Chapitre 70

48 1 0
                                        

J'ouvre doucement les yeux. Exténuée. J'ai dû m'assoupir quelques instants, épuisée d'avoir tant pleurée. A contre cur, je desserre mon étreinte de Keran et me redresse, meurtris. Ahira le maintient encore en vie. Mais pour combien de temps ? Peut être sent elle qu'il n'est pas encore vraiment partis ? Que son esprit lutte encore quelque part dans ce corps blessé et meurtris. Par ma faute.

Ma culpabilité me ronge. Petit à petit. Qu'adviendra t-il de moi à la fin ?

Je réinstalle le soldat inconscient. C'est bizarre. De ce dire qu'il est mort mais qu'en faite pas tout à fait. Je ne comprends pas exactement ce que compte faire Ahira avec lui. Peut être le saurais-je plus tard ? Il faudra que je lui parle. Oui. Plus tard. Lorsque la douleur sera moins vive.

Je quitte la pièce, vide, pour me diriger vers mon poste, près des remparts. C'est un peu devenu mon endroit, même si on ne peut pas vraiment dire que je m'y suis rendu souvent.

Les bras croisés sur le pierre, je calle mon menton dessus, exténuée. Je ne me suis pas sentis aussi vide et découragée depuis l'attaque du temple. Très franchement, je ne pensais pas ressentir à nouveau une douleur aussi vive. Lorsque je suis partis pour travailler dans le milieu de la navigation, je pensais m'éloigner de tout cela. Refaire ma vie, loin du monde que j'avais connu. Travailler avec des gens, leur dire bonjour, parler, puis s'éloigner, les croiser de temps à autre et partir. Des en revoir qui parfois deviennent des adieux. Mais une vie sans s'arrêter, sans s'attacher à quoique ce soit. Etre libre du point des liens et des attaches. Ressentir, certes, une forme de solitude, mais pas la sensation du manque. Lorsque j'ai rejoins les Ombres de Sa, le concept de sentiments n'existait même plus. Il fallait s'étouffer à l'intérieur de soi-même. Se blinder. Mourir à petit feu. Se replier. Ressentir n'était plus une option. Seule la solitude, et la mort. La peur parfois. La douleur. Cette douleur infernale qui pousse à la folie. Pendant un temps je n'étais pas sûr, mais maintenant je peux l'affirmer avec certitude : je pensais qu'un jour, un "accident" allait mettre fin à cette vie. Un mage noir plus doué que les autres, une "session d'entraînement" plus violente que les autres, une vengeance, n'importe quoi. Il n'était plus question de vivre, mais de survie, uniquement. Quand Keran m'a sortie de là-bas je ne voulais pas l'accepter. C'était devoir faire face à la réalité, le monde du jour. Je ne souhaitais pas m'approcher les autres, ne pas souffrir de leur violence ou ne serait-ce que ressentir à quel point je me sentais seule. Mais Keran m'a forcé à faire face à cela. Je n'avais pas le choix. Il fallait que je m'ouvre à lui, à l'escouade, pour survivre. Apprendre à travailler en équipe face au danger, l'incertitude, le doute. Je n'étais pas à l'aise, pas assez sûr de ce que je faisais. Mais grâce à lui, à nos incessantes disputes, j'ai réappris ce que c'était que de ressentir, partager, s'exprimer franchement devant les autres. On ne peux pas dire que l'on était exceptionnellement proche mais savoir qu'il y avait une personne prête à me faire face et échanger, même violemment, avec moi, au fonds cela me faisait du bien. C'est peut être stupide. Peut être même que je suis folle, mais mes premiers véritables communication depuis mon séjour chez les Ombres de Sa, hormis le sang et la douleur, c'était mes incessantes disputes avec lui. Je sais qu'il avait le dons de me mettre hors de moi, mais au fond il était le seul à véritablement s'opposer à moi. Sans cette peur au fond de ces yeux. Il me prenait pour une femme, une guerrière peut être, mais non un monstre. Je n'étais pas Kha, une Ombre de Sa, mais seulement moi, Neika. Une combattante un peu bizarre. Un danger public, un aimant à problème. Mais il est resté à mes côtés. Il a voulu m'aider. Malgré mon entêtement, malgré ce que je suis. Malgré nos objectifs respectifs.

Et maintenant ?

J'ai dû mal à me faire à l'idée. Un espoir subsiste encore. Pourquoi Baku m'a fait venir dans son "esprit" ? Pourquoi Ahira maintient-elle encore son corps en vie ?Et pourquoi cette sorte de prophétie du dimanche ? Il y a sans doute une raison. Quelque chose. Une partie de moi s'accroche, désespérément à cette espoir. Une autre, majoritaire, me pousse au fond d'une abysse de douleur, d'incertitude et de peur.

Les Murmures Du VentOù les histoires vivent. Découvrez maintenant