Chapitre 7 - #14

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La douleur. Dante avait mal et souffrait. Cette seule certitude le tira de la léthargie dans laquelle il avait été plongé. Il toussa et remua, ses bras se dégageant avec une certaine facilité des morceaux de gravats qui le recouvrait. Il retira rapidement les débris qui gâchaient sa vue et retrouva la lumière du jour atténuée par un épais nuage de poussière. Il ne parvenait pas à se localiser et prit le temps de se remémorer ses dernières pensées. Venait-il vraiment de survivre à la destruction brutal d'un immeuble d'une quinzaine d'étages ? Dire qu'il avait déjà eu peur de tomber lors de match de Qanthum... ce qui venait d'être accompli à l'instant était hautement plus périlleux. Il discerna sans mal le sang qui l'entourait et constata avec amusement qu'il était rouge.

Après tout, il y avait matière à en douter, non ? Il ne s'était pas revu saigner depuis sa métamorphose. Ses capacités s'étaient éloignées de celles des humains, ses émotions et sentiments avec, alors pourquoi pas le sang ? A en croire ce qui se trouvait sous ses yeux pourtant, celui-ci demeurait écarlate. Dante se souvint des conseils inculqués lors de son bref passage à l'armée et prit le temps de tester chacun de ses membres moteurs avant de tenter de se mettre à genou puis de se lever. Cette opération, un peu longue, lui confirma qu'il n'avait rien de brisé. Un soulagement et un étonnement à la fin. Son corps, lacéré en plusieurs endroits, le faisait souffrir mais déjà les ramifications du Venom tentaient de s'infiltrer dans ses chairs endommagées.

Si la peine n'était pas un freint la fatigue en était un. Alors qu'il titubait en cherchant un équilibre au milieu du chaos, il fut frappé de courbatures ainsi que d'une lenteur intense. Tout son être était en train de lâcher prise et c'est avec une difficulté sans précédent qu'il quitta les méandres de ce véritable sarcophage bétonné qu'était devenu l'immeuble pour s'extirper par ce qui avait sans doute été une porte d'accès au hall. Trainant, pesant, il parvint toutefois à passer sous cette dernière et à suivre, sur la gauche, les restes de l'un des murs latéraux. Alors que la poussière finissait de se dissiper, il s'adossa et, refusant de s'asseoir, resta debout. Il leva les yeux vers le ciel cherchant quelconque réconfort dans les reflets grisâtres de celui-ci et dans les fugaces rayons du soleil qui perçait l'épais manteau de nuages.

Son sang ruisselait par les pores non-guéris de sa peau et il s'abandonna en conjecture. Rien de cassé, des blessures mineures et une fatigue au-delà du raisonnable après une chute de quinze étages au milieu de rocailles brûlantes. Les capacités de régénérations du Venom étaient prodigieuses mais de deux choses l'une. Son corps n'était pas encore prêt à comprendre ou à gérer un flux de souffrance aussi intense et à interpréter son état réel. De plus, la guérison offerte par sa seconde peau drainait son endurance à une vitesse exponentielle. Les hellions possédaient donc un "temps limité" d'utilisation à partir du moment où ils étaient blessés au combat. Plus ils subissaient de dégâts et plus ils devenaient vulnérables.

"Je comprends mieux" murmura-t-il à sa propre attention tout en réalisant ses faiblesses. Il paraissait plus compréhensible que le commando qui en avait après eux ait joué la carte de l'usure quitte à tirer des rafales en série en sachant pertinemment qu'elles n'auraient pas d'effets immédiats. Il ferma les yeux. Les flashs s'imposèrent à lui, la logique du combat, celle de leurs assaillants. Il comprenait. Une détonation surprise avait permis de brouiller leurs sens décuplés, l'afflux massif d'informations créant une brèche dans leurs réflexes. Les attaques successives attirant les skryns et forçant le groupe à utiliser ses réserves d'énergie pour se maintenir en vie. Enfin, leur fuite et les roquettes dans la structure. Ils avaient tout prévu dans les moindres détails y compris l'arrivée des skryns.

La vision du meurtre de Mave et de la supposée exécution de Daemon par un skryn s'imposèrent à lui ce qui ne manqua pas de le faire gronder. S'il ne faisait aucun doute sur le décès de la première, bien qu'il ne comprenne pas encore bien comme cela avait pu arriver, qu'en était-il du second ? Il n'avait, concrètement, pas refait surface et les blessures infligées par le skryn laissait peu d'espoir à ce qu'on le retrouve en vie. Mais compte-tenu de ce qu'il venait de vivre, on pouvait raisonnablement penser que lui et Sélène avait survécu. Sélène ! Il n'y pensait que maintenant. Mettant en perspective sa propre survie après l'explosion, il partait du principe qu'elle était encore de ce monde.

Dante s'étonna de ne voir aucun skryn dans les parages alors qu'un tel vacarme aurait dû en attirer des dizaines. Leur absence, bien qu'intrigante, était loin de le déranger. Sans armes et même plus capable de courir, il n'aurait pas grand défi à leur offrir. Ses pensées s'interrompirent lorsqu'il entendit un certain vacarme derrière lui, dans le cadavre de l'immeuble. On soulevait des pierres, on en brisait certaines. Que se passe-t-il ? Convaincu qu'il ne s'agissait pas de skryns il se traina jusque dans l'encadrement de la porte, ou de ce qu'il en restait, pour se poser sur le bord de celle-ci. Au milieu des ruines apparut un colosse qu'il ne connaissait que trop bien. Baalh, torse nu et manteau attaché autour de la taille comme une cape, était en train de fouiller les lieux.

- Mais quel genre de sombre taré se promène dans un tel accoutrement, toutes cicatrices dehors, dans un endroit pareil ..? Demanda le jeune homme, soulagé de voir le Spectre qu'il avait craint par le passé.

- Ah ! Tu peux parler. Qu'est-ce qui t'a pris de dégringoler d'aussi haut toi ? Railla l'autre en marchant, ou plutôt en écrasant, les quelques gravats qui les séparait.

La large main du colosse se posa sur l'épaule gauche de l'adolescent dont les yeux mi-clos en disaient long sur son état. Dante se reposa d'une partie de son poing sur cette main bienveillante. Jamais, ô grand jamais, il n'aurait cru que la présence de ce géant serait en mesure de l'apaiser.

- On a été attaqué... des humains, c'était des humains. Un commando je crois, je n'en sais rien... c'est assez flou. Expliqua comme il le put le jeune homme, dodelinant la tête, son corps lâchait prise.

- J'sais, j'sais t'en fais pas petit. On est sur le coup, repose-toi, tu t'en aies bien tiré.

- Sélène, l'interrompit alors le blond, où est-elle ? Elle était avec moi... elle... elle est peut-être dans les décombres...

- On est aussi sur ce coup-là, tranquillise-toi.

- Les gars qui nous ont attaqué... ils connaissaient nos faiblesses... ils avaient tout préparé... Mave est morte, Daemon aussi sans doute. Je ne sais plus...

- Gamin. Je te dis que ça va, arrête-toi là. Allez. Conclut le colosse, posant sa main dans le dos de l'adolescent qu'il fit basculer en avant.

Dante, dont le corps avait atteint ses dernières limites, se sentit basculer. Encore conscient, ou du moins presque, il comprit que Baalh était en train de le soulever. Il eut l'impression de s'élever depuis une terre viciée et cette sensation salvatrice entraîna ce qui lui restait de pensées. Dans le lointain, pourtant, il perçut un hurlement déchirant. Un grondement mêlant à la fois la brutalité des skryns et quelques fragrances toutes particulières que l'on aurait presque pu attribuer à un être humain. Ce hurlement de rage était assez éloigné et ne ressemblait à rien que Dante ait jamais pu entendre jusqu'ici.

Son cerveau, pourtant, fut bien incapable d'émettre la moindre hypothèse. Avant que ses yeux ne se ferment, cependant, il put voir Baalh s'élancer dans la direction inverse de cet aboiement sordide. Avait-il rêvé ou... le colosse venait-il de prononcer le mot "danger" ?

Hellions : partie 2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant