— Par la barbe d'Odin, leur cria soudain Valdemar en sortant de la cabine de pilotage. Vous auriez pu me dire que nous étions prêts pour l'abordage. Comment voulez-vous qu'on récolte en quantité si les autres raflent tous les butins ?
De sa démarche estropiée, il s'avança vers eux. Un vieil homme, très vieil homme, mais encore plein de vie. Et sa pilosité d'un complet gris n'allait rien changer à ses aptitudes à naviguer en mer, pensa Mickaël. Pas du tout.
— Je vous demande pardon, Capitaine.
— Le petit Solveig m'a informé que vous veniez d'arriver. Ça tombe bien, nous aurons besoin de vos compétences en harponnage pour cette pêche particulière. Nous irons un peu plus au nord cette fois. Durant ces cinq jours, aucun poisson n'a voulu pointer le bout de son nez. À croire que Njörd est contre nous. (Il s'est retourné vers l'arrière du bateau.) ANDERS ! Larguez les amarres... !
— D'acc d'accord... je veux dire : « À vos ordres, capitaine. »
Anders obéit en levant l'ancre et le navire se mit en route.
Après environ deux heures de navigations sans succès, nos quatre pêcheurs se retrouvaient à naviguer près des glaciers. Lançant de temps à autre des filets dans l'eau dans le vain espoir de capturer quelque chose, mais rien. Le plus bizarre dans tout cela était l'absence de vent. Le ciel qui était d'un gris clair et aveuglant il y avait deux heures maintenant, était d'un gris un peu plus sombre. Et des bruits sournois s'étaient joints à leur compagnie. Tout était calme. On entendait que des vaguelettes qui ricochaient contre le navire, rien de plus. Parfois, la fissure d'un petit iceberg était de la partie, mais rien de plus.
Ils se rapprochaient du pôle-nord et le froid commençait à se sentir.Anders tirait le filet de pêche qui ne sortait de l'eau que des résidus d'algues. Découragé, il poussa un profond soupire qui fit jaillir une petite buée de gel.
— À en juger par ce que je vois, commenta Nils, la saison d'hiver qui nous attend sera brute et violente.
— Tu crois ? le chambra Mickaël.
— Je dis ça juste comme ça. Mais comme l'hiver n'est pas mon gosse, je n'ai pas le droit de t'apprendre à l'élever, pas vrai ?
— Écoute, lui reprit-il d'un ton jovial. Je n'aurais pas dû m'emporter contre toi. J'ai merdé sur ce coup-là. On fait la paix ? (Il lui tendit sa poignée de main.)Nils sourit puis lui serra la main. Une autre qualité que Mickaël reconnaissait en lui. Il pardonnait facilement et savait employer le bon ton. Mais leur cérémonie de réconciliation fut soudain interrompue par un Anders presque affolé qui courrait vers la cabine de pilotage.
— Capitaine ! Capitaine Turgis !
— Par la barbe d'Odin, quoi ? répondit ce dernier en sortant de sa cabine.
— Une tempête se prépare...
— Alors là fiston... tu as encore des leçons à apprendre pour devenir un bon navigateur. Les signes qui annoncent l'arrivée d'une tempête sont visibles à travers le...
— Regardez par vous-même (Il tourna sa tête vers l'arrière du bateau.)
Tout le monde le suivit du regard. Les yeux du capitaine alors s'écarquillèrent quand il vit, à travers la brume, des vagues se déchaîner avec sauvagerie. Le nuage avait envahi le ciel et des bruits de tonnerres les accompagnaient.
— Odin est en colère, cria-t-il en remontant vers sa cabine. Holger ! Tu t'occupes de l'arrière du bateau. Germund et Anders, préparez de quoi vidanger le navire au cas où l'eau déciderait de monter à bord. Moi, je me chargerai d'éviter que le bateau coule. La tempête arrive. Et à vitesse grand V.
Ils tentèrent de tous de s'exécuter lorsque la tempête les surprit violemment par le biais d'une vague plus haute que les autres. Le navire dérapa sur le côté, provoquant la perte d'équilibre de l'équipage. Le temps de se relever, la pluie se déferlait déjà sur eux pendant que le bateau ondulait dangereusement sur la mère.
— Monsieur Holger, cria Anders. Attention !
Mickaël eut à peine le temps de réagir qu'un éclair le frôla de peu, provocant un petit trou sur le bateau. Obligé de plisser les yeux à cause de la pluie et des rafales, il éprouva du mal à s'avancer pour éviter que les matérielles de pêches ne soient en emportés.
Valdemar, de son côté, continuait de lutter contre ce déchaînement. Cette tempête sortait de l'ordinaire, il en avait le pressentiment.
— Ça ne sert à rien, dit Nils en jetant un récipient à côté.
— Attention ! lui cria à nouveau Anders en lui sautant dessus.
Un autre éclair venait de frapper. Nils ne ressentit pas une aussi grande gratitude qu'à ce moment-là.
— Merci !
Anders se releva et partit rejoindre le capitaine dans sa cabine.
— Le moteur est en train de chauffer !
— Je m'en charge...
Anders ouvrit le compartiment qui conservait le moteur. Effectivement, il semblait laisser émaner de la fumée.
— Je crois que je suis à pleine vitesse. Mais si jamais je ralentis, nous risquons de faire un tonneau. Et crois-moi, j'ai tellement vécu dans ma vie pour avoir envie de mourir maintenant.
Soudain, un gigantesque raz de marée se présenta à eux. Valdemar lança un regard à Anders qui se battait pour essayer de maintenir le moteur en marche le plus longtemps possible. Mais les secousses que subissait le porteur ne lui facilitaient pas la tâche.
— Demande aux autres de venir se réfugier dans la cabine !
— Mais le moteur... !
— Fais ce que je te dis !
Anders obéit et sortit.
Mickaël et Nils se battaient désormais pour empêcher la poulie de pêche de se détacher de l'embarcation, mais les rafales demeuraient puissantes et violentes. Sans compter les secousses qui leur provoquaient des glissades et des pertes d'équilibres.
— Monsieur Holger ! Monsieur Turgis ! Le capitaine vous demande de vous réfugier dans la cabine.
Sans hésiter, ils abandonnèrent et le suivirent jusque dans la cabine. Quelques instants après, ils se retrouvaient sur la crête de l'immense vague.
— Accrochez-vous !
Le bateau entama une périlleuse descente, perdant au passage, à cause des amas de glace, des morceaux de sa coque. L'avant se retrouva totalement fracturé, la coque droite se longea d'une grosse et longue fissure. Et l'ancre ainsi que sa chaîne se détachèrent du bateau. Puis une fois que le bateau atterrit au bas de la vague, il ondula encore brutalement sur une longue distance.
— Tout le monde va bien ?
— Oui...
— Mais on ne peut pas en dire autant du bateau... tenta Nils pour atténuer l'atmosphère.
Sans prévenir, il sentit le ciel virer lentement au rouge. Les bruits que produisaient les tonnerres devinrent plus déchirants. Comme si l'on brisait des verres de telle sorte à traumatiser les oreilles.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Le ciel, répondit Anders sous la panique. Pourquoi le ciel devient rouge ? Pourquoi ?
— Calme-le, Nils !
Ils commencèrent à ressentir de la bouffée de chaleur à se former dans l'atmosphère. Pourtant, sous cette tempête qui frappait, fouettait avec sa féroce pluie et ses rafales, c'était inimaginable.
Le ciel tout entier avait pris une teinte écarlate maintenant et les tonnerres devinrent plus assourdissants que jamais.
— Mais qu'est-ce que... ?
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ECARLATE
AkcjaEthan, jeune adolescent passionné d'écriture et ayant pour projet d'enfin commencer un véritable roman, voit ses plans changés par la venue d'une créature céleste à l'apparence féminine qui le soupçonne de savoir où se dissimule son éclair. Pendant...
