Chapitre 9.4 - Vera

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J'avoue ne pas savoir quoi répondre à ça.

— Alors pourquoi...

— Tout ça, ce n'était qu'un test, Vera. Il fallait qu'on soit certain que vous étiez capable de favoriser les intérêts de la cité avant ceux des Rastwys. Ces signaux nous auraient certainement aidés, c'est vrai. Mais ça n'aurait surtout fait que repousser un conflit évident, auquel on s'attend depuis des décennies. Nous sommes préparés à l'affronter— même si on préférait l'éviter, et nous ferons tout pour — et dans tous les cas, ça n'est pas de ta faute. D'accord ?

— Qu'est-ce que tu en sais ?

— Parce que tu nous as convaincu. Félicitation, tu as réussi ton test ! ajoute-t-il avec exagération. J'étais aux premières loges. Vous avez fait votre possible pour nous venir en aide toi et ton oncle.

— Et si ça n'avait pas été le cas ?

— On vous aurait renvoyé chez vous. Sans bavure.

— C'est à dire ?

— Disons que vous n'auriez plus aucun souvenir de votre passage dans la cité.

— Vous pouvez faire ça ?

— Nous avons le pouvoir de faire beaucoup de choses, Vera.

Cette nouvelle remet subitement bon nombre de choses en question dans ma tête. Ainsi, les Khapys ne sont pas contraints de garder les Rastwys prisonniers pour garder leur secret intact. Ainsi... Mon père...

J'oublie tout le reste. J'essaye de rassembler toutes ces informations proprement. En vain. C'est si soudain. Ça ne répond à aucune logique. Je sursaute au contact de la main de Hori sur mon épaule. Je l'avais presque oublié entre temps, lui. Son expression m'indique qu'il est en train de lire ma torture intérieure comme à travers un livre ouvert. Je le sais. Il le sait. Nous nous connaissons de mieux en mieux.

— C'est normal que tu te poses des questions sur lui, me murmure-t-il tout bas. J'aimerais pouvoir t'en dire plus. Crois-moi. Je te demande juste encore un peu de patience.

— Comment peux-tu me demander une chose pareille ? j'éclate. Ces questions m'obsèdent depuis plus de six ans, Hori ! Six ans de psychothérapie, de doutes, de recherches, de rejets de la part de mes proches, de culpabilité, de rêves infondés, de tout un tas d'autres choses pas plus glorieuses. Et toi tu es là. Et tu sais. Tu n'imagines pas ce que cette misérable information représente pour moi, ce n'est pas possible ! Tu pourrais au moins, je ne sais pas moi, me dire s'il va bien. Seulement ça.

— Je regrette. Je ne peux rien te divulguer pour l'instant.

J'ai envie de lui arracher la tête. Je préfère m'éloigner au plus vite de lui avant d'exploser pour de bon. Je trouve quand même le moyen de fondre en larmes en chemin. Je ne sais pas où je vais, mais j'avance tant qu'il y a un sol palpable face à moi.

Mes sanglots ne cessent de me brouiller la vue, je n'ai aucun repère. Je ne suis qu'une larve enragée. J'ai envie de crier, de frapper le monde entier, de disparaître. J'opte pour le mode « je m'effondre par terre et je pleure comme un bébé, le temps que ça passe ».

Que ça passe...

Il en faut du temps !


Un moment je suis une chose flasque à terre. À un autre, je suis une chose flasque portée par des bras solides.

Hori.

Qui d'autre ?


— Ne craque pas maintenant Vera, me souffle-t-il. C'est le moment d'être forte. Vraiment !

Je suis trop faible pour rétorquer quoi que ce soit.

— C'est la recette pour arriver à contrôler un khépesh d'ailleurs. Tu savais ça ?

Je ne sais pas où il veut en venir, ni même où est-ce qu'il m'amène comme ça. Mais je l'écoute attentivement.

— Tu as la force nécessaire pour changer un khépesh de forme, je le sais. Sauf que je me suis toujours débrouillé pour que tu sois trop épuisée pour que ça fonctionne, confesse-t-il pas le moins du monde honteux.

Bien au contraire ! C'est qu'il en est fier le vilain !

— Je savais, je bredouille.

— Je sais, sourit-il. Tu n'es pas une Rastwy ordinaire. C'est pour ça qu'on t'a confié à moi, j'en ai pleinement conscience. Et c'est pour ça que je te ramène chez moi. Et que tu vas te reposer. Tu as besoin de forces. Car ta mission est loin d'être terminée tu sais. Je dirais même qu'elle ne fait que commencer. Les Rastwys arrivent Vera. Ils sont proches. On aura besoin de toi.


Besoin de moi...

Je m'endors sur ces pensées.

KhapyphisOù les histoires vivent. Découvrez maintenant