Inquiétudes et Cendres

21 4 0
                                        

76

Mickaël Holger venait d'arriver au commissariat. Et à sa grande surprise, il avait aperçut le gardien de cellule qui reprenait lentement connaissance, à côté d'un autre officier.

— Qu'est-ce qui s'est passé ici ? demanda-t-il. Et où est mon fils ?

— Je ne sais pas, répondit le gardien en se grattant la nuque. J'ai juste eu à peine le temps d'apercevoir un éclair que tout est devenu noir.

— L'éclair ? s'enquit Mickaël. Était-il d'un rouge écarlate ?

— Je crois... en tout cas, il est entré et m'a assommé.

Suite à cette phrase, la crainte de Mickaël grandit. Il se souvenait plus que bien de sa première rencontre avec l'éclair écarlate. Lorsqu'ils étaient en mer, et que soudain, tout avait chamboulé. Il se souvenait bien de l'impression qu'il avait ressentit en voyant l'éclair. Il avait senti qu'il lui en voulait personnellement, comme s'il voulait se venger. Ce jour-là où Anders l'avait sauvé à deux reprises. Ce jour-là où tout avait commencé.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il à l'autre agent.

— J'étais venu parler à la fille du shérif, Kristina Sven, quand je l'ai vu à terre.

— De quoi voulais-tu lui parler ?

— De comment vaincre cette créature ?

— Une créature... ? Non... (Mickaël se sidéra et s'adossa contre un mur pour reprendre le fil de ses idées.) Non... Ethan, tu n'as pas fait ça ? (Il se cambra.) Où sont-ils ?

— Je ne vous conseille pas d'y aller. C'est vraiment dangereux.

— Où SONT-ILS, BON SANG !? (L'agent frémit.)

— Dans la forêt...

A ce mot, Mickaël sortit précipitamment et s'en alla en courant.

HANSHIR

Saphira était entrée en crise. Elle suffoquait comme si elle manquait d'air. Et Nils et karen ne savaient que faire.

— Qu'est-ce qu'elle a ? demanda-t-il sous la panique.

— Ça lui arrive parfois, répondit Karen en se précipitant vers une carafe d'eau. Remonte sa couverture.

Nils s'exécuta et Karen arriva avec un verre d'eau. Elle lui toucha le front mais Saphira n'arrivait pas à se calmer. Le verre se fracassa sur le pavé et commença à saigner.

— Aide-moi à la calmer... maintient-la sur le lit...

Il s'exécuta, pendant que Karen revenait avec de l'eau tiède et une serviette. Elle trempa le tissu dans l'eau tiède et se mit à tapoter le front de Saphira mais ça ne marchait.

Plus elle se débattait, plus de grosses portions de sa peau volait en cendre avant de se poser au sol. Son visage avait disparu, ne laissant qu'une tête creuse au fond d'une couleur argentée d'où une fissure se mouvait, surement sa bouche.

— Nils, dit Saphira toujours dans l'agitation. J'espère qu'elle protégera mon fils. L'éclair le sentira.

— Oui...

— Karen te passera une lettre que tu devras rendre à Mickaël. Mais je ne veux pas que mon fils le sache.

— Saphira...

— Promets-le-moi. Je veux qu'il grandisse. Et s'il apprend que tout ce que j'ai fait, c'était pour lui, il s'en voudra pour le restant de sa vie et ne pourra plus être libre. Je veux qu'il mène une vie épanouie et non hanté par mon fantôme.

— Promis, Saphira.

A cet instant, son corps tout entier se désagrégea et la couverture ne couva plus rien d'autre qu'un tas de cendre. Saphira n'était plus.

Nils redressa sa tête vers Karen, et vit que cette dernière continuait d'éponger. Mais qu'est-ce qu'elle épongeait ? Ce tas de cendre.

— Karen... dit Nils d'un ton compatissant.

— Il me faut plus d'eau tiède... continua-t-elle en se laissant gagner par la panique.

— Karen, elle est...

— NON !! cria-t-elle en le fusillant du regard. Je t'interdis de terminer cette phrase.

Elle continua d'éponger. Nils dut se résoudre à lui tenir délicatement le bras. Ce qui la figea. Ses muscles se tendirent. Elle avait les larmes les yeux, et sniffa à chaque instant.

— Karen... arrête.

— Elle est partie, dit-elle d'une voix déformée par ses sanglots. Je me suis battue pour la maintenir en vie mais elle est partie. Je n'ai pas pu sauver ma meilleure amie.

— Karen...

Il la tira vers lui. Elle l'étreigna, déversant ses larmes sur ses vêtements.

— Elle a tellement souffert par amour. A-t-elle au moins pensé à moi quand elle a décidé de mettre sa vie en jeu ?

— Karen, elle a fait ce qu'elle jugeait juste et mieux.

— Elle l'a fait de sa vie. Et maintenant... ? Je n'ai plus personne.

— Je ne crois pas.

— Tu vas rentrer à Erland. Mais moi, j'ai mon travail ici.

— Je ne parlais pas de moi...

Elle retira sa tête de la poitrine de Nils et le fixa d'une mine incomprise.

— De qui alors ?

— Je crois qu'un autre être étoile a besoin de quelqu'un comme toi.

— Nils... je ne peux pas la remplacer. C'est ma meilleure amie.

— Je ne te demande pas de la remplacer. Je te demande de l'accueillir quand tout sera fini.

Elle desserra son étreinte et partit défaire la couverture. Elle sniffa encore en s'efforçant d'essuyer ses larmes.

— Aide-moi. On va ramasser ses cendres.

Nils sentit qu'elle était brisée et dévastée au fond d'elle. Cette sensation que l'on a quand on sait qu'un proche va mourir et que la seule chose qu'on puisse faire, c'est de retarder la mort jusqu'au moment fatal. C'est une sensation que je ne souhaite à personne de vivre. Car, à force de se battre pour la personne, il nous arrive d'oublier qu'il est mourant ou il nous arrive de ne plus vouloir l'accepter. Et quand vient l'heure, on se rends compte qu'on se voilait la face. Et ce sentiment est si déchirant qu'on se demande encore comment notre âme tient encore débout. C'étaient ces flots de sentiments qui oppressaient Karen Sullivan.

ECARLATEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant