Mickaël et Nils faisaient partie des volontaires désignés pour récolter du bois dans la forêt. En compagnie d'une vingtaine d'autres, ils roulaient deux à deux dans des engins de chantiers. A bord d'un bulldozer bâti pour faire face au terrain neigeux de la forêt, ils roulaient en directions des montagnes.
Le shérif avait imposé une restriction quant à la quantité de bois à récolter. Ainsi, la forêt ne subirait pas vraiment les retombées de ce travail.
De loin, Barth voyait la file d'engins se diriger vers la forêt pour y recueillir du bois qui allait servir à la reconstruction des ponts. Lui, il était occupé à mesurer ses propres bois qui lui serviraient en revanche à construire les poutres de sa cabane.
- Dis-moi, fit Mickaël à l'intention de Nils. De quoi as-tu parlé avec mon fils hier ?
- Tu sais que je t'apprécie suffisamment pour ne pas répondre â cette question ?
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- Tiens... on y est.
Arrivés sur le lieu, ils se départagèrent les travaux.
Il y avait en tout quatre équipes. La première se chargeait de sélectionner minutieusement les arbres idéaux, la deuxième les abattait, la troisième les morcelait et la quatrième les transportait jusqu'au port de traitement. Il y avait aussi une équipe supplémentaire de déboisement et de ratissage.
Pendant ce temps-là, Barth avançait. Le squelette de la cabane était en place. En levant son regard en direction de son côté de la forêt, il aperçut Ecarlate en sortir. Elle tenait un lièvre mort dans sa main.
- J'espère que tu n'as rencontré aucun désagrément, lui dit-il. Hum... De la bonne viande. (Il saliva en voyant le lièvre.) Je vais pouvoir manger quelque chose.
- J'ai un croisé un loup... lui répondit-elle.
- Ah bon ? C'est rare de les voir quitter la montagne.
- Il n'est pas aussi dangereux que tu le dis. Il protège quelque chose qui lui est cher. Comme moi.
- Certains loups vivent en meutes. Mais ils sont tout de même dangereux.
- Je ne trouve pas.
- Le loup n'était pas dangereux. Juste le vieil homme qui l'était.
A ces mots, la mine de Barth fronça, comme si un coup venu de nulle autre part que son propre estomac le surprit.
- Quel vieil homme ?
- Je ne sais pas. Il était petit. Il avait un fusil. Et il a essayé de m'ôter la vie. Plus d'une fois. Plus d'une fois.
- Mon Dieu, réagit Barth en se figeant d'horreur. Qu'est-ce que tu as fait ?
Ecarlate se tint immobile devant l'expression ébahie et remplie de reproche de la part de Barth. Elle eut la sale impression que ce dernier venait de la qualifier de monstre.
- Qu'est-ce que tu as fait ? Réponds-moi.
Elle continua de le fixer sans répondre.
- Tu veux ton lièvre, Oui ou non ? (Elle lui tendit le lièvre mais Barth ne réagit pas.)
- Ecarlate... dis-moi ce que tu as fait...
- Je me suis défendue.
- Ecarlate...
- Je veux manger quelque chose.
- ECARLATE !
- Qu'est-ce que tu veux savoir ? Que je l'ai tué ?
- Ecarlate... dis-moi que ce n'est pas ce que je pense que tu as fait...
- Ce n'est pas ce que tu penses. Je n'ai fait que me défendre.
Barth la fixa encore de son air ahuri un bon moment avant de finalement jeter l'éponge. Il acquiesça donc. Cependant, il savait qu'il n'aurait plus la même image d'elle à partir maintenant. Était-ce de la peur qu'il commençait à éprouver à son égard ? Ou était-ce le dégout ? Il préféra s'effacer l'idée de la tête.
Le soir vint, et l'équipe chargé de récolter du bois finissait son travail. Alors que la lune peinait à éclairer la forêt, Mickaël, plus que déterminé, se décida à vouloir obtenir des réponses de la part de son compagnon. Nils reprenait son souffle dans un coin, près d'un arbre, en compagnie de cinq hommes. Ils riaient ensemble.
- Nils ! l'interpella-t-il.
Ce dernier fit signe à ses camarades qu'il les rejoindrait plus tard et s'approcha de Mickaël.
- Pourquoi tu ne veux pas me le dire ?
- Écoute... je te respecte vraiment. Mais jusque-là, tu n'as jamais su réagir convenablement à tout ce qui touchait à ton fils.
- Mais c'est mon fils... j'ai le droit de tout savoir sur lui.
- Écoute-moi, d'accord ? Je ne suis pas le mieux placé pour te répondre. Et tu le sais.
- Tu crois vraiment qu'il va me répondre... dit-il en se laissant prendre par l'impatience.
- Je te demande pardon, mais je ne peux pas te le dire. C'est à lui. A toi de te comporter comme le père qu'il aimerait avoir.
- Tu te fous de ma gueule, hein ? Tu crois que c'est parce que tu es sage, que tu sais parler aux autres, que tu as de qualité que...
- Si c'est l'image que tu as de moi, c'est vexant. Tu me connais, pourtant.
- Je te connaissais, Nils. Tu es toujours de son côté. Jamais du miens. Qu'est-ce qui te manque pour l'être au moins une fois ?
- Ne me dis pas que tu vas t'enflammer pour ça ?
- ETHAN EST MON FILS ! cria-t-il.
A son cri, l'attention des hommes restants sur la zone d'exploitation se tourna vers eux. Mickaël, le remarquant, reprit calmement.
- Allons ailleurs.
- Mickaël.
- ALLONS AILLEURS !
Nils haussa les épaules et le suivit, visiblement las de comportement de son compagnon.
Ils arrivèrent dans un endroit où ils pouvaient être à l'abris des regards. Un endroit envahi d'arbres épais et bosselé de montée de neiges. Un endroit pour être calme.
- Je t'écoute, Mickaël, fit Nils en gardant son calme légendaire.
- Soit, tu me parles de ce dont tu as discuté avec mon fils, soit, tu peux mettre une croix sur notre amitié.
- Tu es... (Nils croisa ses bras.) Tu es donc sérieux. Tu es bien conscient que tu agis comme un gosse en ce moment ?
- Ce n'est pas la réponse. Je ne te demande pas grand-chose. Qu'est-ce qu'il y a de mal à vouloir le savoir ?
- Cela sonnerait comme une trahison envers ton fils.
- Et moi ? Tu ne me trahis pas ?
- Que tu peux être têtu... soupira Nils.
- C'est ton choix. Tu viens de mettre fin à notre amitié.
- Heureusement que mon bonheur ne dépend pas des autres, souffla Nils. C'est d'accord. Mais sache, que celui d'entre nous-deux qui sortira perdant, ce sera toi. Tu m'as perdu, tu perdras ton...
Au moment de terminer sa phrase, une odeur de brulé vint s'interposer. Mickaël le sentit aussi. Cela venait du buisson un peu plus loin devant. Alors, armé d'une lampe torche chacun, ils s'avancèrent en suivant les traces de l'odeur. Et c'est là qu'ils firent la macabre découverte. Un corps était enfoui dans les feuillages du buisson. Il sentait le brûlé.
Mickaël et Nils poussèrent un cri de dégout quand ils le sortirent du tas de feuillage. Le visage était si brûlé qu'il en était méconnaissable. Ses vêtements et lui n'étaient plus qu'une croute en forme humaine. Une croute sale, bosselée, noire et malodorante. Et le feuillage, plaqué contre sa peau, avait contribué à former des reliefs sur sa surface.
- Bordel...
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ECARLATE
AksiEthan, jeune adolescent passionné d'écriture et ayant pour projet d'enfin commencer un véritable roman, voit ses plans changés par la venue d'une créature céleste à l'apparence féminine qui le soupçonne de savoir où se dissimule son éclair. Pendant...
