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In This Shirt - The Irrepressibles

Pétrifiée, je levai les yeux. Clarke nous toisait dans son costume sombre, les lèvres retroussées par un sourire satisfait.

C'est alors qu'un instinct de survie, primal, se réveilla brutalement en moi, me sortant de ma torpeur. L'onde de choc propulsa mes jambes de façon mécanique. Je m'élançai à tombeau ouvert parmi les passants, entrainant David dans cette course folle et désespérée.

Des coups d'épaules.

Des bousculades.

Je repoussais chaque obstacle qui se dressait devant nous : badauds, tables, chaises, et même poubelles. Tout valdinguait à notre passage, car rien ne devait nous arrêter.

Au carrefour, je m'engouffrai pleine balle dans la perpendiculaire. Des cris de surprises et des invectives réprobatrices résonnaient sur nos pas. Je jetai un œil en arrière. Il n'était pas là. Alors, je redoublai d'efforts, reprenant espoir.

Il fallait le semer. Et après, je n'aurais qu'à emprunter un téléphone pour appeler Cameron en renfort. J'avais appris par cœur les dix chiffres de son numéro. Je m'en félicitai, mais rien n'était gagné. Et rien ne disait qu'il serait joignable...

J'évacuai aussitôt cette pensée décourageante. J'avais besoin de toutes mes forces.

À toute vitesse, j'enjambai la grille métallique délimitant l'entrée d'un jardin. David m'imita. Nos mains se raccrochèrent immédiatement après, et nous poursuivîmes au rythme du galop à travers une pelouse nappée d'une pluie glaciale. Les réverbères diffusaient une lumière blafarde sur les arbres dénudés. Pas âme qui vive à l'horizon.

Nos pas martelaient la nuit. Nos souffles n'étaient que deux nuages de buée dans l'obscurité.

L'autre bout du square débouchait sur une rue passante, idéale pour passer incognito. Nous nous y engageâmes, reprenant une allure normale pour nous fondre dans la masse.

Je rabattis ma capuche afin de dissimuler mes cheveux et, à contrecœur, libérai la main de David. Il comprit sans que j'aie besoin de parler. Il s'éloigna pour laisser un mètre entre nous, et releva le col de son manteau, cachant ainsi une partie de son visage. Nous devions être invisibles.

Discrètement, je me décalai sur la droite, à proximité d'une joyeuse bande dans la vingtaine. Je me rapprochai au maximum et me calai sur leur pas, faisant semblant d'appartenir au groupe.

C'est alors qu'en face de nous, j'aperçus notre salut : une bouche de métro. Jamais de ma vie je n'avais été aussi excitée à l'idée de prendre les transports en commun... À peine une centaine de mètres nous en séparait. Et de toute évidence, le groupe semblait s'y diriger.

Je baissai la tête, comptant chaque pas.

Cinquante-six. Cinquante-sept. Cinquante-huit. Cinquan...

— Eléonore ?

À cette voix gracile, je tressaillis.

Le groupe s'arrêta. L'espace d'une seconde, les jeunes se jaugèrent, surpris, puis ils se retournèrent vers David et moi, marchant presque sur leurs talons. Ils s'écartèrent alors et reprirent leur chemin.

Derrière eux, Sydney apparut radieuse.

J'ouvris la bouche, décontenancée.

— Qu'est-ce...

Je n'eus pas besoin d'aller plus loin pour comprendre. Les pièces s'assemblaient d'une manière implacable : Sydney n'était pas celle que je croyais.

— David, recule !

Lips As Red As Hell [TERMINÉ]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant