Chapitre 20.

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« Il est un endroit perdu


Il est un endroit tu sais


Où je recueille en passant


Mes deuils et mes tourments



Il y avait un cimetière là


Et moi j'y ai planté des roses


Que les poussières des âmes en pleurs


Oui qu'elles viennent nourrir les fleurs »



Les paroles, très lentes, se fraient un chemin dans l'esprit du garçon et instaurent un rythme alangui aux battements de son cœur. Le froid s'immisce sous son léger sweat, mais il ne frissonne pas. Les températures chutent depuis quelques jours, mais jamais au point de transformer la pluie en neige. C'est le sud de la France, après tout, l'hiver est toujours plus doux que glacial. En ce moment, les gens sont heureux, en particulier les enfants ; c'est compréhensible, son téléphone portable affiche la date du vingt-trois décembre, depuis deux heures et trente minutes. Trente-et-une minutes, à présent.

« Il est de ces destins maudits


Il est de ces mots qu'on se dit


Il est un endroit de fantômes


Il est des lignes au creux des paumes



Il est des soirs mélancolie


Il est des brouillards dans la nuit


Là-haut sur la campagne belle


Il est la terre des tourterelles »



Il y a seize heures et trente-et-une minutes, il est allé à la gare. Pour accompagner ses deux amies. Il avait envie de pleurer. Et il a vu les yeux humides de sa meilleure amie. Ils se sont enlacés, comme la première fois, et il a hésité à ne plus la lâcher, à la garder prisonnière de ses bras pour l'éternité. Mais il l'a lâchée. Puis il a pris l'amie de sa meilleure amie, qui pendant ces quelques jours est aussi devenue son amie, dans ses bras. Là, par contre, il n'a pas pu s'empêcher de lui murmurer « prends soin d'elle, s'il te plaît » à l'oreille. Elle a compris, il sait qu'elle a compris, parce qu'elle l'a serré légèrement plus fort contre elle, comme pour répondre « promis » et ça l'a rassuré. Il a fini par la lâcher elle aussi. Et il les a regardées monter dans le train. Et il les a regardées partir. À ce moment là, il a eu l'impression qu'une partie de son être lui avait été arrachée. Ça lui a fait mal.



« Il est des murs qui m'emprisonnent


Et si moi là je t'abandonne


Si l'amour parfois doit s'enfuir


Tu sais c'est pour mieux revenir »



Il coince une cigarette entre ses lèvres, et l'allume. Il ferme les yeux, recrache la fumée.



« Dans mon château de brume


Juste en-dessous la lune


Je suis princesse parfois

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