— Barth ! Barth ! continuait de s'agiter Bertil en serrant de plus en plus son fusil.
Se rendant compte que Barth n'allait pas changer d'avis, il abandonna sa montée et le rejoignit. Quand il arriva près de lui, ce dernier se tenait déjà devant un creux formé sur le sol. Et dans ce creux, un corps en position fœtal dormait. Barth resta calme, mais Bertil à travers son fusil qui tremblait maintenant dans ses mains, démontrait un soupçon de panique grandissant.
— C'est... c'est...
— On s'en fout... de ce que c'est, lui répondit Bertil en le prenant par l'angle de son bras, fichons le camp d'ici.
— Et moi qui croyais que tu voulais chasser...
— J'ai changé d'avis...
— Allons voir... (Il fit un pas, mais Bertil le retint.)
— T'es malade... ? Laissons la police se charger de ça.
— Et si jamais... ce corps respire encore... ?
— Ce n'est pas de confirmer ou d'infirmer si le corps est encore vivant qui me fait peur. T'es sûr que nous voyons la même chose ?
— J'ai des yeux, tu en as. C'est déjà suffisant pour me rassurer qu'on voit exactement la même chose.
— Barth ! Ne descends pas dans ce trou, tu entends... ?
— La pente n'est pas raide. Je vais juste aller voir son état et remonter.
— Parfois, les loups se cachent dans des corps d'agneau pour attirer leurs proies.
Barth fit lâcher prise à son compagnon, et mit son arme en position de tir. Bertil avait toujours été un peureux qui fuyait quand un mauvais pressentiment s'en prenait à lui, et la vieillesse n'avait rien changé à cela. Son regard était devenu affolé, et sa bouche se tordait, tant il se battait pour ne pas craquer. Et ce sentiment s'accrut quand Barth fit un pas dans le creux.
— J'ai une arme maintenant... lui dit-il. Un moindre mouvement suspect, je tire.
— C'est quand la dernière fois que tu as visée correctement... ? Chaque fois qu'on va chasser... C'est à peine si tu touches ta cible.
— Vu la distance, je ne pense pas pouvoir la rater.
— Barth, commença-t-il à sangloter. Rentrons. Ce corps me fiche les jetons.
Mais ce dernier ne l'écoutait pas et continuait de s'enfoncer dans le trou. Du bout de son arme, il tâta l'épaule du corps apparemment inconscient. Il se retourna ensuite vers Bertil et lui cria :
— Bertil ! Elle est encore en vie. Descends m'aider à la faire sortir.
Bertil suait. Et il serrait fortement son fusil contre lui, comme si c'était son sauveur, son assurance vie. Il avala ensuite une grosse gorgée de salive qui traversa son double menton.
— Non ! Je ne veux pas m'approcher de cette chose. Ça ne peut pas être humain.
Barth bouda et retourna son regard vers le corps. Il le tâta encore du bout de son fusil et se retourna à nouveau vers Bertil.
— Je ne trouve pas qu'elle ait l'air dangereuse... Remue tes fesses et viens m'aider.
Mais Bertil ne bougea pas. Alors, Barth s'accroupit vers le corps inanimé et passa sa main à travers sa longue et lisse chevelure d'un blanc laiteux pour atteindre son cou. Elle était en vie.
— Bertil... ce n'est pas parce qu'elle brille que tu dois...
— Je te dis que je ne m'approcherai pas d'elle.
Le corps était nu. Et brillait littéralement. On aurait dit qu'elle était recouverte de guirlandes aussi brillantes que les étoiles, circulant dans son corps comme dans un système nerveux. La lumière provenait de la moindre parcelle de son corps, y compris de sa chevelure de ce blanc laiteux. Chevelure que Barthélemy écarta pour pouvoir observer son visage.
Elle avait le visage d'une jeune fille. Sa peau était d'une blancheur à confondre avec de la neige. Son nez était très fin et sa respiration était presque sifflante.
Barth la redressa par la nuque pour savoir si elle avait des blessures sur le corps.
— Barth ! Sors de là.
— Tais-toi, tu veux bien... ?
Barth continua de scruter ce corps qui brillait sous la nuit. Puis soudain, une petite décharge électrique le surprit à la paume. Ce qui le poussa à brusquement la lâcher. La tête de la fille retomba sur le sol en produisant un petit bruit mat pendant que le vieil homme caressait sa main frappée.
— Je te l'avais bien dit... lui rappela Bertil.
— J'ai l'impression de vivre une aventure imaginée par le petit Holger, dit-il en agitant sa main pour calmer la douleur.
— Ça y est ? T'en as pour ton compte ? Maintenant, tirons-nous d'ici.
Mais Barth, toujours aussi résolu, retira son imposant haut et couvrit la nudité de la fille. Puis il mit son fusil sur son dos afin de pouvoir la prendre dans ses bras.
— À quoi tu joues, merde ?
Barth remontait déjà avec le corps brillant dans ses bras. Bertil, effrayé, fit un pas en arrière quand il s'approcha de lui avec elle.
— Je ne veux pas me... Barth, commenta-t-il.
— Tu voulais peut-être que je la laisse là ?
— Oui... Elle n'avait qu'à pas se trouver là.
— T'es un sans cœur, Bertil, lui répondit-il en rebroussant chemin
— Bah quoi ? lui rejoignait-il. Je ne vois pas ce qu'il y a de mal à vouloir sauver notre peau. Et en plus, qu'est-ce que tu comptes faire d'elle ?
— On verra bien...
— Cette fille ne me dit rien qui vaille.
Les bottes qu'ils portaient s'étaient imbibées de boues. Arrachant à Bertil quelques jurons maladroits. Barth, quant à lui, restait calme pendant que le corps inconscient de cet être commençait à peser sur ses bras.
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ECARLATE
AcţiuneEthan, jeune adolescent passionné d'écriture et ayant pour projet d'enfin commencer un véritable roman, voit ses plans changés par la venue d'une créature céleste à l'apparence féminine qui le soupçonne de savoir où se dissimule son éclair. Pendant...
