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chapitre 92
POV Charles

Cela fait quelques jours que je suis chez Sebastian, et si je suis encore épuisé, il y a une légère amélioration. Je me sens un peu mieux, même si la réalité me rattrape toujours. La vérité, c'est que je ne dors plus que deux heures par nuit. Mais d'une manière ou d'une autre, ici, avec Seb, tout semble plus supportable. Il a été là pour moi, sans poser de questions, sans chercher à comprendre ce que j'avais vécu. Il m'a juste écouté. Et ça, plus que tout, m'a permis de respirer.

Sebastian a pris le temps de m'expliquer que je n'étais pas obligé de tout affronter seul, que si un jour je voulais parler, il y avait des options, des moyens de sortir de ce que je vivais. Mais aujourd'hui, même si je me sens un peu plus léger, je sais que je dois repartir. Las Vegas nous attend. Une nouvelle course.

Je n'ai pas envie de retourner sur le circuit, mais je sais que je n'ai pas vraiment le choix. Je dois continuer à avancer, à jouer mon rôle. À faire semblant que tout va bien. C'est devenu mon quotidien. Et même ici, avec Seb, j'ai l'impression que chaque minute qui passe me rapproche de cette partie de moi que je n'arrive pas à affronter.

Dans l'avion, je suis seul avec mes pensées. Je commence à discuter par message avec Max, et je me rends compte que c'est beaucoup plus facile de lui mentir comme ça, de lui faire croire que tout va bien. C'est comme si, à travers ces messages, je pouvais créer une version de moi-même qui ne ressemble en rien à ce que je ressens.

"Salut, comment ça va ?"

Je réponds, essayant de paraître le plus normal possible.

"Ça va. Juste fatigué. Mais ça va. Et toi ?"

"Tout va bien ici, je suis content que tu sois rentré. On va s'en sortir."

Je souris en voyant sa réponse, mais cette petite voix dans ma tête me rappelle que je ne dis pas la vérité. Je le laisse penser que tout va bien, même si au fond, c'est tout l'inverse.

Arrivé à Las Vegas, je suis pris dans le tourbillon de la course. Tout est plus grand ici. Plus bruyant. Les néons clignotent, et l'effervescence du week-end de course me submerge. Je m'efforce de rester concentré, de ne pas penser à ce qui se passe dans ma tête. Je fais de mon mieux pour être présent, mais tout semble flou, comme si je marchais à travers un épais brouillard.

Puis, en traversant le paddock, je croise Carlos. Un sourire éclaire son visage lorsqu'il me voit.

— Charles, tu es de retour, dit-il en me tapant amicalement sur l'épaule.

Mais derrière lui, je vois une silhouette que je n'ai pas envie de voir. Binotto. Je le reconnais immédiatement, même s'il semble un peu plus vieux, un peu plus fatigué. Je me fige.

— Salut Charles, dit-il, sa voix toujours aussi calme et autoritaire.

Je sens une vague de nausée monter en moi, mais je garde la face. Je ne peux pas lui montrer ce que je ressens. Pas ici, pas devant Carlos. Pas devant tout le monde.

— Bonjour, Mattia, réponds-je d'une voix qui essaie de rester neutre.

Il me sourit d'une manière qui me fait frissonner, et avant que je puisse réagir, il ajoute :
— Écoute, je suis content de te voir ici. Ça te dirait de prendre un café demain, avant la course ?

Je sens ma gorge se serrer, mais je ne peux pas refuser. Il a toujours cette emprise sur moi, cette capacité à me faire sentir comme si j'étais obligé de dire oui. Même si chaque fibre de mon être hurle pour que je parte, je garde un sourire figé sur mon visage.

— Oui, bien sûr, je serai là, dis-je en serrant les poings discrètement.

Carlos me regarde, confus, mais il ne semble pas remarquer la tension qui m'envahit. Il sourit à Binotto.

— Super, je vous laisse, dit Carlos, et je vous laisse discuter.

Je me retrouve seul avec Binotto, et mon cœur s'emballe. Il se tourne vers moi, et son regard me fixe. Cette vieille sensation de malaise, de honte, de peur me revient. Je me force à sourire, à ne pas laisser paraître l'anxiété qui me ronge.

Je reste calme, mais je sais que ce café va me briser.

Le reste de la journée passe en un éclair. Je me concentre sur la course à venir, mais chaque minute qui s'égrène me rapproche de ce moment avec Binotto. Et quand je rentre dans ma chambre le soir, tout le poids du monde me semble s'abattre sur mes épaules.

Je ferme la porte derrière moi, et la réalité me frappe de plein fouet. Le calme de la chambre m'étouffe presque. Je m'assois sur le lit, ma tête entre mes mains. La panique monte en moi, tout se précipite. Je me sens piégé, coincé, incapable de fuir.

Mes mains tremblent, mes pensées se bousculent, et avant même que je puisse respirer profondément, tout s'effondre. Je me lève d'un coup, les jambes faibles, et je fais les cent pas dans la pièce. Les souvenirs se bousculent, et la pression dans ma poitrine devient insupportable. Je tombe à genoux, mes respirations erratiques, comme si l'air manquait dans mes poumons.

Les images reviennent. Les voix, les gestes. Tout me submerge. Le poids de tout ce que j'ai enfoui en moi refait surface, et je n'arrive pas à l'arrêter. Je suis là, seul, et cette vague de panique m'engloutit.

Je sais que je devrais appeler Max, mais quelque chose en moi me dit de ne pas le faire. Je ne veux pas qu'il sache. Je ne veux pas qu'il me voie comme ça. Pas après tout ce qu'il a fait pour moi. Je me tais, me laisse aller dans la crise sans appeler personne.

Quand la vague de panique commence à se calmer, je m'effondre sur le lit, les larmes coulant sur mes joues sans que je puisse les arrêter. Je suis épuisé. Fatigué de tout ça. Fatigué de la douleur qui ne disparaît jamais.

Je prends mon téléphone, mes mains toujours tremblantes, et compose le numéro de Sebastian. Il décroche presque immédiatement.

— Charles, ça va ? me demande-t-il, sa voix calme et rassurante.

Je ne peux pas lui mentir. Je n'ai pas la force.

— Non, ça va pas. Je suis... je suis coincé, Seb. Il est là. Je dois le voir demain.

Il reste silencieux un instant, puis il parle lentement.

— Tu sais ce que tu as à faire, Charles. Ne va pas au café, ça ne fera qu'empirer les choses.

Mais je sais. Je sais au fond de moi que je ne pourrai pas l'éviter. Binotto a toujours cette emprise sur moi, et je sais que j'irai.

Je prends une profonde inspiration, puis je lui réponds.

— Je vais y aller. Je n'ai pas le choix.

Sebastian ne dit rien pendant un moment, puis il murmure, presque comme un avertissement.

— Fais attention, Charles. Je suis là si tu en as besoin. Mais n'oublie pas que tu n'es pas seul.Et je maintiens que ce n'est pass une bonne idée 

Je raccroche, laissant les mots de Sebastian résonner dans ma tête. Je me sens plus seul que jamais, mais au moins, je sais qu'il est là, même si je ne peux pas l'appeler cette fois.

Finalement, la fatigue m'envahit et je m'endormir dans un sommeil agité, en sachant très bien que le lendemain, je devrai affronter de nouveau Binotto.

Romeo save me ~ LestappenOù les histoires vivent. Découvrez maintenant