Avais-je dépassé les bornes avec David Lachant en le menaçant comme je l'avais fait ? Sans aller jusqu'à me culpabiliser de m'être ainsi abandonné à un excès d'impulsivité, je songeais que j'avais peut-être été un peu dur car, après tout, s'il était vrai que c'était bien lui qui avait pris ces photos nauséabondes, il ne l'avait pas fait de sa propre initiative. C'était Elodie qui lui avait ordonné de me traquer et il n'avait fait que lui obéir moyennant un petit pécule financier. C'était après mon ex-compagne que je devais en avoir, c'était elle la seule responsable et j'avais bien l'intention de la contraindre à s'en expliquer.
Une fois de retour à ma voiture et sans perdre une minute parce-que le temps pressait, je me saisis de mon téléphone pour composer son numéro. « Garder le contrôle », ces quelques mots tournaient en boucle dans mon esprit, comme une injonction que je me faisais à moi-même de rester calme car si je m'emportais et qu'elle se braquait (déjà qu'elle était terriblement susceptible) il en serait fini de mes chances de rattraper cette situation périlleuse. Restait à savoir si j'étais capable de me contenir car on ne pouvait pas dire que j'y étais bien parvenu avec David Lachant.
Après à peine une ou deux sonneries, elle décrocha et me dit aussitôt, visiblement décidée à me provoquer :
_ Alex. Quelle surprise de t'entendre. Je désespérais que tu me contactes. Que me vaut le plaisir de cet appel ?
J'ignorai sa question, bien décidé à ne pas tourner autour du pot :
_ Je comprends parfaitement que tu puisses m'en vouloir, mais là tu es vraiment allée trop loin.
_ Quelle humeur ! Je me demande bien ce qui te met en rogne comme ça. Attends, laisse-moi deviner...
Elle marqua un bref instant de silence, comme si elle était en train de réfléchir, avant d'ajouter :
_ Ça n'aurait pas quelque chose à voir avec des photos par hasard ?
Non contente de me poignarder dans le dos, elle se payait le culot de me narguer. Cette femme ne connaissait aucune limite, et dire que j'avais failli l'épouser. Cette seule idée me faisait froid dans le dos, d'aucuns savaient l'enfer auquel je venais d'échapper.
_ Demander à l'un de mes étudiants de me surveiller pour trouver de quoi compromettre mon intégrité, c'est donc ça ta vengeance ? Tu me dégoutes, assenai-je.
_ Le dégoût. Tiens, c'est marrant. C'est précisément ce que j'ai ressenti quand j'ai découvert que mon cher fiancé me quittait à quelques mois de notre mariage pour s'enticher d'une gamine à peine sortie de la puberté. Dis-moi, je ne savais pas que tu les aimais si jeunes...
_ Ce que tu sous-entends est proprement scandaleux. Elle est majeure je te signale.
_ Quelle importance ? Tu n'en demeures pas moins un pervers à mes yeux.
_ Je me fiche pas mal de ce que je représente à tes yeux. Tu es complètement folle, je m'en rends compte maintenant. Et n'espère pas me faire chanter avec ces photos, ça ne marchera pas sur moi. Je ne vais pas te laisser faire
_ Folle, tout de suite les grands mots. Je te savais excessif mais je n'imaginais pas que tu l'étais à ce point-là, me dit-elle encore avec sarcasme. Quant à mon petit chantage, je suis navrée de te contredire mais je constate qu'il fonctionne déjà. La preuve, ne t'es-tu pas empressé de m'appeler sitôt que tu as su que j'étais derrière ces photos ? D'ailleurs, j'en profite pour vous féliciter. Vous êtes très photogéniques tous les deux. Je le dis très sincèrement.
Elle ne perdait rien pour attendre. Elle semblait résolue à me pourrir la vie et je me demandais comment faire pour l'en empêcher.
_ Qu'est-ce que tu veux Elodie ? lui demandai-je finalement, pour mieux cerner ses intentions.
_ Ce que je veux ? C'est évident, je veux que tu la quittes. Oui, tu n'as qu'à quitter Maelie et alors peut-être que je pourrais tirer un trait sur toute cette histoire. Qui sait, je pourrais même réussir à te pardonner.
_ Tu rêves. Ne t'en déplaise, j'aime Maelie comme je n'ai jamais aimé personne et il est hors de question que je la quitte. Hors de question tu m'entends ? répliquai-je du tac au tac, avec force.
_ J'entends mais dans ce cas tu ne me laisses pas le choix. Je vais mettre ces photos sur internet, histoire que tout le monde sache le genre de type que tu es, le salop que tu es. Tout le monde saura que tu te tapes tes étudiantes. Alors, tu n'oseras plus mettre un pied dehors de peur de devoir affronter le regard des autres. Ta réputation sera fichue, ta carrière sera remise en question. Ainsi, j'espère te faire souffrir comme j'ai souffert que tu me laisses.
Piètre vengeance que la sienne. Elle en était réduite à jouer les victimes et à se complaire dans son rôle d'ex éplorée. C'en était pitoyable, et c'était mal me connaitre que de croire que j'allais la laisser faire pression sur moi sans réagir. Si elle ne daignait pas se raisonner, je me verrais contraint de répliquer et il n'était pas sûr qu'elle apprécie le retour de manivelle.
Jusque-là, je l'avais traitée docilement, en souvenir du bon vieux temps, mais c'était terminé. Désormais, ce serait œil pour œil et dent pour dent. Après tout, c'était bien ce qu'elle cherchait.
_ Je vois que tu as imaginé tout un plan dans l'espoir de me nuire. Il est regrettable de constater que tu es tombée si bas. Cela dit, je te déconseille vivement de faire ce que tu projettes. Sans quoi, je me verrai contraint d'agir contre toi et je ne pense pas que ce soit dans ton intérêt d'avoir à m'affronter.
_ Je n'ai pas peur de toi, me répondit-elle, avec une détermination nullement entamée.
Comme ultime argument de dissuasion, je déployai tout mon arsenal juridique. Pourvu que ça suffise à la faire se raviser mais rien n'était moins sûr tant elle semblait vouloir s'entêter.
_ Publier ces photos constituerait une violation de ma vie privée et de mon droit d'image. Pour t'en empêcher, je pourrais saisir le juge en référé sur le fondement de l'article 9 du Code Civil. Et, si tu avais le malheur de t'acharner, je me constituerais partie civile devant les juridictions pénales pour y faire valoir mon droit à la protection de mes informations personnelles. Sache que ton petit chantage pourrait alors te coûter jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Je t'en prie Elodie. Soit raisonnable, ne m'oblige pas à en arriver là.
_ Tu n'oserais pas me faire ça, me répondit-elle, la voix assaillie par la doute.
_ Si tu ne me laisses pas le choix, je n'hésiterai pas, dis-je, catégorique.
Elle resta silencieuse un instant, sûrement pour décider quoi me répondre. Puis, elle finit par trancher avec un dépit évident :
_ Bien, tu as gagné. Je ne vais pas mettre ces photos sur internet.
_ C'est sage de ta part et je suis soulagé que nous n'ayons pas à nous déchirer. Je n'ai aucune envie de me battre avec toi et sache que, même si notre relation ne s'est pas terminée de la meilleure des manières, tu occuperas toujours une place particulière dans mon cœur.
_ C'est ça, se contenta-t-elle de me répondre pas vraiment convaincue de ma sincérité.
J'avais peut-être un peu trop forcé sur le politiquement correct pour paraître crédible. Qu'importe, l'essentiel était qu'elle avait renoncé à me causer du tort. Cela dit, j'étais un peu surpris. Je ne pensais pas qu'il me suffirait de brandir la menace d'une action devant les tribunaux pour réussir à annihiler ses intentions vengeresses. Pour tout dire, j'avais trouvé ça un peu facile. Il fallait croire qu'Elodie n'était pas si terrible qu'elle voulait me le faire croire.
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Love and Justice
RomanceQue seriez-vous prêt à sacrifier par amour ? Votre travail ? Votre ambition ? Votre honneur ? Vos fiançailles ? Votre famille ? Et a-t-on le droit d'aimer n'importe qui ? Jusqu'où Alex Mavri, jeune professeur en droit privé et spécialiste du droit...
