Le 5 Février, 15 heures 25
JULIETTE
Me concentrer sur les cours est la dernière chose que je veux et peux faire pour le moment. L'intégralité de mon cerveau est orientée vers Antoine. En temps normal, il l'est presque tout le temps, mais depuis que j'ai reçu un message d'Hector pour m'alerter du réveil tant attendu de son frère, je suis impatiente que le cours se termine le plus rapidement possible pour prendre le premier bus ou train pour me rendre à l'hôpital.
Selon les nombreux messages que j'ai lu, Antoine a subi tout un tas de tests pour savoir s'il a perdu ou non des capacités cognitives ou physiques et pour son plus grand bonheur, tout semble être parfait. Il est ralenti mais après près de deux semaines dans le coma, c'est tout à fait normal comme les douleurs pulmonaires qu'il peut ressentir suite à l'intubation qu'il a été contraint de subir pour être maintenu en vie.
De ce que j'ai compris, les garçons et Vivi sont déjà allés le voir et ont profité de leur ami, ce qui est plus que compréhensible.
À la fin du TD, je cours le plus vite possible jusqu'à la gare routière et recherche sur la programmation le premier train qui mène à Nantes. Je dois attendre une bonne demie-heure mais je profite de ce temps pour acheter un ticket et de quoi manger. Ayant sauté mon repas du midi, et par la même occasion, mon petit-déjeuner, je suis affamée, ce que je n'étais pas avant d'avoir la bonne nouvelle.
*****
Arrivée à l'hôpital, je sens mon coeur battre toutes les parties de mon corps et à force de courir à ce point, j'ai le goût du fer qui se répand dans ma bouche. On me demande de ralentir dans les couloirs et obéissant, je cherche la chambre 310. Y étant allée une bonne dizaine de fois, je la trouve très facilement et m'arrête devant la porte entrouverte d'où s'échappent des voix que je reconnais parfaitement : ce sont les amis d'Antoine, et ce dernier.
- Ils t'ont donné une date de sortie ?
- Pas encore.
- T'auras peut-être des soins à faire, suppose Thomas. En tout cas ça fait plaisir de te voir réveiller.
Fébrile, je pousse la porte qui couine à son ouverture. Tous les regards se tournent vers moi et je me sens mal à l'aise de ces pairs d'yeux braqués sur ma personne. Je tente de les ignorer, malgré qu'ils me brûlent la peau, et me concentre uniquement sur Antoine, dans son lit d'hôpital. Il a enfilé un de ses tee-shirts mais reste sous le drap blanc.
J'ai envie de courir et de lui sauter dans les bras. J'ai envie de lui dire à quel point il m'a manqué et combien il m'a fait peur. Mais même si j'ai l'habitude de ses amis, en ce moment-même, ils me mettent mal à l'aise.
Peut-être que je suis très expressive ou peut-être qu'ils le devinent tous seuls, mais ils finissent par quitter la chambre après avoir saluer Antoine. Anthony est le dernier à partir et est celui qui referme la porte derrière moi.
Chacun dans un coin de la pièce, Antoine et moi nous fixons. Ma bouche devient plus sèche et mon cœur pompe douloureusement. J'avance de quelques pas, tente de faire abstraction sur la sensation vertigineuse qui me prend et arrive jusqu'au lit, sous le regard indéchiffrable d'Antoine.
Il pose ses mains encore vides de bijoux sur le matelas et se hisse pour se réhausser quand je m'assois au bord du lit.
J'ai tellement de choses à lui dire, mais ma bouche ne coopère pas.
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À la poursuite du bonheur
RomanceP1/2 : Une semaine de vacances à Cannes va bouleverser le quotidien de Juliette, jeune étudiante en arts de 23 ans. Marquée par les coups de ses parents durant sa jeunesse, elle a toujours souhaité être sauvée par une main tendue. Mais jamais elle n...