Chapitre 80.

154 26 6
                                        




Le vélo est négligemment jeté sur le sol tandis que le jeune homme pousse le portillon de l'aire de jeux.

Le garçon est assis sur l'une des deux balançoires, celle de gauche, et fume son énième cigarette tout en se balançant légèrement.

Dix mois.

Dix mois, et rien n'a changé.

Comme d'habitude, le garçon ne tourne même pas la tête vers lui, comme s'il n'avait pas remarqué sa présence.

Comme d'habitude, le jeune homme s'assied sur la balançoire de droite, donne une petite impulsion sur le sol pour se balancer, laisse échapper un bruyant soupir.

Il n'aime pas le fait que le garçon fume.

Le garçon, en entendant ce bruyant soupir, ne peut réprimer une ombre de sourire.

Cet idiot lui a manqué, pendant deux semaines.

Dans seulement un mois, ils vont faire leur rentrée en terminale. Puis il y aura le bac, et ensuite...

Ensuite, aucun ne sait ce qui se passera pour leur relation.

Soit l'un d'eux fera une connerie qui foutra tout en l'air, soit ils arriveront à être suffisamment forts et motivés pour envisager un futur ensemble.

Le garçon, lui, aimerait bien qu'ils arrivent à être suffisamment forts et motivés pour envisager un futur ensemble.

En fait, il prie pour qu'ils aient droit à un futur ensemble. Il ne se voit pas sans la présence du jeune homme dans sa vie. Il a besoin de lui.

Le jeune homme est persuadé qu'ils y parviendront. Il n'est pas totalement stupide, il sait que jamais le garçon ne fera d'erreur quant à leur relation ; alors que lui... mais bon, ils n'ont plus qu'un an à tenir. Ensuite, ils seront libres.

Toutes ces conneries scolaires le fatiguent au plus haut point, il a hâte que ça se termine. Comme ça, il pourra habiter avec le garçon et leur chat, et puis ils pourront prendre un chien, pourquoi pas, c'est bien les chiens, et il aura le privilège d'avoir le garçon à ses côtés jusqu'à la fin de sa vie.

Mais

Plus que tout

Il espère que le garçon ne saura jamais ce qu'il vient de penser, sinon il aura droit à deux semaines d'humiliation et de moqueries.

Le garçon tire une dernière fois sur sa cigarette, puis enferme le mégot dans le petit cendrier portable qu'il s'est enfin décidé à acheter, fatigué des hurlements du jeune homme chaque fois qu'il oubliait un reste de clope par terre.

Puis il ferme les yeux, profite du silence tranquille.

Et de la présence du jeune homme près de lui.

Même s'il ne l'avouera jamais.

Huit minutes passent ainsi, ça leur fait du bien, parce que ça fait longtemps qu'ils n'ont pas eu droit à ces huit minutes, parce qu'ils savent qu'ils n'auront plus droit à ces huit minutes avant longtemps.

Et ces huit minutes leur sont essentielles.

Alors ils se balancent pendant ces huit minutes, sans dire un mot, profitant de la légère brise nocturne bienvenue en ce lourd mois d'aout.

Et puis, finalement, le garçon sort une nouvelle cigarette, l'allume avec le briquet offert par le jeune homme.

Et ses lèvres se séparent.

-J'ai fini l'Ouragan d'étoiles.

-Oh. Alors, comment ça se termine ?

-Assez étrangement. Enfin... on dirait qu'il va y avoir une suite.

Le jeune homme éclate de rire, remonte ses lunettes sur son nez d'un geste machinal, se balance un peu plus fort.

-Alors s'il y a effectivement un deuxième tome, espérons que cette fois tu mettes moins de dix mois à le lire.

Le garçon se tourne brutalement vers son compagnon, la lumière du réverbère se reflétant furtivement dans sa boucle d'oreille.

-Ferme-la ou je te crache ma fumée dans la gueule.

Deux yeux bleu-vert plantés dans un regard métallique.

Deux infimes sourires empreints de défi dans une atmosphère particulière.

-Essaie un peu pour voir.

L'Ouragan d'Étoiles Des histoires addictives. Découvrez maintenant