La vipera - La vipère

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Point de vue Cristiano

Je ne m'attendais pas à un accueil normal mais je suis assez en colère contre ma mère et mon frère pour ce qu'ils ont fait à Reina. Je me contiens parce qu'elle est là mais sinon, je serais reparti aussitôt. J'ai aussi la chance qu'elle ait du caractère, pas comme cette stupide Ariana ! Reina est un roc, une pierre froide et infaillible, imperturbable et impénétrable. Elle tiendra tête à n'importe qui, la seule chose que je crains c'est qu'elle ne tue quelqu'un.

Nous sommes actuellement à table dehors, sous la tonnelle en fer forgé qui supporte une toile en coton tissé. Simona est revenue de chez Rafael avec qui elle était toute la matinée pour choisir les plats de leur mariage.
Ma mère avait décidé de faire quelques placements et de m'assoir à la droite d'Ariana qui se trouve elle-même à la droite de ma mère. Puis elle avait placée Reina à côté de Léo simplement pour m'énerver mais elle n'en a rien fait et s'est assise à côté de moi quand je le lui ai dit. Mon père n'a rien dit, comme d'habitude. Mais je le comprends : il vit avec ma mère 24 heures sur 24 et c'est assez peinible pendant une semaine. Je sais que ce repas va être une épreuve et ma colère étant déjà assez haut dans son baromètre, je prie pour que Reina me facilite la tâche. Mais en voyant le regard de ma mère, je comprends que je rêve éveillé.

Francesca: Ariana ma chère, peux-tu servir Cristiano en crudités ?
Reina: Ce n'est pas la peine, je l'ai fait déjà.
Francesca: Comment osez-vous vous mettre entre mon fils et sa fiancée ?!
Reina: Je crois que vous vous trompez. Cela fait un an que je suis tous les jours avec Cristiano, et vous Ariana, depuis combien de temps le connaissez-vous ?
Ariana: Et bien, je, je... c'est la troisième fois que je le vois...
Reina: Oh... je vois.

Ma mère lance un regard de vipère à Reina et je la fixe à mon tour, cet acharnement me met hors de moi. Je revis la terrible colère que j'ai vécu la veille de la disparition de Reina, lors de notre dispute en boîte de nuit.

Simona: Quand vous êtes vous rencontrés ?
Moi: Il y'a un an tout pile, en Sardaigne. Dans un mariage.
Ariana: Un mariage ?
Moi: Oui, la première rencontre a été légèrement conflictuelle.
Papa: C'est vrai, Cristiano a eu la joie de rencontrer la main de Reina en premier.
Moi: Tout est allé mieux ensuite.

Je mens mais je remercie intérieurement mon père d'essayer de détendre l'atmosphère. À côté de moi, Reina mange tranquillement sa viande et ses légumes crus, comme si tout ceci lui passait au dessus de la tête.

Léo: Eh bien ptit frère, tu n'as pas riposté ?
Francesca: Peu importe. Reina, que faites vous dans la vie ?

Elle se fout de nous ! Je sers le tissu de la nappe sous la table à en faire blanchir les jointures de mes doigts. Reina le remarque mais ne baisse pas sa garde pour autant.

Reina: Je travaille avec mon père.
Ariana: Tu ne vas pas à la faculté ?
Reina: Ma fille, je n'en ai pas besoin. J'ai eu la meilleure éducation qui soit et aujourd'hui, je dirige une immense société de production et d'exportation.
Ariana: Je fais des études, cela est la meilleure façon d'avoir une bonne situation.
Reina: Je ne cherche pas de bonne situation, et je n'ai pas eu besoin de diplômes pour rester à mon niveau de vie et faire fructifier mes richesses.

Ses tacles sont incroyablement corrects, rien ne dépasse. Elle se tient droite et parle assez haut pour que tous l'entendent sans qu'elle ne crie. Pas un mot plus haut que l'autre. Tout est parfait.

Francesca: Enfin, vos magouilles en tout genre font plus de vous une vulgaire petite délinquante des bas quartiers de Palerme plutôt qu'une figure de la haute société économique.

Je vois les traits de Reina se tendre alors que son regard glacial et poignant se lève soudainement jusqu'au visage de ma mère. La colère monte également en moi, plus que prévu. Je suis vraiment a un doigt de renverser la table mais je ne dis rien, j'attends qu'elle se défende. Au lieu de ça, elle défie ma mère d'aller plus loin avec son regard.

Léo: Ce qui est sûr, c'est que vous pourriez facilement faire partie de la haute société avec un physique pareil. C'est vrai, quelques relations ici et là et vous voilà grande bourgeoise.

Je sais parfaitement ce qu'il insinue là-dedans et rien que pour son regard, il mériterait une bonne droite en plein dans le nez. Je sers les dents et nécessite le contact avec Reina, comme pour me calmer. Je pose alors ma main sur son genou et sers quelque peu mes doigts autour de son articulation, sentant la chair sur bas de sa cuisse sous la flanelle de sa jupe.

Moi: Qu'est-ce que tu es en train de dire ?!
Léo: Moi ? Mais rien ptit frère je dis simplement que pour des filles comme ça, c'est plus facile de se faire une place... tu as vu ces jambes ?
Moi: Tais toi Léonardo !
Léo: Sinon quoi ?

Son air nonchalant me défie de m'énerver, de me lever et de lui en collant une dans la figure, ce que j'aurais sans doute fait si Reina n'avait pas posé à son tour sa main sur ma cuisse. Plus haut cette fois, presque à côté de ma ceinture. Je la regarde, elle me sourit d'une façon qui allume le désir ardemment dans tout mon corps. J'ai soudainement envie de quitter cette table pour aller la posséder n'importe pou, de n'être qu'avec elle.

Reina: Je ne suis pas une fille de joie comme celles que tu fréquentes et tu sais qui je suis, je te conseille de t'arrêter ici.

Cette phrase courte et claire fait froid dans le dos, elle l'a fixé sans cligner une fois des paupières, sans sourire et avec une voix pétrifiante. Elle a clairement menacé de le massacrer si il continuait et apparement, le message est monté au cerveau. Léo se renfonce dans sa chaise et bougonnant de manière toute à fait inaudible.
Après ça, ni ma mère ni personne n'a osé interroger Reina avec insolence et Ariana s'est tu laissant son nez traîner dans son assiette. Puis le repas s'est terminé, ils sont tous retournés à leurs occupations : mon père en ville, Léo à la piscine, ma mère avec Ariana au salon et Simona chez Rafael. Je suis quelque peu soulagé même si je sais qu'il manque une ombre au tableau déjà bien noir : Antonella. Elle risque de débarquer au meilleur moment, comme d'habitude et de tout gâcher.

Mais pour le moment, je suis Reina qui monte à l'étage derrière Donatella. Elle lui montre sa chambre en avançant d'un pas tranquille, je ne sais pas comment elle fait pour travailler encore ici.

Donatella: Voilà votre chambre Donna Cortesi.
Reina: S'il vous plait, tutoyez moi et appelez moi par mon prénom.
Donatella: Et bien, c'est entendu, j'essaierai. Viens Cristiano, ta chambre est prête et tes bagages y ont été montés.
Moi: Nonna, je dors avec Reina.

Elle me regarde comme les mères normales regardent leurs enfants quand elles se rendent compte qu'ils ont grandi sans qu'elles s'en aperçoivent. Je la prends par les épaules, j'ai l'impression qu'elle n'a pas bien compris notre situation.

Moi: Nonna, Reina et moi nous nous entendons particulièrement bien et...
Reina: Nous sommes ensemble. Je sais que ce n'était pas prévu pour la famille de Cristiano mais c'est ainsi, nous nous ressemblons beaucoup et nous faisons énormément de choses ensemble. Cela fait quelques mois que nous avons une relation.

Je ne m'attendais pas à ce qu'elle dise cela et ça me fait le même effet qu'à Donatella, entendre ces choses de sa bouche me touchent et calme le feu de la colère qui sévit encore. Donatella me regarde en souriant tendrement.

Donatella: Mais bien sûr, tu es un homme maintenant. Et tu as trouvé une très belle femme. Je ne dirais rien alors je laisse tes bagages dans ta chambre.
Moi: Merci.

Je la prends dans mes bras un instant, elle représente tellement pour moi. Puis elle s'écarte en me souriant toujours et nous laisse en repartant au rez de chaussée pour continuer son travail. Une fois seuls sur le pas de notre porte de chambre, je regarde intensément Reina dont le regard brûle autant que moi. Je ferme la porte après être entré dans la pièce et tourne la clé.

Moi: Enfin seuls.

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