Barthélemy vivait dans une cabane au beau milieu des bois. Une cabane en bois à peine entretenu, et dont la grange était aménagée de telle sorte qu'il ait une vue imprenable sur la forêt environnante.
Alors, pendant qu'il sortait de ces bois en compagnie d'un Bertil Folk désapprouvant totalement ce qu'il était en train de faire. C'est-à-dire : l'emmener avec lui. Il commençait à fatiguer. Ses muscles n'étaient plus ce qu'ils avaient été.
— Écoute-moi vieux... Je sais ce que je dis. Ramène cette fille là où tu l'as trouvée. Elle ne va que nous attirer des problèmes.
Mais Barthélemy montait déjà les marches de la véranda. Il ouvrit à l'aide de son épaule la porte qui grinça et entra déposer la fille brillante sur l'unique canapé de la pièce.
— Elle est froide, dit-il en se penchant pour écouter les battements de son cœur. Et son cœur bat anormalement vite.
— Barth... tu m'écoutes ? Allez vieux... on la ramène.
Barth, n'écoutant pas les supplications de son compagnon, se leva et monta vers la grange. À travers les poussières et les toiles d'araignée, il y vit une valise au fond, près de la fenêtre pentagonale. Il s'y approcha et l'ouvrit. La minute d'après, il en revint avec des vêtements chauds. Des vêtements à sa taille.
— Aide-moi, on va l'aider à se réchauffer.
— Pas question... Débrouille-toi sans moi, répliqua Bertil en gardant son fusil prêt à faire feu.
Il suait malgré la fraîcheur et son fusil donnait l'impression de vouloir glisser de ses mains. Mais Barth ne lui prêta pas attention, se dirigeant vers la cheminée. Il prit un briquet et alluma le feu. Il approcha ensuite le canapé délavé sur lequel reposait la fille près de la chaleur. Il se détendit enfin quand il l'entendit pousser une profonde inspiration. Sa respiration venait de s'atténuer, et elle se recroquevilla encore plus.
— Barth ! Tu te rappelles ce qui s'est passé la dernière fois que tu as été en contact avec une... une... un être vivant de son âge ?
— Je ne commettrais plus la même erreur.
— C'est évident, puisque c'est elle qui te tuera...
Lentement, la peau de la fille qui était d'un blanc neigeux commençait à se dégrader à chaque expiration, jusqu'à devenir d'un café propre. Sa chevelure virait au blond et les guirlandes qui circulaient en flux dans son corps cessaient. Sa respiration devenait normale et régulière. Et sa température se régulait.
Elle se recroquevilla encore plus sous le lourd survêt de Barth qui en ressentit une profonde joie.
— Tu vois que c'est juste une fille qui s'est perdue dans la forêt...
— Arrête de penser au fait que c'est une fille. Une fille ne change pas de couleur de peau à chaque foutue respiration.
Barth ne lui prêta pas à nouveau attention, et toucha du dos de sa main, son petit front qui avait l'air fragile.
— Écoute-moi, Barth... la police va...
— Je ne peux pas appeler la police. De toute façon, Ethan saura quoi faire d'elle.
— Tu comptes beaucoup trop sur ce garçon...
— C'est le seul qui adore venir me voir. Et parfois, j'ai l'impression qu'il a un don pour desceller mes sentiments. J'ai d'ailleurs hâte qu'il me raconte une de ses nouvelles histoires, je ne m'en lasse jamais.
Bertil, visiblement accablé et sidéré, commença à effectuer les cent pas tout en posant ses mains sur sa nuque. Son survêt flottait de chaque côté de ses hanches, et il avait l'impression de vouloir exploser. Des veines gonflaient sur sa tête et ses nerfs étaient tendus. Sans le savoir, son arme lui glissa des mains, provoquant un bruit amplifié par le bois à peine entretenu de la cabane. Puis sa cuisse percuta accidentellement une table. Ce qui lui arracha un petit cri et il se cambra.
— Bordel... merde !
— Si tu ne veux pas m'aider, tant pis. Tu me connais. Peu importe la nature de la personne, tant que c'est un être humain, on ne l'abandonne pas.
— Dommage que les gens aient cessé de te voir comme un être humain, grogna-t-il en massant la zone de la douleur. Et ne change pas de sujet.
— Tu te méfies, toi...
Il recadra le survêt pour qu'il lui couvre tout le bas de son corps en partant de la gorge, en entendant qu'elle se réveille. Il tira ensuite une chaise en bois et s'assit à cheval devant elle. Scrutant ses paupières fermées qui gardaient encore des traces d'étoiles en elles.
Le feu de la cheminée crissait en consumant le bois et le charbon.
— Barth... je crois que je vais rentrer. Je ne tiens pas à passer la nuit avec elle. Et si demain elle est toujours là, j'en informe le shérif.
— Pourquoi ça ne m'étonne pas ?
— Parce que je suis sensé. Je ne veux pas qu'un vieux frère ait des emmerdes à cause de...
— Je me démerderai tout seul.
— Je te donne jusqu'à demain matin... sinon... j'informerai le shérif. Cette... cette fille comme tu l'appelles (il lui pointa du doigt.) est loin d'être normale. Elle brillait comme si son corps scintillait d'étoiles. Une chose impossible à imaginer.
— Que sais-tu de l'impossible ? lui répondit Barth en continuant de fixer ses paupières endormies. Tu as déjà vu ce monde baisser le bras face à l'impossible ? Ce que tu appelles « impossible », moi, je l'appelle tout simplement : « Du jamais vu. ». Ce monde regorge de plein de « Du jamais vu. ». Crois-moi sur parole.
Bertil se plia pour ramasser son fusil et sortit de sa démarche maladroite. Arrivé au pas de sa porte, il lui tourna un dernier regard :
— J'imagine que tu ne pourras pas me raccompagner. N'est-ce pas ?
— Tu sais bien que je n'ai pas le droit de remettre les pieds en ville.
Le visage Barth changea. Comme si des remords et de regrets longtemps enfuis commençaient à refaire surface.
— Je n'ai pas le droit d'y mettre le pied, reprit-il d'une voix déformée. Et tu sais très bien pourquoi, alors N'ESSAIE PAS de... Bonne nuit, Bertil.
Ce dernier renifla une dernière fois avant de s'en aller, pendant que le ciel préparait une nouvelle averse. Les bruits de tonnerre annonçant son arrivée.
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ECARLATE
AçãoEthan, jeune adolescent passionné d'écriture et ayant pour projet d'enfin commencer un véritable roman, voit ses plans changés par la venue d'une créature céleste à l'apparence féminine qui le soupçonne de savoir où se dissimule son éclair. Pendant...
