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PDV Max

Le regret me rongeait de l'intérieur. Je ne pouvais pas supporter l'idée que Charles puisse penser que je me servais de lui, qu'il n'était qu'un jeu pour moi. Il ne comprenait pas qu'il était la seule chose dans ma vie qui me faisait sentir vivant, aimé, entier. Et pourtant, par ma faute, il pensait tout le contraire.

Je m'en voulais d'être resté silencieux, d'avoir laissé mon père dicter encore une fois mes choix, d'avoir partagé cette nuit dans la même chambre que Kelly sans rien dire à Charles. Je n'avais même pas eu la force de lui expliquer. Parce qu'au fond, j'étais pétrifié. Mon père avait toujours eu ce pouvoir sur moi : il me faisait sentir faible, comme un enfant incapable de se défendre.

Ne sachant plus quoi faire, j'appelai Pierre et Daniel, les deux seules personnes en qui j'avais assez confiance pour leur confier ma peine. Ils me rejoignirent rapidement dans ma chambre, où j'avais passé les dernières heures à tourner en rond, incapable de penser clairement.

"Alors, raconte," dit Daniel en s'asseyant, l'air sérieux.

Je leur expliquai tout, la nuit avec Kelly imposée par mon père, mon incapacité à tenir tête à ce dernier, et la façon dont Charles avait explosé de colère en pensant que je jouais avec lui.

Pierre haussa un sourcil, son ton brusque. "Mais, Max, pourquoi tu ne dis pas à ton père d'aller se faire voir ? T'es un adulte, bon sang. Tu n'as plus à écouter ses ordres."

Je baissai les yeux, honteux. Daniel posa une main apaisante sur mon épaule avant de répondre à ma place. "Ce n'est pas aussi simple que ça, Pierre. Tu ne sais pas tout."

"Alors explique-moi," répliqua Pierre, son ton se radoucissant légèrement.

Daniel inspira profondément, hésitant, puis lâcha : "Son père le frappe depuis qu'il est gosse. Physiquement. Psychologiquement. Ça ne disparaît pas comme ça. Combien de fois est-ce que je t'ai vu débarquer chez moi, Max, avec des bleus et des blessures que tu essayais de cacher ?"

Pierre ouvrit de grands yeux, choqué. "C'est sérieux, ça ?"

Je hochai lentement la tête, ma voix tremblante. "Oui... C'est comme ça depuis toujours. Quand je ne gagnais pas, quand je faisais une erreur, quand il était simplement de mauvaise humeur. Et encore aujourd'hui, il a ce pouvoir sur moi. Il me contrôle. Et je déteste ça."

Un silence pesant s'installa dans la pièce, jusqu'à ce que Pierre murmure : "Je suis désolé, Max. Je n'avais aucune idée..."

"Je ne veux pas de ta pitié," dis-je rapidement, les poings serrés. "Je veux juste... réparer les choses avec Charles. Mais je ne sais pas comment."

"Va lui parler," dit Pierre simplement. "Dis-lui tout. Si tu l'aimes, tu dois être honnête avec lui."

"Il mérite de savoir," ajouta Daniel.

Ils avaient raison. Alors, je pris mon courage à deux mains et partis pour l'hôtel de Charles.

Quand il ouvrit la porte, il était dans un état lamentable. Ses yeux étaient rouges, gonflés, et son expression trahissait une douleur que je ne pouvais supporter.

"Max, va-t'en," dit-il d'une voix brisée. "Je n'ai pas envie de te voir."

"Charles, s'il te plaît. Laisse-moi expliquer."

Il hésita, puis ouvrit la porte en grand sans dire un mot.

"Je t'aime," dis-je immédiatement, ma voix tremblante. "Je t'aime plus que tout. Tu n'es pas un jeu, jamais. Mais je suis désolé... tellement désolé."

"Alors pourquoi ?" demanda-t-il, sa voix pleine de douleur. "Pourquoi tu as dormi avec elle ? Pourquoi tu m'as laissé croire que je ne comptais pas ?"

Je pris une profonde inspiration, sentant ma gorge se nouer. "Parce que... parce que je n'ai pas eu le courage. Pas le courage de tenir tête à mon père. Pas le courage de t'expliquer."

Son regard était interrogateur, alors je continuai, ma voix se brisant.

"Depuis que je suis enfant, mon père... il me frappe. Tout le temps. Pour tout. Quand je ne gagnais pas. Quand je faisais une erreur. Quand je respirais trop fort, peut-être. Et même aujourd'hui, il me contrôle. Il sait comment me briser sans même lever la main. Et cette histoire avec Kelly, c'est lui. C'est pour l'image. Pour le spectacle. Parce que, selon lui, c'est ce que je dois être."

Charles resta silencieux, mais je voyais ses mains trembler. Je continuai, incapable de m'arrêter.

"Je me souviens des nuits où je pensais que je n'allais pas me réveiller. Les fois où je suis allé chez Daniel, incapable de marcher tellement j'avais mal. Les fois où je voulais juste disparaître. Et malgré tout ça, une partie de moi... l'aime encore. C'est mon père. Et je ne sais pas comment vivre avec ça."

Les larmes coulaient sur mes joues sans que je m'en rende compte. Charles s'approcha doucement, posant ses mains sur mes bras.

"Max..." murmura-t-il, sa voix pleine d'émotion. "Pourquoi tu ne m'as rien dit ?"

"Parce que j'avais honte. Honte de te montrer à quel point je suis faible. Honte de te décevoir. Et je... je ne voulais pas te faire fuir."

Il me regarda avec une tendresse infinie, ses yeux brillant de larmes. "Tu n'as rien à prouver, Max. Rien. Et tu ne me feras jamais fuir. Je suis tellement désolé pour tout ce que tu as vécu... et tellement en colère contre ton père."

"Non, Charles. S'il te plaît, ne t'en mêle pas. Ce n'est pas aussi simple."

"Mais je peux être là pour toi," dit-il fermement. "Tu n'es pas seul. Pas avec moi."

Je le pris dans mes bras, le serrant aussi fort que je le pouvais. "Dis-le-moi encore," murmurai-je. "S'il te plaît, dis-moi que tu m'aimes. J'ai besoin de l'entendre."

"Je t'aime," dit-il sans hésitation, sa voix douce mais déterminée. "Je t'aime tellement, Max."

Je l'embrassai, un baiser long et désespéré, comme si je pouvais graver ses mots en moi.

On finit par s'allonger sur son lit, épuisés, mais ensemble. Il alluma un film ridicule, un de ces trucs qu'on ne regarde que pour se vider la tête.

"Je suis content que tu sois là," murmura-t-il, sa tête posée sur mon torse.

"Et moi donc," répondis-je, caressant doucement ses cheveux.

Il releva la tête, un petit sourire sur ses lèvres. "Et félicitations pour ta victoire, au fait."

"Merci," murmurai-je, déposant un baiser sur son front.

On s'endormit comme ça, ses bras autour de moi, et pour la première fois depuis des années, je me sentis enfin en paix.

Romeo save me ~ LestappenOù les histoires vivent. Découvrez maintenant