Chapitre 7

29 9 5
                                        

Je me relève lentement, adossant mon dos contre la tête du lit. Mes mains se posent délicatement sur mes jambes tendues le long du lit. Mon regard est perdu dans le vide, repassant toutes les images de mon rêve dans mon esprit.

Séléna. Pourquoi reviens-tu si soudainement après tant d'années ? Pourquoi maintenant ?

Soudain, ses derniers mots me reviennent brusquement en mémoire.

"Tu n'es qu'un monstre."

Même si je la déteste de toute mon âme, ses mots me blessent inconsciemment.

Je ferme les yeux, tout en baissant légèrement la tête, quelque chose que je n'avais pas ressenti depuis très longtemps surgit soudainement.

La tristesse.

Ma gorge se noue, une boule se bloque dans celle-ci. J'étouffe un sanglot, retenant comme je le pouvais mes larmes. Je hais cette sensation. Je dois me ressaisir, je ne dois pas baisser ma garde comme je ne fais actuellement. Je dois redevenir moi-même, un monstre.

Oui, je ne dois pas me laisser abattre. Je relève vivement la tête, sans pour autant regarder un point fixe. J'avale cette tristesse qui compte prendre le contrôle sur moi. Mon seul objectif actuellement est de sortir d'ici, et de régler son compte à Séléna si on viendrait à se rencontrer après toutes ces années. Il faut qu'elle comprenne la souffrance que j'ai ressenti. Mais cette fois-ci, la douleur sera pire.

Soudain, je sens quelque chose de froid au fond de moi, comme si on me glaçait de l'intérieur. Cette sensation, je ne l'ai jamais ressentie avant. Une nouvelle sensation que je découvre. Mais bizarrement, je sais au fond de moi que ce n'est pas ça. Elle provient de mon âme. Mon sang se fige dans mes veines. Est-ce encore cette fissure ? Va-t-elle me tuer comme m'avait prévenu Séléna ?

Sans perdre plus de temps, d'un geste rapide et assuré, je pose ma main sur ma poitrine et la retire dans le sens inverse, faisant ressortir mon âme.

Du premier coup, pensai-je, assez fière, encore une fois. Un sourire orne mes lèvres, mais celui-ci disparaît aussi vite quand je vois la fissure qui s'est agrandie, touchant presque une extrémité de mon âme rouge. Je l'approche de mon visage, l'examinant de plus près. Mais je ne sais pas d'où elle provient, et comment arranger ça. Ils ne marquent rien dans les bouquins. Un léger spasme surgit au coin de mes lèvres, montrant mon agacement de ne pas avoir de solution pour ça. Je fais disparaître mon âme d'un geste simple, ne voulant m'en occuper pour le moment.

Je me lève doucement, me mettant debout, en étant aussi lente qu'une limace. Tous mes membres me font mal, sûrement dû au fait que je sois restée trop longtemps couchée, ne bougeant plus pendant un long moment. Je ne fais pas plus attention que ça à ces douleurs et m'avance vers la seule fenêtre qui décore ma chambre. Je regarde l'extérieur. Le ciel est d'un gris assez clair, ne laissant pas une once de bleu sortir de ce mur monochrome. Un fin sourire se dessine sur mon visage, ce temps me plaît toujours autant.

J'observe le paysage qui se présente devant moi. Il n'y a rien d'autre que de la verdure, entourant l'immeuble isolé. La forêt est assez dense, semblant se présenter sur des kilomètres, rendant l'endroit presque abandonné, isolé de tout, et surtout de la ville.

En parlant de la ville, je n'ai jamais visitée celle où je me trouve actuellement, étant donné que j'ai fui celle où j'habitais quand j'étais petite. Elle ne le semblait pas si différente de la première. Des ruelles, des bâtiments, des habitants. Seulement la position des architectures sont différentes mais sans plus.

Alors que je suis en pleine réflexion sur une chose insignifiant, j'observe un mouvement au loin. Ce mouvement provient de cette fameuse forêt. Celle qui se trouve tout autour de l'institut. Je plisse les yeux vers cette masse de couleur orangée, voir marron. C'est une ombre. La même que j'ai vue la veille. Ce sentiment d'être observée surgit soudainement, comme si cette ombre peut parfaitement me voir de là où elle se trouve.

Partir d'ici serait l'occasion d'avoir la liberté de tout mouvement, mais aussi d'éradiquer cette chose qui commence à me déranger, pensai-je.

Je me mets dos contre elle, ne voulant plus supporter sa présence de loin et recule de ma fenêtre, aussi loin que je le veux, jusqu'à ne plus sentir son regard pesant sur ma personne. Que veut-elle de moi pour autant insister et revenir ? Si ça se trouve, je me fais juste des illusions à son égard. Mais au fond de moi, je suis sûre qu'elle est là pour ma personne. Cette chose, elle semble si intrigante, mais d'un autre coté, elle m'insupporte.

Je m'avance vers l'armoire de ma chambre se trouvant entre deux coins de murs. J'ouvre cette dernière pour y trouver des habits tout aussi blanc les uns que les autres. Longs tee-shirts blancs accompagnés de pantalons du même ton. Je prends un tee-shirt et un pantalon puis referme mon armoire. Je pivote de sorte à ne plus voir le meuble où mes habits siègent. Prendre une douche me fera du plus grand bien et m'aidera à me vider l'esprit de tous ces évènements.

J'avance d'un pas nonchalant vers le réfectoire. C'est parti pour revoir tous ces dégénérés. Je soupire, cela ne sert à rien de crier que ça m'énerve de toute manière. J'arrive dans la file. Avant d'arriver ici, j'ai pris quelques secondes pour jeter un oeil à l'heure, montrant sur l'horloge qu'il est dans les environs de midi. J'ai pris mon temps pour arriver ici, évitant juste le plus possible ces gens. Les ignorer est la meilleure solution je pense. La file d'attente est vide, ce qui me permet de vite me servir pour retourner dans ma chambre, comme tous les jours.

J'avance avec mon plateau vers le cuisinier. Toujours la même bouffe dégueulasse. Je prends ce qu'il me donne sans commentaires. C'est mieux que de ne rien manger. La nourriture semble assez fade à vu d'oeil. Les choses peuvent être trompeuses de toute façon, non ? Non. Pas ici. C'est juste de la merde. Mais je ne préfère pas me plaindre, préférant rester invisible aux yeux de tous. Je n'attends pas plus longtemps et me retourne, partant tranquillement vers une table assez isolée du reste. Je m'assois sur celle-ci et commence à manger des petites bouchées de mon repas du midi. C'est immonde. Néanmoins, je continue d'avaler la nourriture de cet endroit.

Comment puis-je sortir d'ici ? Je pense à partir par la fenêtre mais ma chambre se trouve au deuxième étage, ça sera compliqué de ne pas se casser un membre en sautant de cette hauteur. L'autre possibilité serait de carrément partir là, maintenant, courir droit à la sortie. Mais je me ferais attraper, et n'ayant pas mes pouvoirs disponibles à cause des médicaments, je ne pourrais pas lutter contre leur force. La troisième option serait partir pendant la journée où les personnes internées sont autorisées à sortir quelques temps dehors. Je pourrais aller au même endroit où je vais chaque semaine, elle est éloignée du regard des surveillants de cet institut. Je pourrais grimper sans trop de mal le grillage et puis partir. Mais il ne faudrait pas qu'ils ne me voient. Cette possibilité semble pour le moment la seule convenable et possible. Puis, je me dis que je devrais arrêter de prendre les médicaments, pour retrouver mes pouvoirs et ainsi apprendre à mieux les maîtriser. Autant en profiter.

Un raclement de gorge se fait entendre à un mètre de moi. Je lève les yeux vers mon interlocuteur. Ayant été perdue dans mes pensées, je ne me suis même pas rendue compte que quelqu'un s'est approché de moi. Je l'interroge du regard, ne voulant pas gaspiller ma salive pour des conversations inutiles. Mais je me rends compte qu'il n'est pas là pour parler, il me regarde et me penche un sac plastique où une boîte de médicaments s'y trouve. je ne comprends pas tout de suite. Mais il me dit en quelques mots que c'est mes médicaments que je n'ai pas pris hier soir, m'étant endormie très tôt.

Je le regarde et hoche de la tête. Il me tend le sac, je m'en empare et l'ouvre doucement sous son regard. Il va attendre que j'en prenne, il doit s'assurer que je prends bien le traitement. Je souffle intérieurement, se sentir observée à longueur de temps devient vraiment très irritable. J'ouvre d'un geste sec la boîte, prends une pilule et je la mets dans la bouche. Je prends mon verre, étant rempli d'eau, et le ramène à mes lèvres avant d'en boire quelques petites gorgées. Je bloque le médoc dans mes dents pendant que je bois puis je la glisse lentement dans le début de ma gorge. Il me fait d'un geste de la tête d'ouvrir ma bouche, ce que je fais lentement. Il vérifie sans prendre le temps de bien regarder et hoche la tête avant de s'éloigner de ma table. Après qu'il soit parti assez loin, je recrache la pilule et la cache dans le reste de ma nourriture.

Je jette mes restes dans la poubelle puis dépose mon tableau sur d'autres, étant déjà là avant que le mien ne les rejoigne. Je sors du self, et soupire. Je pars en direction de ma chambre.

Bon, il ne reste plus qu'à attendre la semaine prochaine pour essayer de m'enfuir d'ici.

[REECRITURE] Ame de SangOù les histoires vivent. Découvrez maintenant