1.20 - Le deuxième boulversement

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Au pied de la colline, Ecarlate gardait son regard vers l'endroit où s'était tenu, quelques minutes plus tôt, Ethan, avant de le retourner vers la mer, en direction des quais. Elle commença ensuite à marcher en direction du port d'où des vaguelettes s'agitaient déjà. Avec elles, des bruits sournois et atmosphériques les accompagnaient.

Elle arriva au voisinage de l'entreprise chargée de réglementer la pêche à Erland, lieu où le phoque avait été analysé avant d'être relâché.

Elle marchait sur le sol rocheux, ce qui lui donnait une assez désagréable sensation à travers les semelles de ses bottes. Elle ne pouvait nier qu'elle aurait préféré marcher pieds nus, mais Barth lui avait expliqué que les roches de ce côté de la plage pouvaient être douloureuses au contact de la peau.

Seulement, elle ne s'était jamais habituée à porter des vêtements lourds. Ce survêt imposant qu'elle portait la gênait au plus haut point, mais c'était un sacrifice à faire si elle voulait retrouver son bien.

Elle arriva près du pont qui reliait le local de l'entreprise à la mer. Elle y risqua un coup d'œil à travers la fenêtre sans vitrine avant de finalement s'avancer vers l'étendue en empruntant ce pont.

La tempête lui rapporterait surement son éclair, pensait-elle. Ce qui voulait dire qu'elle n'avait plus besoin d'Ethan, car il l'avait abandonnée. Néanmoins, une chose la titillait : elle n'arrivait pas à le sentir. Elle n'arrivait pas à sentir la présence de son éclair dans la tempête qui approchait. Et pourtant, elle savait qu'une fois passés, la tempête et lui ne laisseraient pas Erland s'en sortir indemne. Son éclair avait toujours été responsable de temps dévastateurs : causer des intempéries si violentes qu'elles en bouleversent des villes entières.

Arrivée au bord du pont, elle resta planquée là, à attendre l'arrivée de la tempête, dans l'espoir qu'elle lui apporte son bien précieux.

— Hey ! la surprit une voix à l'autre bout.

Ecarlate tourna son regard en direction de l'appel. Elle croisa alors celui de Kristina qui, apparemment, transportait un stock de poisson vers l'entrepôt, étant donné qu'elle tenait une paire de seaux qui ondulaient sur ses mains.

Le vent prit une tout autre tournure. Il devint violent, au point d'obliger Kristina à plisser ses yeux qui subissaient ses assauts.

— T'es perdue ? lui demanda-t-elle en utilisant son coude pour se protéger les yeux.

Ecarlate ne répondit pas sur le coup, préférant chercher à comprendre ce qu'elle voulait vraiment.

Elle s'avança ensuite vers la jeune femme, de ce même regard à la fois expressif et inexpressif. Un peu comme si le décrire dépendrait du point de vue de toute personne l'ayant croisé.

— Oui, finit-elle par répondre.

Kristina prit appui sur ses genoux pour se placer à sa hauteur.

— Tu as de la famille dans le coin ?

Mais elle se redressa lorsqu'elle vit à son tour la tempête qui s'approchait.

À cette distance, c'était visible maintenant. Plus besoin de concentrer son regard. Le problème : seuls ceux qui étaient aux abords de la côte pouvaient la voir arriver, contrairement à ceux qui étaient enfoncés dans le continent.

— Mon Dieu ! Une grosse tempête arrive. (Elle remit son regard vers Ecarlate.) Je ferais mieux de te ramener chez ta famille.

Mais aurait-elle le temps de demander au maire de circuler dans son fourgon afin de mettre en garde les habitants d'Erland encore ignorants de la situation ? Son haut-parleur, pourrait-il faire l'affaire ? Restait à savoir s'il était toujours opérationnel. Mais en même temps, il fallait au moins mettre cette ado à l'abri. Pourtant, vu la tempête qui arrivait, elle ne croyait pas que le local tiendrait sur un long moment.

— Tu as de la famille dans le coin ? insista-t-elle.

— Non.

— Pas de bol, soupira-t-elle. Écoute-moi, d'accord ? La tempête qui arrive sera surement très violente. Tu comprends que je ne peux pas te laisser seule ? L'affronter ? Il va falloir que je te mette à l'abri.

Au moment où Ecarlate s'apprêta à répondre, un phoque jaillit de l'eau et s'écroula sur le pont. Puis il fonça vers eux, de sa démarche saccadée, tout en bêlant à la fois de terreur et d'excitation. Il sembla hésiter en voyant Ecarlate, mais reprit sa course.

— Non ! Non ! Non ! commença à paniquer Kristina. Tu n'aurais pas dû revenir près de la surface. La tempête !

Elle se pencha pour caresser le flanc du phoque. Mais une odeur de brulé vint se joindre à eux. 

Kristina sentit, à travers ses gangs, la température anormalement élevée du phoque.

— Oh ! Non ! Ça recommence ?

Elle se battit pour garder son sang-froid, mais Ecarlate avait remarqué qu'elle allait craquer. Elle reconnaissait, en elle, l'amour qu'elle portait pour son éclair. Sauf que l'amour de cette dernière était porté vers le phoque. Elle n'était peut-être pas douée, socialement parlant, mais le lien qu'elle avait avec son éclair, lui permit de comprendre ce que cette inconnue ressentait en ce moment.

Vu l'évolution de la tempête, il serait risqué, voire mortel, au phoque de regagner la mer et de se mettre à l'abri à temps. Et en même temps, d'ici à quinze ou dix minutes, Erland serait frappée.

Kristina se mit à réfléchir. Que faire ?

Là, un cri déchirant le ciel se fit entendre. Un cri si pénétrant que le cœur de Kristina s'emballa, lui arrachant un crissement par la même occasion.

Elle comprit la gravité de ce qui se préparait en se rendant compte que malgré le fait que la tempête soit encore loin, le bruit strident du tonnerre parvint avec trop de perceptibilité à leurs oreilles. Tout Erland l'avait entendu.

— Une tempête pareille va balayer des maisons, s'enquit Kristina.

Le phoque lui ramena ses pieds sur terre en lui tapotant le genou droit. Elle tint alors Ecarlate par la main et la tira avec elle.

— Je dois vous mettre à l'abri. Tout le monde a entendu le bruit de la tempête. Ils feront de même. (Elle toucha à nouveau le phoque.) Je vais voir ce que je peux faire pour toi.

Ecarlate se laissa faire sans se débattre, pendant que le phoque les suivait derrière, de sa même démarche boitant. Toutefois, il n'allait pas bien. Et Kristina le sentait. Sa température montait encore et encore, à tel point qu'on avait l'impression qu'une aura se dégageait autour de lui.

Quand elle le remarqua enfin, elle s'arrêta et, à sa plus grande détresse, vit le phoque se tordre de douleur sur le sol tapissé de roche. Il était devenu si chaud qu'elle avait du mal à s'approcher de lui.

— Non ! Non ! Pas ça ! Ce n'est pas le moment ! Mon grand. ? Allez ! Me fais pas ce coup.

Oubliant la tempête qui arrivait, oubliant la douleur qu'elle ressentait à cause de la chaleur provoquée par le phoque, elle s'accroupit pour lui venir en aide. C'est là que ses gangs prirent feu, son bonnet suivit le rythme et ses bottes en cuir commencèrent à fondre à cause de la température de l'animal.

Ça en faisait trop pour elle. Mais le phoque restait une priorité.

ECARLATEDes histoires addictives. Découvrez maintenant