Un mese dopo - Un mois plus tard

73 5 0
                                        

Comme l'indique le contrat de mariage, après la mort de Béné et sans tout ses autres sbires autour, je suis la légitime héritière du territoire espagnol. Mon père a aussitôt fait installer du monde de chez nous là-bas. Nos hommes morts pour défendre nos intérêts lors de la fusillade après la cérémonie ont été enterrés comme il est du chez nous. Heureusement, nos équipes sont peu décimées et la menace espagnole ne plane plus au-dessus de nos têtes. La vie va pouvoir reprendre son cours et nos affaires pourront se dérouler tranquillement. Je suis soulagée d'être sortie de ce pétrin mais mon intuition me force à ne pas trop me réjouir. Je ne sais pourquoi mais le temps de paix et de tranquillité ne compte pas trop s'étirer.

Je pensais, assise dans la bibliothèque du deuxième étage, face à la grande fenêtre lorsque la porte s'ouvre sur mon père. Il entre en souriant pour me mettre en confiance. Je connais mon père, il a quelque chose à me dire. Il prend un siège qu'il déplace de quelques mètres pour se poser à côté du mien puis s'y assoit.
Mon papa est un homme typique de chez nous, il est né, a grandi et a habité ici toute sa vie. Ses cheveux grisonnants sont tirés en arrière laissant ses yeux verts foncés et malicieux dominer tout son visage. Il est de taille moyenne et a une bonne stature. Ses costumes à trois pièces sont toujours très élégants et accompagnés de sa chaîne de baptême, son alliance et sa chevalière, son imposante montre de luxe et de magnifiques chaussures rutilantes. Quant à sa voix, elle porte notre accent sicilien avec une chaleur digne de nos grands jours de juillet. Il parle toujours de façon calme et son âge lui a fait prendre du recul sur les événements. Il est sage et juste mais intransigeant et efficace quand il le faut.

Je l'observe me regarder en souriant gentiment sans rien dire. Puis, il se décide à ouvrir la bouche après avoir regarder un instant par la fenêtre.

Papa: Un mois est passé depuis Béné. Et Cristiano a été d'une grande aide : il nous a apporté des informations, il s'est mis en danger et t'a soignée. Il est temps qu'il prête serment.

J'acquiesce d'un signe de tête en voulant ajouter quelque chose quand il ajoute :

Papa: Cependant, je ne voudrais pas que tu te laisses emporter par sa présence. Il ne peut faire partie de nos hommes si il compte plus que ça. Vois-tu, j'ai remarqué comme il s'occupe de toi et prend son rôle très à coeur, ou plutôt trop à coeur. J'ai peur qu'il ne soit pas aussi efficace si il continue comme cela, qu'en penses-tu ?

Mon père est très calme, il n'a pas l'air dans vouloir ni à moi, ni à Cristiano. Il cherche simplement des réponses aux questions que ses observations ont engendrées. Je n'aurais pas du être aussi stupide en pensant que ça ne se verrait pas mais Papa a raison sur un point, je me suis laissée emporter par lui.

Moi: Je comprends Papa. Cristiano est très impliqué et il a un potentiel conséquent mais, il a un tempérament volcanique et... ça ne lui permet pas d'avoir les idées très claires parfois.

Mon père rit légèrement, avec bienveillance. Il prend ma main dans la sienne et la regarde un instant.

Papa: Ma fille... j'ai l'impression que tu es née hier. Tu sais, je t'ai enseigné autant de choses que possible et je t'ai dit aussi « on ne tire jamais avec la main gauche ». Béné a tenu son arme dans la main gauche trop de fois pour avoir les idées claires, il aurait pu être tout autre. Je ne souhaite pas que toi ou Cristiano terminent comme lui. Cependant, j'ai quelque peu changé d'avis sur la question. Si vous êtes ensemble, vous serrez forts, plus forts. Mais une cible plus alléchante pour nos ennemis et... cela ne s'est jamais fait chez nous.
Moi: Papa, Cristiano est quelqu'un de bien. Béné était un garçon colérique, autoritaire et torturé par les idées que son père lui a mis dans la tête. Ils sont trop différents pour que Cristiano lui ressemble un jour. Quant à moi, j'ai eu le meilleur des professeurs.
Papa: Vous pourriez faire une alliance redoutable.
Moi: Il prêtera serment et nous travaillerons ensemble si tu le désires Papa mais ne t'inquiète pas pour...

Je commence à m'affoler un peu en voyant que mon père a vu juste dans notre relation pour le moins cheloue. Mais au lieu de me gronder ou d'être fermé, il rit doucement et parle d'une voix très calme.

Papa: Je suis d'accord en tant que père mais en tant que chef de notre clan, j'ai quelques doutes quant à votre sécurité.
Moi: Nous verrons tout cela après qu'il ait prêté serment.
Papa: Je pensais que nous pourrions faire cela dans une semaine.
Moi: Une semaine ?
Papa: Il n'est pas prêt ? C'est trop court pour lui ?
Moi: Non non mais...
Papa: Dans une semaine, ce sera très bien : c'est son anniversaire.

Hein ?!

Moi: Bon, très bien.
Papa: Parfait. Je suis très fier de toi ma fille.

Dit-il en se levant puis en sortent de la pièce. Les paroles de mon père sont toujours pleines de vérité et elles tournent sans cesse dans ma tête. Le fait qu'il ait vu clair m'a fait perdre mes moyens et je me sens gênée. Mes parents m'ont toujours dit qu'ils savaient qu'un jour je serais amoureuse et je ne resterais pas une petite fille. Mais il n'est pas question d'amour, simplement d'attirance et je ne suis pas amoureuse. Non ?

Ces pensées en foisonnement me rendent malade donc je décide de me changer les idées en allant cuisiner quelque chose. Sur le chemin, je vois que Cristiano en train de jouer à la console dans un salon prévu pour les films et les divertissements vidéos. Je prie pour qu'il ne me voit pas mais je change finalement d'avis et entre de moi-même pour lui parler de son serment.

Moi: Cristiano ?
Cristiano: Attends deux secondes, je termine ma partie.

Il est affalé dans un canapé marron face à la télé incurvée en train de dézinguer ses ennemis virtuels. Les garçons, je vous jure...

Moi: Dépêches toi s'il te plaît.
Cristiano: Hum, petite coquine va.

Là, j'étais pas prête du tout ! Il m'a souvent des allusions sexuelles extrêmement bizarres mais je n'ai jamais été préparée à celles-ci.

Moi: Quoi ?! Espèce de porc je te parles pas de ça.
Cristiano: Tu veux quoi ?

Je m'avance jusqu'au canapé où je m'assois après avoir pris soin de fermer la porte du salon. J'éteins la télé, provoquant chez mon interlocuteur un soupir à vous faire froid dans le dos. Puis je m'approche jusqu'à ce que mes jambes touchent les siennes.
Son sourire plein de sous-entendus, de dragueur et affreusement suffisant revient au galop. De toute façon, je ne sais pas pourquoi ça m'étonne : lorsqu'il ne joue pas un rôle, il a toujours ce sourire là.

Cristiano: Oh, je vois... viens par ici.
Moi: Tututut... calme tes ardeurs Roméo ! Je viens te parler de ton serment.
Cristiano: J'avoue que c'est pas ce que j'attendais.
Moi: On avait pas remarqué t'inquiète... Bon, tu t'assermenteras dans une semaine.

Je me lève et me dirige vers la sortie. Il réagit directement en se redressant.

Cristiano: Attends, euh...c'est tout ?
Moi: Tu ne m'avais pas parlé de ton anniversaire.
Cristiano: Tu es vexée ?
Moi: Je n'irais pas jusque là...

Je sors de la pièce sans me retourner pour terminer mon chemin et atteindre enfin la cuisine. Personne n'y est, il est trop tôt pour commencer à préparer le dîner.
Il est vrai que le fait de ne pas savoir quand est l'anniversaire de Cristiano m'a fait un pincement au cœur. Pourtant, nous nous sommes dit pas mal de choses...
Ah non ! Reina, arrêtes ! Tu sais ce que tu es en train de faire là ?! Tu vas commencer à avoir de sentiments affectueux ou... autres pour lui quand même ?!

TronoDes histoires addictives. Découvrez maintenant