Chapitre 11 - Nehkoris

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Sombre. Tout est sombre. Mais clair, aussi.

Les lignes se confondent, les étoiles tombent, tout se mélange. Sur fond de ciel jaune, un soleil bleu naît et meurt. Tout est si grand, tout est si vaste. Des pulsions. Les lignes se séparent. Elles vibrent, elles crépitent. Le mouvement s'accélère, un monde passe dans mon champ de vision. L'univers est incohérent mais coordonné. Des étoiles toujours. La couleur générale, rouge, fait trop de bruit.

Un bruit.

Une vibration.

Le sommeil se meurt, le ciel jaune semble s'évaporer. Les étoiles se dissolvent, les lignes s'assombrissent.

Le noir complet.

Je reviens à la réalité. J'ouvre les yeux. L'obscurité me révèle ses secrets.

Je soulève ma tête du sol, je me secoue. Je suis réveillé.


Mais par quoi ?

Oui... Ce bruit. La vibration continue. Je la sens, elle est profonde, elle fait vibrer le sol sous moi, doucement mais distinctement. Je me réhabitue à mes sens, comme je le fais à chacun de mes réveils depuis des siècles. Je reprends possession de ce corps, que j'ai appris à maîtriser. Ce corps de pierre, qui me communique cette vibration.

Je suis alerte à présent. Je me redresse.

Je parcours du regard l'espace sombre autour de moi, mais je ne vois rien. Pourtant, ma vision nyctalope porte à des kilomètres dans cet endroit lisse et régulier.

Le bruit, encore. La vibration s'accentue. Cette vibration...

Quelque chose creuse.

Ils creusent. Ils descendent. Ils m'ont réveillé.

Le plafond n'est pas très haut, une quinzaine de mètres. Je l'atteins facilement et j'y colle ma tête.

Je sens la vibration qui se rapproche, je sens surtout d'où elle provient.

Je retombe sur le sol et ondule vers la source du bruit. S'ils creusent encore, c'est qu'ils ne sont pas arrivés à mon niveau. Une quinzaine de mètres, c'est à la fois pratique pour moi, et c'est un obstacle temporaire pour une descente directe. Une foreuse utilisant son poids pour creuser tombera et s'écrasera en arrivant dans le vide.


J'y suis. Je regarde le plafond, l'endroit où elle arrivera.

Elle est presque là, je me décale sur le côté.

Au bout d'une minute, la vibration emplit l'espace, l'air. Le bruit est assourdissant.

Une fente dans le plafond. De la pierre qui tombe. Et soudainement, la tête de la foreuse surgit, et ne rencontre plus rien. La machine tente de s'arrêter, je l'entends, mais elle est déjà trop loin et elle commence à chuter. Un crissement horrible, long et pénétrant se fait entendre : elle a essayé de stopper l'inéluctable en enfonçant un crochet de sécurité dans la pierre derrière elle, mais cela ne suffira pas.

La foreuse tombe, accompagnée d'un nuage de débris, et vient s'écraser sur le sol dans un fracas épouvantable, à dix mètres de moi.

Je ne tiens pas à ce qu'elle serve de nouveau, pour creuser à partir d'ici. Alors je me jette dessus, l'écrase sous mon poids, la broie, pierre contre métal.

Elle est maintenant clairement inutilisable, mais je ne pars pas pour autant.

Ceux qui l'ont envoyée vont venir voir ce qu'il s'est passé. Ils voudront savoir pourquoi, comment, qui.

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