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A la tombée de la nuit, Erland commençait à se remettre du passage de la tempête. Le moral de la population avais pris un coup, étant donné que l'enthousiasme de la reconstruction de la ville avait momentanément vacillé. La tempête, empêchant tout le monde de travailler ce jour-là.
Et même si cette tempête en elle-même était passée, la pluie n'avait quant-à-elle, pas cessé. Il continuait de pleuvoir, de la neige s'entassait dans les cheminées des maisons, cherchait à pénétrer par n'importe quelle ouverture d'un bâtiment, à bonder les terrains de leur épaisse blancheur presque aveuglante.
Des dunes de neige s'étaient formées dans toute la ville, formant des minuscules collines. Il y avait aussi ces cheminées obstruées que de pauvres-gens devaient déboucher en sortant sous ce froid de canard dont les coups de vent intensifiaient la force. De plus, la brume tardant à se dissiper, donnait l'impression d'être dans une ville spectrale d'une blancheur floue.
Sur l'océan, des plaquettes de glaces flottantes avaient augmenté en nombre, prenant d'assaut la côte dont les fondations des ponts en constructions se cristallisaient à chaque seconde. Le sifflement du vent était plus assourdissant de ce côté-là, s'atténuant en traversant Erland sous une lune masquée et passive.
Anders Solveig, chez lui, observait à travers la fenêtre, une rue d'Erland qui n'avait échappé pas aux effets de la tempête et de sa pluie transformant tout environnement sur lequel elle tombait en sinistre lieu désert.
Cependant, ce n'était pas cet air sinistre qui avait déteint sur sa morosité. C'était le regard que lui avait lancé Kristina quand il était allé la voir dans sa cellule. Il ne pouvait nier qu'il en était responsable. Il commençait à penser qu'il aurait dû réfléchir à plusieurs reprises avant de parler de tout ça au shérif. Il avait agi impulsivement. Et cette impulsivité avait été intensifié par la peur qu'il éprouvait envers l'être étoile.
Anders appuya sa paume contre la vitre dont la fraicheur du dehors conférait un aspect cristallin, puis continua d'observer la pluie de neige brumer la ville. Il pensa ensuite à la mer. Au temps où tous ces imprévues ne s'enchainaient pas.
Il pensa d'abord à l'alchimie qui régnait dans l'équipage avec le capitaine Turgis Valdemar qui ne manquait aucune occasion de lui parler des voyages en mer et des divinités scandinaves dont il avait toujours été fier ; Nils Germund qui était un homme dépourvu de panique sur qui il pouvait compter quand les situations dégénéraient ; Mickaël Holger qui lui apprenait comment pêcher avec plus d'efficacité.
Cet équipage lui manquait. Pourquoi a-t-il fallu que cet éclair fasse son apparition ? Tout était passé si vite dans sa tête qu'il ne se souvenait que de quelques détails : l'océan qui commençait à s'agiter, le tonnerre qui grondait, le ciel qui devenait oppressant, les éclairs qui pleuvaient sur la barque, et les caprices même du temps.
- Tu comptes rester planter à fixer le brouillard du dehors ? lui fit une voix derrière.
Le jeune homme se tourna et tomba sur le regard bienveillant et souriant de sa mère. Elle tenait son petit frère d'à peine six mois dans ses bras, pendant que son autre frère et sa sœur dormaient déjà.
- Il se fait un peu tard, tu ne trouves pas ? Tu ferrais mieux d'aller te reposer. Demain, le travail reprend, n'est-ce pas ? et au fait,...comment va ton amie ? la fille du shérif ? Kristina...
Anders la fixa d'un air rêveur un moment, et répondit :
- Ça te dirait que je te raconte une histoire... ?
Madame Solveig, visiblement prise au dépourvue, fit une petite moue avant d'aller déposer le bébé dans son berceau. La mine inhabituellement sérieuse de son fils l'inquiéta.
Après avoir déposé le bébé, elle le demanda de s'assoir sur le canapé à côté d'elle.
- Il y a un problème ?
- C'est l'histoire de deux canards... Un jour, le premier canard découvre que le second canard fréquente un serpent visiblement inoffensif et qui ne lui veut aucun mal. Néanmoins, le premier canard garde en tête que le serpent peut - si ca lui chante - tuer le second canard. Sur ce, il va décider de briser le lien que le second canard a tissé avec le serpent pour son bien.
- Hum...
- Pensant que le second canard serait reconnaissant du fait qu'il l'ait mis hors de danger, le premier canard lui apporte de la nourriture. Mais le second canard lui en veut et n'en mange pas. Le premier canard se demande pourquoi ? Même si le serpent ne lui voulait aucun mal, il demeurait un tueur, car on ne peut lutter contre sa nature.
Madame Solveig observa un long moment son fils d'une mine réfléchie, et se mit à chercher des mots pour essayer d'interpréter l'histoire.
- Le premier canard, c'est toi... et le second, c'est... c'est Kristina... je me trompes ?
- Oui... soupira le jeune homme. Et le premier canard veut que le second canard le comprenne mais...
- Et ce serpent dont tu parles, qu'est-ce qui garantie qu'il attaquera le second canard ?
- Qu'est-ce qui garantie qu'il ne l'attaquera pas ?
- Tu sais quoi, mon fils ? tu es fatigué... ton père dort déjà comme un bébé. Tu ferais mieux de...
- La mer me manque...
- Je sais, répondit-elle en lui caressant sa blonde chevelure. Je sais. Mais dis-toi, qu'avec ce temps qui t'est libéré, tu vas pouvoir écrire. Tu n'as jamais eu du temps pour ton roman. C'est peut-être l'occasion qui se libère pour toi. Le fils d'Holger, Ethan, lui passe ses journées à écrire.
- C'est fatiguant d'écrire, soupira-t-il. Je préfère la mer. Le capitaine me manque.
- Ce vieux Valdemar...
Madame Solveig se leva et s'apprêta à monter les escaliers quand un détail la frappa. Il y avait une fuite dans la cheminée. Des morceaux de neiges s'y étaient incrustés et s'attaquaient au feu. Anders, le remarquant à son tour, prit son plus lourd jacket et s'en alla en direction de la porte pour voir le bilan de la cheminée.
- J'y vais, dit-il en sortant.
- Fais attention à toi...
Anders sortit un escalier du sous-sol et grimpa jusqu'à la cheminée. En y arrivant, et comme il s'y attendait, le toit était bouché.
Malgré le brouillard, il distingua la masse de neige qui obstruait le conduit. Mais avec cette pluie, il serait difficile, voire impossible de tenter quoi que ce soit.
Toutefois, à travers le brouillard, il crut reconnaitre une paire de faisceau de phares apparaître le long de la rue. Que pouvait faire un véhicule en marche sous cette tempête?
Il ne tarda pas à deviner qu'il s'agissait du fourgon dans lequel Liv Ivar et son équipe avait élu domicile. L'engin roulait en cabotant sur les dunes de neiges quand tout-à coup il s'arrêta. C'est à ce moment précis qu'Anders vit au loin une lueur écarlate fissurer le brouillard et foncer vers lui, en produisant son habituel grésillement fracassant. C'était l'éclair écarlate.
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ECARLATE
ActionEthan, jeune adolescent passionné d'écriture et ayant pour projet d'enfin commencer un véritable roman, voit ses plans changés par la venue d'une créature céleste à l'apparence féminine qui le soupçonne de savoir où se dissimule son éclair. Pendant...
