et reste le nez collé à la vitre. Anna et Paolo sont avec moi sur la banquette arrière, en route pour la maison Giovanelli. Mon cœur s'accélère légèrement en approchant de la maison car je pense que Cristiano y sera. C'est pour cela que j'ai mis son t-shirt dans mon sac à main du jour, un sac Sicilia de Dolce&Gabbana. Mais je n'ai pas vraiment envie de m'attarder sur la mode, je pense à le retrouver. Si il est chez ses parents, je lui rendrai son vêtement et j'essaierai d'avoir une discussion avec lui.
Le cortège s'arrête quand il faut sonner à l'interphone de l'enceinte de la maison. Une maison vieille d'au moins cinquante ans est entourée d'un haut mur avec un portail en métal, exactement comme chez moi. Le portail s'ouvre et les voitures roulent maintenant dans l'allée de la maison pour se garer quelques mètres plus loin. Les premiers à descendre sont Eliseo et Cesare. Puis mon père et Vincenzo sortent tandis que Valentino aide sa femme portant leur fils à descendre du véhicule. Je ne réagis pas tout de suite alors je descends la dernière. Mon pantalon noir évasé léger tombe sur la naissance de mes orteils, laissant apparaître le bout des sandales à talons que je porte. Mon haut est un chemisier noir à col jabot très aérien donc parfait pour la chaleur de ce début du mois d'août. Seul mon sac est coloré en réalité mais nous nous sommes tous habillés de couleurs foncées pour ce matin.

Mon père, Valentino, Cesare et Eliseo portent le modeste cercueil d'urgence dans lequel  est installé le corps de Léonardo. Vincenzo ne porte pas ce poids en plus, sachant qu'il va devoir annoncer la nouvelle à sa famille. En tant que cheffe, je me dois d'être irréprochable et de soutenir Vincenzo dans cette épreuve. Nous avançons tout doucement, les femmes fermant la marche vers la porte d'entrée. Vincenzo frappe à la porte et c'est Cristiano qui ouvre.
Le voir apparaître tout à coup même après si peu d'absence me fait un électrochoc et j'ai bien cru m'arrêter de respirer. Il est magnifique avec cette chemise en lin froissé à demi ouverte et un jean bleu marine. Je n'arrive pas à décrocher mes yeux de lui alors qu'il me fixe sans dire un mot et sans émotions visibles.

Vincenzo: Bonjour mon fils, tu as eu un bon retour ?
Cristiano: Parfait merci, Francesca est dans le salon avec Simona. Elles préparent les sachets de dragées.
Vincenzo: C'est à ta mère que je dois parler d'abord.

Dit-il en faisant signe aux quatre porteurs d'avancer en même temps que lui pour entrer dans la maison. Je reste sur le côté de la porte dehors pour laisser passer tout le monde puis j'entre à mon tour. Cristiano avait fait de même : rester sur le côté pour laisser passer. Il ferme la porte derrière moi sans me lâcher du regard. Il est plus grand d'environ cinq centimètre quand j'ai des talons de dix. Je le regarde aussi, la mâchoire serrée. Il y'a une tension entre nous, tension sensuelle et colérique. Il faudra que je fasse bien attention à mes mots si je souhaite lui parler.
Je fais claquer mes talons sur le carrelage en avançant jusqu'au salon, le laissant marcher derrière moi. Les porteurs ont déposé le cercueil dans une chambre à l'étage tandis que Vincenzo expliquait la situation à sa femme. Léonardo s'était aventuré dans un quartier dangereux et s'était pris une balle dans la tête pour un caïd corse. Le caïd c'est moi mais ça, personne ne lui dira. Simona pleure en sanglotant dans les bras de son père tandis que Francesca s'est mise à pleurer bruyamment mais elle n'a pas crié ni parlé, elle était tellement vide, asséchée par la cigarette et les médicaments. Je suis restée fidèle à mon poste, menton haut et peu d'émotions mais j'ai néanmoins avancé vers elle.

Moi: Francesca, nous avons tenu à vous ramener votre fils pour qu'il puisse reposer en paix. Vous pourrez l'enterrer pour qu'il rejoigne le seigneur, vous avez toutes nos condoléances les plus sincères.

Devant cette femme détruite, j'ai de la peine qu'elle ait eu un fils si dérangé et si inconscient mais en aucun cas, je regrette mon geste à ce moment là. Le travail et la famille ne doivent pas se mélanger sinon voilà le le résultat.
La gouvernante apporte à tout le monde une limonade fraîche et me sourit en passant. Je m'assois une dizaine de minute avec l'assemblée pour boire un verre puis je décide d'aller parler à Cristiano, j'espère seulement qu'il comprendra le message.

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