Golden Times (Jim Henderson Remix) - French 79
Des cris s'élevaient à l'extérieur de la voiture. Je n'en étais qu'obscurément consciente : je les entendais de manière indistincte, comme à travers un filtre assourdissant. L'élancement qui lacérait mon crâne m'accaparait, m'empêchant de me concentrer sur toute autre chose.
La voiture était renversée sur le toit ; mes bras pendaient dans le vide et j'avais la tête à l'envers. Le sang affluait à cet endroit, avivant la douleur. Je laissai échapper un gémissement plaintif. J'étais incapable d'ouvrir les yeux mais je sentais du sang, en quantité, couler sur mon front.
Dans une tentative dérisoire, mes doigts, faibles et maladroits, cherchèrent la poignée de la portière. J'essayai de la tirer, mais elle était verrouillée – ou coincée. Ma prise se relâcha, je n'avais aucune force en réserve.
J'abandonnai alors, attendant ironiquement la mort.
Les cris s'éloignèrent, le calme revint et la douleur s'atténua.
Je m'enfonçais.
***
— Eléonore, tu m'entends ? couina Cassie.
Je sentis qu'elle me tapotait le visage pour me réveiller. J'étais adossée à une surface irrégulière et rugueuse, un tronc d'arbre, j'imagine. Mon cœur martelait mes côtes et malgré ma conscience sommaire et dégradée, je savais que j'allais mal.
— Les secours arrivent. Tiens bon !
J'essayai de parler mais cela sortit de ma bouche d'une manière tout à fait différente de celle que je pensais.
— Sss.. aa... Sssa...rah...
J'entendis Cassie éclater en sanglot et m'en demandai la raison. Était-ce à cause des sons inquiétants que je produisais ?
Fournissant un effort surhumain, mes yeux s'entrouvrirent alors. Mais je n'y voyais rien. En plus de l'obscurité, tout était trouble aux alentours.
Enfin, après quelques secondes et plusieurs vertiges, je parvins à faire la mise au point. Peu à peu, le visage de Cassie se détacha sur fond de catastrophe. Elle aussi saignait, mais elle semblait en meilleure forme que moi. Elle me sourit avant d'à nouveau fondre en larmes, la tête dans ses mains.
Je tournai légèrement les yeux et c'est là que vis la Mini, à une trentaine de mètres, réduite en pièces. Pulvérisée.
Un bras désarticulé, présentant une fracture ouverte, dépassait de ce qui restait de la vitre arrière.
Je reportai mon regard sur Cassie et ses pleurs redoublèrent d'intensité.
Alors, je commençai à réaliser. L'atrocité de la situation s'installait dans mon esprit, agissant comme un électrochoc. Je ressentis soudain comme un boost d'énergie et cherchai bêtement à déjouer les lois de la physique.
— Aide-moi... exigeai-je, poussant sur mes bras sans force pour me relever.
À me voir reprendre vie, les traits défaits de Cassie s'infléchirent pour laisser place à un soulagement tout relatif. Puis ses sanglots reprirent aussitôt. Elle me fit des gestes que je ne compris pas, me dit des choses que je n'entendis pas tandis qu'elle m'assistait. Nous chancelâmes ainsi, tant bien que mal, jusqu'à l'endroit où gisait Sarah.
Pas Sarah : son corps, contorsionné, abimé – mort.
Elle, était partie. Son âme, volatilisée.
Mais pour quelle éternité ?
Et si Sarah était un indécis ?
La tête m'en tourna, me rappelant mon état. Le regain d'énergie n'avait été que fugace et sans doute qu'un produit de mon imagination ; j'étais extrêmement faible. Mes jambes tremblaient et je dus m'appuyer contre un arbre, l'aide de Cassie ne suffisant plus à me maintenir debout. Je sentis sa main me tirer et m'inciter à m'asseoir, mais je résistai. Je redoutais de chavirer, de perdre connaissance et toute occasion d'avoir des réponses.
Puisant dans mes dernières ressources, je plongeai de l'autre côté du miroir avant qu'il ne soit trop tard. Dès que j'en perçai la surface, sa tenaille se referma sur moi. Le froid m'envahit et ma tête sembla sur le point d'exploser lorsque le sifflement habituel se conjugua à la douleur de mes blessures.
Le souffle court, je manquai de défaillir. La pression s'accentua sur tout mon corps, m'obligeant presque à reculer. Mais je luttai avec obstination, en dépit des signes de faiblesse inquiétants que montrait mon corps.
Les battements de mon cœur s'espaçaient. Se faisaient irréguliers et filants. Consciente d'être dangereusement proche du point de rupture, je braquai sans attendre mon regard sur la dépouille incarcérée.
De suite, je fus certaine d'une chose : Sarah n'était pas un indécis.
Ne restait dans sa cage thoracique enfoncée que son aura. Ce cercle, empreinte indélébile de ses actes, s'était brisé à sa mort et avait libéré son âme. Relâché, plutôt. Car ses tons rouge pâle, presque roses, annonçaient une triste fin –ou un début terrible – : la damnation éternelle.
Sous le choc, ma concentration faillit et le miroir en profita pour m'éjecter. Je vacillai, et ma vue s'embua. Cassie me rattrapa juste à temps puis, d'une main ferme, me contraint à m'asseoir par terre, sur un tapis d'aiguilles de pins.
Pourquoi ?
De quel crime Sarah s'était-elle rendue coupable ? Comment pouvait-elle mériter de finir en enfer ? Une jeune fille de dix-sept ans !
Son aura, bien que rouge, était claire. Pouvait-on en déduire que son sort s'était joué à seulement quelques actions près ? Et de quoi parlait-on ici ? De simples gamineries ? Ou d'actes plus graves ? Les questions fusaient et se bousculaient, ajoutant de la confusion à mon état défaillant.
— T'en penses quoi ? demanda Cassie, à genoux près de moi.
J'étais exsangue et chaque mouvement était pénible. Même les larmes qui roulaient sur mes joues me faisaient un mal de chien.
— Qu...quoi ?
— Sarah ! Tu penses que ça ira ?
J'avais fermé les paupières pour économiser mon énergie, mais rien qu'à entendre l'intonation fébrile et hystérique de Cassie, j'imaginais très bien ses grands yeux en amande me supplier.
— Ils m'ont dit de ne pas la toucher, que ça pouvait empirer son état, ajouta-elle comme je ne disais rien.
Elle semblait se complaire dans le déni et je ne me sentais résolument pas la force de la raisonner.
— Je ne sais pas, parvins-je à peine à articuler.
Une profonde fatigue m'étreignait soudain. Mes muscles se détendirent complètement, et je me sentis basculer face contre terre. Le silence laissa un instant mes paroles en suspens. Puis Cassie avait dû se retourner vers moi, car elle s'écria, épouvantée :
— Oh mon dieu, Eléonore ! Tu ne dois pas t'endormir, tu m'entends ?! TU M'ENTENDS ?!
Le reste de ses supplications se perdit dans les méandres de mon esprit, tournant au ralenti. Les cellules de mon cerveau qui fonctionnaient encore étaient pleinement occupées à dénouer une situation inextricable. Nous nous trouvions en pleine brousse, en contrebas d'une route déserte. Comment les secours parviendraient-ils à nous transporter à temps jusqu'à l'hôpital le plus proche ? Comment pourraient-ils seulement nous retrouver dans cette obscurité ?
Nulle en maths que j'étais, je fus incapable de résoudre cette équation à plusieurs facteurs dans le délai imparti.
Les limbes, douces et accueillantes, m'enveloppèrent.
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Lips As Red As Hell [TERMINÉ]
ParanormalQuand la Mort débarque au lycée... Figée dans ses vingt-et-un printemps depuis des siècles, Eléonore mène à San Francisco une vie seulement rythmée par son travail : faucher des âmes. Sa routine est aussi plate que l'encéphalogramme d'un cadavre et...
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