-Tu dois en parler à ta sœur, tu le sais, hein ?
Le garçon soupire longuement en haussant les épaules.
-Elle est folle de lui, elle me croirait jamais.
Yaël lui donne un coup de pied dans le tibia, mais le plus discrètement possible pour ne pas attirer l'attention de leur professeure d'allemand.
-Alors fais en sorte qu'elle te croie, sauf si tu préfères qu'elle passe sa vie avec un pervers narcissique.
-C'est pas un...
-Si. Un simple connard infidèle s'en foutrait que ta sœur passe du temps chez ses parents. Mais lui veut absolument la garder uniquement pour lui, la culpabilise, lui fait faire tout ce qu'il veut. Il va même jusqu'à te casser la gueule pour te rappeler l'immense emprise qu'il a sur elle. Sérieux, mec ; mon frère avait une pote dans cette situation, elle s'est retrouvée à l'hosto pour dépression et tu sais quoi ? Elle pleurait parce qu'elle se sentait ignoble de gagner plus de fric que son fiancé. Bouge-toi le cul et essaie de la raisonner pendant qu'il est encore temps, sinon il va réussir à complètement l'isoler et tu n'auras plus aucun contact avec elle.
Ethan soupire discrètement en se reculant sur sa chaise.
-Bon. Admettons qu'il en soit un. Comment je peux faire pour la convaincre de rompre ? Ils ont une fille, je te rappelle.
-En lui expliquant justement le danger qu'encourt Lucie ? Je suis sûr qu'il ne s'en occupe même pas convenablement.
-J'en sais rien. Quand j'y pense... j'ai pas l'impression qu'il soit très présent pour elle.
-Ethan et Yaëlle, ça suffit.
Ils se taisent brusquement à la réprimande de leur professeure, ignorant les quelques ricanements des imbéciles qui leur servent de camarades.
Le cours se termine neuf minutes plus tard dans le chahut des lycéens et la fatigue apparente sur le visage de l'enseignante. Les garçons reprennent leur discussion précédemment avortée tout en s'engageant dans les escaliers ; mais ils ont à peine le temps de franchir deux marches qu'Ethan se retrouve soudainement à terre, rouge de rage et d'humiliation, sous des ricanements et des « tu pourrais nous remercier quand même, t'es descendu plus rapidement grâce à nous. »
-Tu t'es pas fait mal ?
Il se redresse difficilement tout en secouant la tête.
-Non, ça va.
Puis il tente un sourire.
-Tu ne les poursuis plus en leur hurlant dessus, c'est un beau progrès.
Yaël hausse les épaules.
-J'ai compris que ça sert à rien, alors maintenant je me contente de les maudire sur trois générations. Tu veux pas aller voir l'infirmière ?
-Hors de question, on a anglais spé.
Il replace correctement son sac sur ses épaules avant de se mettre à marcher en direction de la salle de cours, suivi de près par son meilleur ami surpris.
-Depuis quand tu préfères aller en anglais spé plutôt qu'à l'infirmerie ?
-On a cours avec Luke. Je veux qu'il voie ce que ses chiens ont fait.
Ils entrent dans la salle où sont déjà installés quelques élèves ; le professeur ne leur lance qu'un distrait regard avant de vaquer à ses occupations. Ils se laissent tomber sur leurs chaises, attendent deux minutes et vingt-huit secondes.
Enfin, Thomas et Luke apparaissent dans leur champ de vision, l'un s'étirant et l'autre baillant aux corneilles.
Les quatre regards se croisent alors ; le premier glacial, le deuxième brûlant de rage, le troisième surpris et le quatrième culpabilisant.
VOUS LISEZ
L'Ouragan d'Étoiles
RomanceDeux histoires d'amour, en parallèle. Deux garçons qui s'opposent, deux filles qui se complètent. Un livre, un sourire. Une valse de sentiments qui les entraîne dans les abîmes de leurs âmes. Une vague de chansons qui les emporte dans les astres de...
