Il server - Le serveur

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Nous visitons Syracuse le lendemain et nous y restons quatre jours. Nous y menons une vie normale comme si nous y avions toujours habité, en faisant tranquillement nos courses et en allant au restaurant. Nous quittons finalement Syracuse pour le cap Passero où nous profitons de la mer chaude et bleue pendant deux jours entiers à bronzer au soleil, profitant de chaque rayon, du lever au coucher de l'astre roi.
Puis nous prenons la route vers l'Etna, un peu plus haut dans les terres où nous avons la chance de pouvoir monter sur le volcan récemment entré en éruption. Cristiano avait trop chaud mais on lui a déconseillé d'enlever son débardeur, une fois rentrés à l'hôtel on voyait la marque de celui-ci car sa peau avait noirci suite au dégagement de particules cendrées. Je me suis bien foutu de lui, j'avoue ! Quand nous étions sur le volcan, nos guides nous ont d'ailleurs proposé de faire flamber nos bananes au chocolat au dessus d'un flot de lave qui coule lentement sur la terre déjà craquelée en dessous. C'était vraiment amusant, on était comme des gosses à jouer entre les coulures de lave qui avaient séchés. Nous passons ensuite trois jours à nous promener dans les environs tels de véritables hommes de la forêt et nous repartons vers Caltanissetta, un peu plus vers le sud-ouest.
Un bref passage le temps de manger un plat de spaghettis à la sauce pistache puis Cristiano nous conduit en direction d'Agrigento où nous dormons une nuit dans un hôtel très caucasse dont la décoration de la salle de bain avec des carreaux de carrelage rose fuschia avait failli tuer Cristiano d'une crise cardiaque, hi-la-rant !
Le lendemain, nous repartons vers Siacca, une magnifique ville dans laquelle nous sommes restés cinq jours dans une petite maison louée par mes soins, quelque chose de simple et agréable dans laquelle nous avons pu apprécier la fraîcheur de l'intérieur des maisons de pierres. Je reprends le volant de mon bolide pour un trajet reliant Siacca à Marsala en faisant une brève pause, le temps d'un déjeuner au cap Granitola. Nous avons pique-niquer sur un bord de route, au dessus d'une minuscule crique où s'amusaient des enfants.
Nous passons une nuit à Marsala et nous décidons de partir sur l'archipel d'Egadi où nous restons deux jours, comme perdus au milieu de la mer bleue de la Méditerranée qui entoure ma chère île de Sicile. Le relief y est sec, beaucoup de cailloux, peu de végétation verte et pas mal d'arbustes de rocailles. Puis, nous revenons sur la terre ferme pour repartir à Trepani où nous dînons avant d'arriver au cap San Vito. Magnifique ! Je suis bouche bée de redécouvrir mon île, mon pays avec tant d'intensité et Cristiano à mes côtés. Nous essayons une des plus belles plages du monde qui se trouve non loin de là : de la roche très claire, une eau bleue turquoise, on dirait que l'être humain n'a jamais touché cet endroit. Je suis ravi de le voir si bien entretenu et je pourrais rester ici pendant des années.

Mais il est temps après vingt jours maintenant, de rentrer à Palerme. Avec Cristiano. Je l'ai découvert tout au long de ce voyage totalement fou durant lequel on ne s'est pas disputés une seule fois. La rencontre avec sa famille a ouvert une brèche en lui et nous avons ainsi pu mieux apprendre à nous connaître : c'est quelqu'un d'authentique et simple tout autant qu'il aime la fantaisie et le luxe. Il a énormément de principes qu'on pourrait qualifier de vieillots mais ils sont la base de tout pour moi car je les partage et par conséquent, j'ai beaucoup apprécié cela. Aussi, c'est lui qui a parfois réellement piqué une colère pour aller à la messe au lieu d'aller flâner sur un port de pêche. Je l'ai déjà dit mais la religion est très importante ici en Sicile pour tout le monde, même si les hommes sont en général un peu moins impliqués que les femmes, il est le seul qui ait jamais fait ça devant moi de ma vie entière. Il est très drôle car avec lui, un rien devient hilarant et ça fait du bien même si j'avoue que ce qui me fait encore plus rire, c'est de voir sa tête quand je suis sarcastique a la suite d'une de ses blagues : il a envie de m'ignorer, ou de me taper, ou de me punir je ne sais pas mais c'est très drôle !

Cependant, nous avons aussi convenu que notre relation naissante resterait cachée aux yeux de tous, Cristiano n'était pas vraiment enchanté mais il a aussi compris que j'ai besoin de temps et je l'en ai remercié. La seule chose qui m'inquiète c'est le monceau de travail sous lequel je vais être noyée en deux secondes à peine revenue chez moi ! Alors pour me changer les idées, je décide de prendre le volant sauf que ça fait dix minutes que je l'attend et il ne vient pas, je commence tellement à m'impatienter que je suis à deux doigts de détruire le klaxon !
Il finit par descendre, ENFIN. Je suis excédée surtout quand je le vois débarquer avec son sourire charmeur toutes dents blanches dehors alors je klaxonne fort dans ses oreilles.

Cristiano: Ça ne va pas princesse ?
Moi: Tu crois vraiment que je n'ai que ça à faire !
Cristiano: Ouhlala, je sens que tu es trop énervée pour que tu conduises sans que je rende mon petit-déjeuner sur ta banquette, et si je fais ça, tu m'en voudras toute ta vie n'est-ce pas ?

Il me regarde en soulevant un sourcil. Il sait qu'il a gagné parce que oui, il aurait vomi, c'est déjà arrivé hors de ma voiture Dieu merci, mais à cause de ma conduite ! Alors, je sors et je lui donne la clé avant de contourner le bolide et de m'assoir, les bras croisés sur le siège passager.

Cristiano: Détends-toi.
Moi: Je SUIS détendue !

Il tourne ses épaules vers moi et attend là. Je ne le regarde pas et j'essaie même de l'ignorèrent totalement mais il me fait son sourire de celui qui sait tout. Je déteste ça parce que, oui il sait ce que je pense à ce moment là.

Moi: Démarre, c'est bon.
Cristiano: Excuse toi de m'avoir rendu à moitié sourd d'abord.

Mes épaules s'affaissent face à son élan de culot. Je le regarde, il sourit fier de lui. Je ne peux pas résister alors je passe les mains derrière sa nuque et le regarde un instant de plus avant de déposer un baiser tout doux sur ses lèvres, il y répond très lentement tandis qu'une de mes mains va rejoindre la sienne posée sur le volant. Le baiser s'essouffle et il se remet face à la route.

Cristiano: J'aime mieux ça.
Moi: Je crois que moi aussi, décolles d'ici maintenant.
Cristiano: À vos ordres chef !

*******

Nous arrivons à la maison une heure et demie après notre départ à onze heures du matin. Cristiano retire sa main de ma jambe aussitôt que nous franchissons le premier seuil. Le portail de fer s'ouvre puis on avance et c'est la magnifique grille en fer forgé qui s'ouvre pour nous laisser avancer jusqu'au perron, face à la fontaine. Le domaine paraît encore plus immense comparé aux lieux où nous avons vécu ces dernières semaines.
La chaleur de cette fin de mois de juillet fait taper le soleil sur notre peau et sa lumière se reflète à travers l'eau de la fontaine qui rafraîchit tout de même ses environs. On gare la voiture et on prend nos bagages avant d'aller frapper à la porte. Une minute et rien, c'est étrange. Je re-frappe à la porte et quelques secondes après, Rosa vient nous ouvrir. Elle ne saute pas de joie et paraît même un peu dérangée.

Moi: Et bien Rosa, qu'est-ce qui se passe ?
Rosa: Il moi piccolo fiore, ton papa est furieux !
Moi: Pourquoi ? C'est à cause de nous ?
Rosa: Non, quelqu'un a réussi à entrer dans le système de sécurité, et votre fuite n'a pas arrangé les choses. Je ne sais pas plus. Donnez moi vos bagages et allez le voir.

Je ne réponds rien et n'attends pas Cristiano pour me précipiter à l'étage dans le bureau de mon père. Il n'est pas là. Mais oui, je suis bête, c'est dans le mien qu'il y'a les téléviseurs des caméras ! Je traverse le couloir et fait irruption dans mon bureau, personne à part une pile de papiers qui m'attend. Je referme la porte, blasée. Je me frotte le front en réfléchissant à l'endroit où il peut être. Soudain, j'ai une idée ! Cristiano qui avait réussi à me rattraper, n'arrive plus à me suivre quand je cours à toutes jambes sur mes talons Valentino en direction de la bibliothèque. Je l'attends pour prendre l'ascenseur qui est caché derrière une des armoires à livres, un truc vieux comme le monde. Il est tout stupéfait mais se dépêche d'entrer dans la cabine.
Nous descendons dans nos sous-sols puis une fois arrivés pour de bon, je cours dans le dédale de couloirs jusqu'à une immense pièce qui se trouve précisément et pile au dessous de mon bureau : le serveur.
J'y trouve mon père, Vincenzo et tout les nouveaux chefs de famille. Cristiano me rejoint essoufflé et je sens, en voyant les yeux de mon père et de celui de Cristiano qu'on va passer un sale quart d'heure.

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