NOVEMBRE 2021
On se regarde dans le blanc des yeux. Aucun de nous ne trouve de mot à dire. Je pourrais m'y perdre volontairement. Dans ses prunelles. Faire exprès de ne pas trouver le chemin de retour, tourner en rond encore et encore jusqu'à oublier si je dois prendre à gauche ou à droite.
Je pourrais m'habituer à être l'unique personne qu'il a dans son champs de vision. Je veux me faire à l'impression d'être son centre d'interêt principal, la personne à qui il pense en premier le matin, et la dernière à laquelle il pense avant de s'endormir.
Je suis prêt à lui donner l'entièreté de l'oxygène stocké dans mes deux poumons pour l'aider à respirer en cas de pénurie d'air.
Si je devais perdre la vue, je veux qu'il soit la dernière personne que je vois.
Je veux garder en mémoire le contour de son corps, l'exacte couleur de ses yeux et l'éclat qu'on y trouve quand il s'apprête à croquer dans un cookie fourré au chocolat au lait. Je veux me souvenir des formes de ses taches de rousseurs, toutes différentes les unes des autres. Je veux pouvoir désigner laquelle d'entre elles est ma préférée.
Je souhaite me souvenir que ses joues virent légèrement au rouge quand on est dans un espace peuplé et comment ses lèvres se retroussent quand il tente de contenir un sourire dans une situation maladroite.Si je devais perdre l'ouïe, je veux, avant ça, l'entendre me raconter les moindres détails de sa vie passée avant moi, tous les détails de sa vie future, celle qui prévoit de vivre que ce soit avec ou sans moi. Je prie pour que ce soit avec moi. Je veux qu'il m'explique encore et encore la raison de sa passion pour les étoiles, qu'il se fatigue à me conter des anecdotes avec ses amis, comme celles qui se sont passées durant sa tendre enfance. Je ne suis pas prêt à ne plus entendre le timbre de sa voix, les gémissements qu'il pousse quand je l'embrasse, quand je le touche, quand je l'effleure.
Je ne suis pas prêt à être confronté au silence le matin alors qu'il a sa voix grave encore endormie.Et son rire.
Un rire qui donne un avant goût du Paradis alors que je suis encore sur Terre et qu'avec toutes mes actions, je mérite les flammes foudroyantes. Un rire qui fait redresser mes poils de bras tant il est beau et doux, complètement différent des autres rires que je peux entendre tous les jours.
Si je devais perdre le goût, je veux pouvoir goûter encore et encore la saveur de sa peau avant de l'oublier éternellement. Je ne suis pas prêt à laisser filer la sensation que c'est de passer ma langue dans le creux de son cou et de sentir le mélange de son parfum et d'un peu de sueur se déposer sur ma langue. Je ne veux pas oublier la saveur des différents plats qu'il cuisine, même ceux qui sortent du four complètement brûlés.
Si je devais perdre le toucher, je veux avant tout caresser chaque parcelle de son corps, sentir sa peau frémir quand je suis sur la piste pour le rendre réellement heureux. Je veux encore sentir ses poils se hisser sur eux même quand mon pied remonte le long de sa jambe, dans le seul et unique but de l'emmerder.
Je veux garder sa fraîcheur, son grain de peau et les différentes marques qui la marquent, la sensation de la paume de ma main sur sa gorge quand sa pomme d'Adam monte et descend. Je veux sentir encore quelques instants ses côtes quand j'effleure ses flancs, la douceur de ses cheveux ondulés.Son odeur. Je m'interdis de l'oublier. Celle du matin, alors qu'il se réveille tout juste. Celle d'après la douche, une fois que son gel douche l'enveloppe et qu'il s'est parfumé. Celle du soir, après une journée plus ou moins chargée. Même celle qui pique le nez après une séance de sport.
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À la poursuite du bonheur
RomanceP1/2 : Une semaine de vacances à Cannes va bouleverser le quotidien de Juliette, jeune étudiante en arts de 23 ans. Marquée par les coups de ses parents durant sa jeunesse, elle a toujours souhaité être sauvée par une main tendue. Mais jamais elle n...