Chapitre 75 (Alex)

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L’ère des réseaux sociaux avait cet avantage qu’il était possible de connaitre à peu près tout de la vie de quelqu’un en à peine quelques clics. Tout y compris l’adresse de son domicile. Aussi, je n’avais pas mis longtemps à trouver où habitait David Lachant. Dans une résidence pour étudiants boursiers située à deux pas de l’université.

J’étais garé devant ce petit immeuble qui ne payait pas de mine, à attendre patiemment d’apercevoir mon suspect pour pouvoir passer à l’action. Il ne tarda d’ailleurs pas à se montrer, quittant la résidence vraisemblablement pour aller courir à en juger par l’ensemble de survêtement qu’il portait.

Je ne m’y trompai pas et il se dirigea à petites foulées vers un mont qui surplombait le campus universitaire par des chemins que je connaissais plutôt bien pour les avoir moi-même empruntés quand il m’était arrivé de m’adonner aux joies du jogging.

J’abandonnai mon véhicule et m’élançai dans son sillage, prenant soin de conserver une certaine distance entre lui et moi pour qu’il ne remarque pas ma présence. Après quelques mètres de ce qui ressemblait davantage à une marche rapide qu’à une course (David ne brillait visiblement pas par ses performances sportives et je n’avais aucun mal à le suivre), nous laissâmes la ville derrière nous pour nous retrouver en pleine forêt. Seconde après seconde, je récupérais mon retard et me rapprochais de lui, guettant chacun de ses faits et gestes en bon prédateur qui attendait le moment propice pour fondre sur sa proie.

Ce moment me sembla être arrivé lorsque David s’aventura sur un sentier encaissé, en bord de falaise, et peu fréquenté car jugé trop accidenté par bon nombre de promeneurs. Je n’avais aucun doute, c’était l’endroit parfait pour intervenir sans craindre d’être interrompu.

Je pressai le pas à sa poursuite pour finalement le rattraper facilement, au bout de quelques secondes à peine. Parvenu à sa hauteur, je posai une main sur son épaule tout en lui lançant :

_ David, quelle bonne surprise !

Pris d'effroi, il sursauta, fit volte-face puis recula d’un bon mètre au moins, comme pour s’éloigner de la menace (il avait d’ailleurs raison de voir les choses ainsi). Ne sachant pas s’il devait être soulagé de découvrir qu’il s’agissait de moi, il me répondit d’une voix encore marquée par la peur que lui avait value mon apparition soudaine :

_ Monsieur Mavri ! Vous m’avez filé une de ces frousses.

_ Pardon, je ne voulais pas vous effrayer (c’était pourtant bien le but). Alors, comme ça, vous êtes un adepte de la course à pied ?

_ Adepte, je n’irais pas jusque-là. Disons plutôt que je suis un pratiquant très irrégulier de ce sport qui, parait-il, est excellent pour la santé.

_ Vous avez raison. Après tout, ne dit-on pas qu’il est important d’avoir un esprit sain dans un corps sain ?

_ Et vous ? Vous courez ? s'enquit-il ensuite, ressentant visiblement le besoin de faire la conversation.

_ Ça m’arrive, en effet.

_ Dans cette tenue ? ajouta-t-il, un peu perplexe en voyant que j'étais vêtu d'une manière pas vraiment adaptée pour faire de l'exercice.

_ En général, je me change mais, en l’occurrence, j’ai oublié mes affaires et, en sortant de l’université, je ne voulais pas perdre de temps à aller me changer. La nuit tombe vite à cette période de l’année et je tenais absolument à profiter des derniers rayons de soleil.

_ D’accord… se contenta-t-il de me répondre tout en se fendant d’une moue dubitative.

Il ne croyait pas plus à mon histoire ridicule de rayons de soleil qu’il n’avait cru au prétexte du cambriolage de l’appartement de Maelie que j’avais invoqué la veille pour éteindre ses soupçons. Pourquoi se fatiguer à vouloir à tout prix faire illusion ? Autant mettre immédiatement les pieds dans le plat et lui révéler la véritable raison de ma présence ici.

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