Chapitre 11 / Flashback

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JUIN 2021
TOULOUSE


Je dois avoir les yeux extrêmement rouges à l'heure actuelle. Ils me brulent, me démangent et ne demandent qu'une seule chose : que je les gratte. Mais je sais que si j'ose les frotter ne serait-ce qu'une demi-seconde, je serai sujet à des démangeaisons encore plus désagréables.

Alors je m'abstiens. Mais ça fait mal, quand-même.

— Je suis vraiment, vraiment désolé, répète pour la cinquantième fois Leonard.

Je me suis installé sur les marches du bus dans lequel nous n'allons pas tarder à monter pour repartir direction le sud est. Sasha tient mon menton entre ses doigts pour me maintenir la tête en arrière pendant qu'il fait couler des gouttes de sérum physiologique dans mes yeux. Mais le réflexe naturel de fermer les yeux, appréhendant une douleur, lui rend la tâche plus complexe.

— T'es vraiment con, crache Sasha à l'égard de notre ami. Même si ce n'est pas écris dessus, tu sais que tu ne dois pas foutre ça dans les yeux ! On dirait un gosse immature ! Même ton petit cousin de 4 ans ne l'aurait pas fait !

Il parait plus énervé que moi alors qu'il n'est pas celui qui souffre. Je serre la mâchoire quand la première goutte tombe dans mon oeil. Je tente de reculer, mais Maxence qui est derrière moi, m'empêche de le faire. Je suis, en quelque sort, pris au piège.

— Merci pour le compliment, connard !

— Non mais Leonard t'es un peu con là. Quelle idée de foutre des paillettes dans les yeux de Max ?

Charla, dépassée par les évènements, donne une claque à l'arrière du crâne de Leo qui révulse ses yeux.

— Il n'avait qu'à pas ouvrir les yeux quand j'ai visé avec le pistolet !

— T'abuses, intervient Maxence.

Sa voix me donne des frissons dans le dos. J'ignore les bourdonnements dans mes oreilles quand je sens son souffle sur ma nuque.

— C'est pas grave, je soupire. Ça va passer.

— Si t'arrêtes de bouger, oui.

— Au moins t'auras des paillettes dans les yeux et tu verras la vie avec des couleurs.

— Leo ? je dis.

— Ouais ?

— Ta gueule.

Les trois autres éclatent de rire à la fin de ma phrase.

Sasha vide la troisième pipette de sérum phy' sans que ce soit très efficace. J'ignore combien il faudra en utiliser mais en attendant, c'est plus que désagréable. Ses doigts me pressent le menton et me tord la nuque à tel point que je vois le front de Maxence derrière moi.

— Si ça ne part pas, faudra peut-être que t'ailles aux urgences, non ? dit Charla.

— Mais non, avec du sérum et le démaquillant qu'on a mis tout à l'heure, ça devrait partir, je réponds.

— Si tu finis aveugle, tu auras le mérite d'avoir vu ma belle gueule avant.

— Toujours mal ?

Evan nous surprend tous. Il vient de débarquer avec ma mère. Sasha me lâche et je me frotte les yeux : mauvaise idée mais je suis sûre que ce sera temporaire. Ma mère, habillée d'une de ses fameuses robes cintrées qui mettent en avant sa fin taille. Coiffée, maquillée avec soin, elle ne fait pas ses cinquante ans.

À la poursuite du bonheurOù les histoires vivent. Découvrez maintenant