Chapitre 6.3 - Hori

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Une heure plus tard, j'entre dans l'une des salles de l'hôpital, où l'on a placé l'un des deux types qui maniaient l'explosif— celui qui était moins amoché. Moins amoché... Selon les médecins, il vivra. Probablement. Malgré la perte d'un de ses bras et une perception visuelle et auditive extrêmement réduite.

Son camarade, son frère d'après les tests ADN, était apparemment déjà mort lorsque je l'ai découvert. La nature spéciale de la bombe qu'ils ont mise à feu lui a évité d'être simplement pulvérisé : elle a détonné en faisant plus de dommages vers le haut et le bas que sur les côtés, mais a néanmoins eu raison de la porte. Que dire alors du gusse qui la transportait...

Ce qui, encore une fois, me ramène à la question « qui c'est, ces types ? ».

Mais bon, ce n'est pas vraiment mon travail que de me poser des questions. J'ai simplement rendu un rapport aussi complet que possible et je déambule maintenant dans le bâtiment, attendant d'autres instructions.

J'entre à présent dans une autre salle, celle où l'on a placé l'une des femmes de l'équipe, dont la jambe a été écrasée par un énorme rocher. C'est son gémissement que j'avais entendu dans le labyrinthe de débris.

Elle aussi a eu de la chance : non seulement elle n'a aucune autre lésion, mais si notre peuple n'a pas forcément des connaissances égales ou comparables à celles des Rastwys dans des domaines tels que l'informatique, l'électronique et la robotique, nous avons énormément d'expérience dans la régénération cellulaire. On pourrait appeler ça une « machine à miracle », mais les caissons de régénération sont le fruit de siècles de nos recherches et ils sont très performants.

Enfin, pas au point de réparer un corps soumis à l'onde dévastatrice d'une bombe. Bien pour ça que le médecin parle de miracle quand il évoque le fait que tous les organes internes se soient régénérés.

Pour la femme, c'est différent. Sous mes yeux, sa jambe, intacte, repose dans un caisson de régénération, en attendant que sa propriétaire puisse subir l'opération qui la lui rendra. Vision perturbante s'il en est une, et je ne m'attarde pas.

Je continue donc à marcher, passe de salle en salle. Les trois autres Rastwys ont été retrouvés peu après, pas très loin du premier groupe, aucun n'étant en état de fuir. Quoiqu'il semblerait que l'un d'entre eux ait essayé, mais avant qu'on ne le retrouve.

Quatre femmes, six hommes. De tous les âges et de toutes les origines. L'équipe archéologique typique, donc.

Ce qui ramène au pourquoi ? Pourquoi ici, d'abord, et pourquoi comme ça ?

Mon supérieur direct m'attend dans l'une des pièces administratives que nous avons mis en place au sein même de l'hôpital. En effet, nous interrogerons dès que possible les Rastwys... Ce qui implique de ne pas trop les déplacer, même si nos moyens de transports sont sûrs et n'ont aucune incidence sur les blessés en général.

À voir sa tête, je sais qu'il se pose exactement les mêmes questions que moi :

— Une hypothèse, Hori ?

J'ai un moment de réflexion, plutôt court d'ailleurs. Un dixième de seconde. Il faut dire qu'à part me poser des questions, je n'avais pas songé à élaborer ne serait-ce que l'ébauche d'une réponse. Mais quand votre supérieur vous pose une question, vous, vous n'en posez pas.

— Une équipe mixte. Certains d'entre eux devaient vraiment être des archéologues, ne serait-ce que pour les compétences qu'ils ont mises en oeuvre afin de nous localiser. Les autres... Hé bien soit des amateurs archéologues, à qui on aurait confié une autre mission, et des armes, soit des vrais archéologues qui auraient... Flairé quelque chose ? Ou alors... Des amateurs tout court. Utilisant l'archéologie comme couverture. Mais je ne vois pas l'intérêt de la troisième hypothèse, si c'est pour se faire exploser soi-même à la fin... Ni comment ils auraient masqué aux autres leur inexpérience.

KhapyphisOù les histoires vivent. Découvrez maintenant