La question fatidique. Il fallait bien qu'elle me la pose. Elle n'était pas la première à le faire, elle ne serait sûrement pas la dernière non plus. En quelque sorte, j'y étais donc préparé. Et pourtant, j'étais toujours aussi incapable d'y répondre. Il fallait dire que ce n'était pas le genre de choses qu'il était facile d'expliquer. Avoir le corps recouvert de cicatrices n'avait rien de très commun et il était légitime qu'elle s'interroge. Pour autant et en dépit du temps qui passait, il m'était toujours aussi pénible d'en parler.
Je n'avais jamais révélé la véritable cause de mes blessures. Il en allait de mon honneur et de ma liberté. Maelie ne devait jamais savoir ce qui m'était vraiment arrivé et encore moins ce que j'avais dû faire pour m'en sortir car, si elle venait à l'apprendre, elle ne voudrait sans doute plus jamais m'adresser la parole.
Ne sachant décidément pas quoi dire, je m'étais simplement refusé à lui répondre. Puis, je m'étais empressé de partir parce-que je ne voulais pas courir le risque qu'elle insiste. Depuis des années, je faisais tout pour que mon passé ne me rattrape pas et je ne tenais pas à ce qu'il y parvienne maintenant.
C'était précisément parce-que j'aimais Maelie qu'il me fallait l'empêcher de découvrir mon secret. Fuir de chez elle comme je l'avais fait, en outre d'être très peu élégant (surtout après la nuit qu'elle venait de m'offrir), n'était sûrement pas la meilleure des manières d'y arriver car, en agissant ainsi, je craignais de n'avoir fait qu'attiser son envie de connaître la vérité.
Elle était une fille obstinée et je savais qu'elle ne tarderait pas à revenir à la charge. Tout comme j'avais conscience de la faiblesse dont je faisais preuve pour lui tenir tête lorsqu'elle cherchait à obtenir quelque chose de moi. Partant de là, il était évident qu'elle ne se contenterait pas de me voir éviter le sujet indéfiniment. Elle attendait une réponse et je devrai la lui donner tôt au tard, alors autant le faire maintenant, en espérant ainsi satisfaire sa curiosité et faire qu'elle n'aborde plus le sujet à l'avenir.
Sitôt de retour après le travail, je filai donc sonner à la porte de son appartement. Après quelques secondes, elle vint m'ouvrir et elle m'accueillit d'un air soulagé. Visiblement, mon départ précipité l'avait un peu tourmentée. Je m'en sentais coupable. Aussi, je me dépêchai de m'excuser :
_ Je suis navré de t'avoir quittée comme un voleur. Ça ne se fait pas.
Loin de m'en tenir rigueur, elle se pressa contre moi pour m'enlacer. Tandis que je profitais pleinement de son étreinte, elle me dit :
_ Je suis si contente que tu sois là. Il s'est écoulé à peine une journée et tu m'as manqué comme si tu étais parti plusieurs mois. C'est fou !
Elle m'invita à entrer et, sans perdre une minute, je me décidai à lui reparler de notre conversation de ce matin :
_ En ce qui concerne mes cicatrices...
_ Tu n'as pas à te justifier. J'ai été trop intrusive et je le regrette, me coupa-t-elle sur un ton de mea-culpa.
_ Au contraire. Tu comptes beaucoup pour moi et tu as le droit de savoir, lui assurai-je.
Elle fut agréablement surprise par ma réaction et, surtout, elle brûlait d'impatience de connaître ma réponse. Quant à moi, j'entendais bien lui montrer ma détermination et c'était pourquoi j'ajoutai presque immédiatement, d'un ton empreint d'une certaine solennité :
_ J'ai vécu une adolescence compliquée. A cette époque, j'étais un gamin en quête d'identité qui était confronté à des angoisses qui, de très loin, le dépassaient. Quand elles devenaient trop fortes pour que je puisse les contenir, j'avais pris l'habitude de me scarifier. En quelque sorte, je combattais le mal par le mal. Je m'infligeais des souffrances physiques pour soigner ma souffrance morale. C'était encore le seul moyen que j'avais trouvé pour me calmer. J'ai fait ça pendant plusieurs années et mon corps en a gardé les stigmates. Il se trouve qu'aujourd'hui j'en ai un peu honte. C'est d'ailleurs sans doute pour ça qu'il m'est si difficile d'en parler.
L'émotion de Maelie était palpable. Elle était à fleur de peau. Mes confidences lui avaient même filé les larmes aux yeux et, sans tarder, elle s'était précipitée dans mes bras dans l'intention de m'apporter un peu de réconfort. Quant à moi, je me sentais terriblement coupable de lui avoir menti une nouvelle fois. Seulement, avais-je vraiment le choix ?
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Love and Justice
RomanceQue seriez-vous prêt à sacrifier par amour ? Votre travail ? Votre ambition ? Votre honneur ? Vos fiançailles ? Votre famille ? Et a-t-on le droit d'aimer n'importe qui ? Jusqu'où Alex Mavri, jeune professeur en droit privé et spécialiste du droit...
