Ethan écoute depuis une bonne demi-heure son ami se lamenter sur son désastreux coming-out. Ce n'est pas qu'il n'en a rien à foutre, il soutient le pauvre jeune homme, mais ses pensées sont encore polluées par la soirée de la veille passée aux côtés de Luke.
-Il ne me prend pas au sérieux ! Je galère à lui expliquer, et lui il se marre comme un imbécile ! Il continue à me parler au féminin et ne fait aucun effort pour comprendre ! Mais le problème, c'est qu'il me plaît trop, alors je peux pas vraiment lui en vouloir. Et puis aussi je... Ethan ? Tu m'écoutes ?
L'autre sursaute violemment et se concentre sur son camarade.
-Oui, oui, t'inquiète. Mais je pense pas que ce soit méchant, seulement il ne connaît pas ça. À mon avis, il ne s'est jamais intéressé à ce genre de choses. Tout ce qu'il connaît, c'est l'hétérosexualité, l'homosexualité, la bisexualité et Luke.
-Et Luke, répète Yaël, amusé. Au fait, tu m'as pas raconté ce qu'il s'est passé hier. Tu l'as accompagné ?
-Ouais. Mais quand on est arrivés au collège, on a vu Jules, son petit frère, se faire tabasser. Alors Luke s'est battu avec le mec, on a récupéré Maxence qui était dans la foule et on a fini en retard pour aller chercher Tristan à l'école primaire. On est rentrés chez eux, et j'ai soigné Jules et les mains de Luke. Puis...
-Puis ?
-On est allés dans sa chambre.
Le regard de son ami s'illumine soudainement d'une dérangeante lueur perverse.
-Et... ?
-On a rien fait. Enfin... rien qu'on n'avait pas déjà fait. Juste frottés, c'est tout. Ensuite on a mangé et son père m'a ramené chez moi.
-Bordel, est-ce que vous allez baiser un jour ?
-Putain, Yaël !
***
-Qu'est-ce que tu as encore fait ?
Le jeune homme souffle bruyamment en se passant une main dans les cheveux, agacé. Elle ne cherche même pas à savoir s'il va bien. Tout ce qui lui importe, ce sont les bandages sur ses mains abîmées. Son regard se perd au loin, s'arrêtant sur le garçon à l'autre bout de la cour, qui semble converser avec son amie. Elle a sûrement dû lui rapporter son rendez-vous avec Thomas, il a sans doute dû lui raconter ses instants passés avec lui. Ils sont seuls, éloignés des autres lycéens qui ne leur accordent que des regards moqueurs ou dédaigneux, mais s'en foutent. Ils sont heureux, tous les deux. Ils se suffisent l'un à l'autre. Yaëlle lui fait tellement de bien, elle a rallumé un peu de vie dans son regard éteint. Et puis lui, il est en plein milieu de la cour, devant la cafétéria, entouré d'une dizaine de ses camarades, sa « bande de potes », de sa copine et de son meilleur ami.
Mais sérieusement, pourquoi je reste avec eux ? Ils ne comptent pas, ils ne signifient rien pour moi. À part Thomas, je n'apprécie vraiment aucun d'eux. Et même ma petite-amie parfaite, je ne parviens pas à l'aimer à sa juste valeur. J'aimerais, j'aimerais vraiment, mais elle ne me comprend pas. Elle me voit comme tout le monde me voit, elle me voit comme un roi ; mais que dirait-elle si elle sondait mon esprit ? Si elle me connaissait vraiment ? Elle me verrait comme un fou ; et sérieusement, qui voudrait sortir avec un fou ? Mais c'est ce qu'elle fait. Elle sort avec un fou en pensant sortir avec un roi. Et tous les autres, d'ailleurs. Ils adulent un fou en pensant aduler un roi. Il n'y a que Thomas qui me voit tel que je suis vraiment. Il n'y a que Thomas qui me connaît tel que je suis vraiment. Et Ethan... comment Ethan me voit ? Comme un connard. Mais je ne comprends pas. Si Ethan me voit comme un connard, pourquoi est-ce qu'il m'embrasse ? Pourquoi est-ce qu'il semble attiré par moi ? Pourquoi il continue à accepter de me voir au parc ? Et pourquoi moi, je ressens quelque chose que je ne comprends pas pour Ethan ? Pourquoi j'aime autant embrasser un garçon, ce garçon ? Pourquoi ce garçon m'excite, pourquoi ce garçon me fait retomber, pourquoi ce garçon me rend si faible ? Putain, pourquoi je me sens aussi seul alors que tout le lycée me baise les pieds ? Pourquoi est-ce que j'envie le garçon qui est détesté et méprisé par tous mes courtisans ? Pourquoi est-ce que je ressens cette chose que je ne comprends pas pour un garçon qui me remballe et qui me tue avec ses mots aussi tranchants qu'une lame de rasoir ? Je suis complètement masochiste, c'est la seule explication. Et le garçon aussi est masochiste, pour s'attacher à celui qui tient les fils des pantins qui le frappent et l'insultent. Un beau couple de masochistes, tiens. Couple... et puis quoi, encore ? Un couple, c'est deux personnes qui s'aiment, qui se font confiance et qui seront toujours là pour l'autre. Nous, on ne s'aime pas ; on ressent quelque chose d'étrange, mais ce n'est certainement pas de l'amour. On ne se fait pas confiance, ce qui est normal ; quel idiot ferait confiance à la personne qui lui fait mal, physiquement ou psychologiquement ? Et est-ce qu'on sera toujours là l'un pour l'autre ? Ce serait étonnant, vu le mal qu'on se fait. Et puis on passe notre temps à s'engueuler, quel couple passe son temps à s'engueuler ? On est juste deux imbéciles qui s'embrassent dans un parc pendant la nuit et qui se font du mal partout ailleurs pendant la journée.
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L'Ouragan d'Étoiles
RomanceDeux histoires d'amour, en parallèle. Deux garçons qui s'opposent, deux filles qui se complètent. Un livre, un sourire. Une valse de sentiments qui les entraîne dans les abîmes de leurs âmes. Une vague de chansons qui les emporte dans les astres de...
