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Oh baby - LCD Soundsystem

Le 4x4 finit par se garer sur les hauteurs de Pacific Heights, au nord de la ville, devant un bâtiment imposant dont les colonnes grecques rappelaient le Panthéon. Je supposai que nous étions arrivés lorsque que le jeune professeur sortit de sa voiture. Je l'imitai en sautillant sur mes talons pour le rattraper. Quand j'arrivai à sa hauteur, il s'arrêta.

— Tu peux me faire une faveur ? me demanda-t-il très sérieusement en observant les environs peuplés de cheerleaders déchainées.

— Bien sûr ! assurai-je en ignorant les : « Je veux du O, du N, du S. Allez les C.H.A.M.P.I.O.N.S ! ».

— Suis-moi.

Il slaloma entre les voitures rutilantes vers le fond du parking, jusqu'à disparaitre derrière une camionnette réfrigérée aux couleurs du lycée. Elle s'occupait probablement de livrer les produits frais du lunch. Je fis en sorte d'effacer cette information dès qu'elle atteignit mon cerveau, je ne voulais rien savoir de cet endroit. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de chercher le logo du lycée – la façade blanche de l'établissement dessinée dans un carrée rouge – disséminé un peu partout : sur cette camionnette, sur les sweatshirts à capuche bordeaux que portaient certains élèves ou encore sur le drapeau qui claquait au vent, côte à côte avec le drapeau américain.

De l'autre côté du véhicule, Petterson se tenait appuyé contre l'aile arrière. Que me voulait-il ? Un vent de panique m'ébranla. M'avait-il démasquée ? Mes yeux passaient du prof à la camionnette, inquiète à l'idée qu'il ne compte me congeler dans cette morgue itinérante.

J'étais à deux doigts d'utiliser mon cristal, d'en finir avec lui, quand son regard descendit vers son pantalon.

— La tache se voit beaucoup ?

Désarçonnée, j'examinai mon désastre.

— Pas tellement...

Découvrant à sa mine pincée qu'il attendait une autre réponse, je rectifiai aussitôt le tir.

— Il faut vraiment regarder de près pour la voir, soutins-je avec aplomb.

En fait, l'auréole se voyait comme le nez au milieu de la figure. Je ne sais pour quelle raison je m'appliquais tant à le ménager. Enfin... si, je le savais très bien : rentrer dans ses bonnes grâces m'aiderait à accomplir rapidement ma mission. Et par ailleurs, je détestais l'impression qu'il me donnait depuis tout à l'heure d'être un caillou dans sa chaussure.

L'expression de Petterson s'adoucit nettement et je ne regrettai pas mon mensonge.

— Alors allons-y.

Il emprunta le chemin de graviers bordé d'oiseaux du paradis qui menait au lycée.

— Au moins ça ne ressemble pas au public, notai-je pour moi-même en suivant ses pas.

— C'est ce qui m'a toujours fait détester cet endroit.

— Vu votre âge, vous ne devez pas enseigner ici depuis une éternité.

Petterson m'étudia de son regard perçant en me décochant un demi-sourire. Le premier – disons, la moitié du premier.

Déjà pas si mal !

Je tournai la tête, embarrassée.

— J'étais élève ici. Au milieu de tous ces privilégiés, sans vouloir t'offenser, ajouta-t-il comme s'il ne m'avait pas donné d'autres raisons plus évidentes de me sentir froissée.

Je renonçai à lui faire goûter cette ironie, préférant passer outre.

— Aucun problème. Je sais ce que ça fait de ne pas être à sa place, soupirai-je d'une voix lasse en montant les dizaines de marches qui nous séparaient de l'entrée. (Il continuait de me scruter, mais ne semblait plus me trouver aussi sotte que mes errements l'avaient suggéré). Enfin, vous devez être vous aussi un privilégié pour avoir étudié ici. Sans vouloir vous offenser.

Lips As Red As Hell [TERMINÉ]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant