Chapitre 7 - #17

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Les concernés ne mirent qu'une brève minute, au gré de la machinerie, pour s'élever à leur destination. Destinés à n'être rien de plus que des lieux de stockages, les entrepôts offraient assez peu de conforts. Ainsi, le monte-charge les arrêta dans une vaste pièce pratiquement vide d'où l'on avait sans aucun doute retiré les stocks en toute hâte. Ce détail ne manqua pas de faire tiquer Amélia.

L'attaque surprise des skryns n'avait pas été anticipé selon toutes vraisemblances, l'armée avait-elle priorisé l'extraction des ressources des entrepôts plutôt que la vie des humains sur place ? Ou certains avaient-ils eu des informations en amont de la catastrophe ? Les pensées de la jeune femme s'entremêlèrent rapidement puis elle parvint à faire le tri. Les idées d'Esath s'étaient déjà implantées en elle et une partie de son être se résolvait lentement à la possibilité qu'un complot d'une vaste ampleur gangrène l'Empire de l'intérieur.

Traversant la vaste étendue poussiéreuse le groupe, toujours mené par Ith dont les bottes frappaient le sol d'un pas décidé, se rendirent à l'autre extrémité de l'entrepôt où deux grandes portes closes laissaient penser qu'une pièce un brin aménagé avait été laissé prise pour quartier général par les Spectres. Le capitaine des Fantômes posa ses mains avec fracas sur les battants et les poussa, pénétrant sans la moindre douceur dans ce qui ressemblait à un poste d'observation. La salle était sommaire, exiguë. A gauche, une nouvelle porte donnait sans doute sur la pièce où se trouvait les rescapés. Assis contre le mur, le gigantesque Baalh leva son regard pour observer Ith avec dédain. Face à eux, près d'un large trou dans le mur, Ren fixait la cité avec appréhension. Ses cheveux rouges voletant au gré de quelques fugaces brises.

Le vacarme tonitruant provoqué par l'arrivée de la troupe ne manqua cependant pas d'attirer l'attention du lieutenant qui, d'un air las, constata l'air froid qui maculait le visage du capitaine. Il quitta le rebord de la béance d'un léger glissement et vint à la rencontre d'Ith. Contrairement à son habitude, Ren n'arborait pas ses expressions faciales décontractée voir blasée, il avait visage plus sérieux. La présence d'Ith, bien que loin de l'impressionnée, possédait suffisamment d'importance pour que son sérieux se manifeste. Il se planta devant lui et croisa les bras. Les iris couleur raisins fixèrent les yeux gris avec méfiance mais respect.

- Je crois que nous devons parler, Ren.

- C'est bien mon intention. Mais avant cela, il lorgna vers Amélia et Seth, je pense que nous devrions leur permettre de voir leurs camarades rescapés.

Le sous-texte était à peine voilé, ils allaient encore se concerter entre eux en les écartant. Dans la situation actuelle, cependant, la vie de Sélène et Dante importait plus à Amélia que leurs petites discussions. Elle se contenta de hocher la tête. D'un geste adressé par le roux, Baalh posa la main sur la porte près de lui et l'entrouvrit. Les deux initiés se déplacèrent sobrement vers la pièce et y pénétrèrent. Exiguë et sans fenêtre, éclairée par un unique néon défaillant fixé au plafond, l'espace était lugubre. Deux lit de fortune y avaient été improvisé à l'aide de vieux matelas récupérés on ne sait où placé sur des plaques de métal disposées de sorte à ce que l'ensemble ressemble à une sorte de sommiers. Seth ferma doucement la porte, les coupant définitivement des autres. Les murs épais garantiraient des discussions sereines aux deux parties.

Sur le premier lit se trouvait Dante. Allongé sur le dos, ils devinèrent que son état n'était pas des plus brillant à en voir les blessures encore visibles qui l'affligeaient ainsi que la désastreuse répartition du venom sur sa peau laissant entrevoir sa chair par larges bandes. Les yeux clos, il semblait inconscient. C'est vers lui que partit Seth, naturellement.

Dans le second lit, plus préoccupant, se trouvait Sélène. La jeune femme était en boule, la tête enfoncée entre ses jambes et ses bras repliés autour de celle-ci. Elle ne bougeait pas, n'avait même pas fait un mouvement. Elle avait dû les entendre, sentir leur odeur. Pourquoi refusait-elle de les saluer ? C'est en direction de cette dernière qu'Amélia se rendit, pressentant que son traumatisme pourrait s'avérer pire que celui du blond au long terme. Elle s'agenouilla tout près de celle-ci et posa sa main sur son épaule, elle constata avec effroi que Sélène était gelée. Lui était-il arrivé malheur ? Ou était-ce... la peur ? L'effroi le plus total qui la consumait qui provoquait cette réaction physique inattendu ?

- Sélène... ? Entama-t-elle d'une voix douce. Sélène, tu m'entends ? C'est moi... Amélia. Je suis là maintenant, tout va bien. Aucune réaction.

- Tu ne crains rien... nous avons appris que vous aviez eu des problèmes ? Que s'était-il passée ? Tu sais que tu peux me parler, tu es en sécurité avec nous.

Toujours aucune réaction. Amélia laissa passer un temps et commença à la frotter de sa paume pour amorcer un mouvement de réconfort.

- Je suis là, Sélène. Je suis là, nous sommes là. Quand nous sommes ensembles tu sais bien que rien sur Terre ne peut nous faire reculer.

Ces derniers mots la touchèrent, sans doute, car elle aperçut ses doigts bouger que sa tête se relevait. Amélia put enfin apercevoir l'un de ses yeux et fut choquée de n'y trouver ni colère, ni tristesse. Au fond du regard guerrier de Sélène qu'elle avait toujours admiré pour sa force de caractère ne se trouvait aucun sentiment, aucune émotion. Mais que lui était-il arrivée pour en être à ce point réduite au mutisme ? La brune tenta de formuler une phrase, sa bouche s'entrouvrit à de multiples reprises mais aucun son ne sortit. Ses mots, bloqués au fond de sa gorge, ne parvenait pas à atteindre la surface. Comprenant sa détresse, Amélia grimpa sur le lit et la serra contre elle, une main contre sa nuque et l'autre dans sa chevelure.

Cette action, désintéressée, la toucha profondément. Cette démonstration d'affection fragmentant le voile qui s'était peu à peu créé autour d'elle. Avec une lenteur cadavérique, elle se décrispa peu à peu et fit l'effort de prendre à son tour la blonde dans ses bras. Enfin, vinrent les sanglots. Éclatant dans une longue litanie de pleurs, Sélène fut tout simplement incapable de parler. Submergée par un flot d'émotions que nul n'aurait pu comprendre elle accepta de s'abandonner dans les bras de son amie. Amélia, de son côté, la laissa faire sans chercher à entamer davantage le dialogue.

Alors que l'objet de son admiration se décomposait littéralement sous ses yeux, Amélia ne cessait de songer à la faveur des rêveries d'Esath. "Quelqu'un" avait récupéré Sélène. Était-elle dans cet état quand il l'avait trouvé ? Était-ce le responsable de son mal ? S'il était mêlé de près ou de loin à cette déchéance de sa camarade, elle ferait en sorte de le trouver et de lui faire passer le goût de traumatiser gratuitement l'une des membres de sa nouvelle famille. Elle ferait valoir son avis quitte à devoir jouer des armes, et cette promesse se fixa dans son cœur à mesure que les larmes continuaient de couler sur les joues de Sélène.

Seth, de son côté, vint s'asseoir sur le lit tout près de son frère d'arme ce qui eut pour effet de lui faire ouvrir un oeil. Il ne manqua pas de s'amuser.

- Je t'ai réveillé ? Dit-il, solennel, cherchant à se faire discret au vu de la scène qui se jouait à côté.

- Si l'on veut, oui. Je suis heureux de vous voir j'avais peur qu'il vous soit arrivé la même chose qu'à nous. Répondit Dante d'une voix fatiguée.

- Avant que je ne te demande de me raconter... plus important. Comment tu te sens ?

- Fatigué, mes blessures sont superficielles mais j'ai découvert la limite de l'endurance que possède les hellions. Il y a beaucoup de choses dont je dois vous parler... Il tourna la tête de côté pour regarder Amélia et Sélène. Elle avait besoin de vous, merci d'être revenus.

- Que s'est-il passé ? L'interrogea Amélia peu après, aidant Sélène à se coucher. Celle-ci, hochant la tête, se contenta de se tourner de côté face au mur dans un mouvement de repli.

- Je vais vous dire ce que je sais... et ce que Baalh m'a dit.

Ainsi débuta alors le récit de Dante. La dispersion, l'immeuble, l'attaque. Ses mots crus et sincères arrachèrent des grognements aux deux concernés. Amélia écouta ce récit avec désespérance, les choses avaient-elles vraiment dérapée à ce point ? Qu'était-il vraiment arrivée à Sélène en fin de compte ?

Hellions : partie 2Où les histoires vivent. Découvrez maintenant