Chapitre 83 (Partie 2)

292 20 3
                                        

Le lendemain, Gaëlle se rendit chez Dante Gabriel Rossetti et sa compagne, Elizabeth Siddal. Elle espérait y trouver là aussi une nouvelle source d'inspirations et d'encouragements.

Plus confiante que la veille, elle arriva pile à l'heure convenue devant leur maison bien loin des quartiers chics de Londres.
Un instant, Gaëlle resta interdite devant la ruelle miteuse. Elle vérifia à nouveau s'il s'agissait bien de l'adresse qu'elle avait consciencieusement notée dans son carnet.

Pas de doute.

On était loin de la rue proprette ou vivait Millais. Le sol était boueux et il n'y avait pas d'éclairage public. De nuit l'endroit était certainement un coupe gorge, et la femme adossée à cette porte avait tout de la fille perdue, la fleur de pavé dont le destin tragique noircissait les pages des journaux à sensations et qui servait d'exemple de ce qui vous arrivait si par malheur vous montriez une cheville lors d'une fête de campagne. Il s'agissait toujours de la première étape d'une pente savonneuse qui menait les jeunes filles indociles à la déchéance. Enfin d'après les pères la morale jamais avares de jugements dès qu'il s'agissait des femmes qui avaient l'outrecuidance de respirer en leur présence. Combien de sermons avait-elle dû subir de la part de quasi inconnus qui la vouait aux pires tourments seulement à cause de sa couleur de cheveux par exemple ? Elle, une orpheline, aucun doute sur le destin qui l'attendait. Eux, auraient fait leur devoir de chrétiens en la mettant en garde contre elle-même.

Elle ne put retenir un frisson quand elle revint au présent. Était-ce de l'appréhension ? Elle ne pensait pas. De l'excitation ? Peut-être, il y avait quelque chose de furieusement romantique dans l'idée que des artistes étaient prêts à tout sacrifier, même le plus élémentaire confort, pour leur art, quitte à vivre dans un endroit aussi sordide.
Évidemment, c'était facile de le penser pour elle qui était gracieusement hébergée par Aidan dans l'un des quartiers les plus cossus de la capitale britannique, au chaud et bien nourrie, vêtue de soie et de lainage fin. Le prix des chaussures qu'elle allait certainement devoir jeter après son passage sur ce semblant de trottoir plein d'immondices aurait certainement suffit à nourrir une famille un mois durant. Tout à coup elle prenait en plein visage la réalité de la vie d'artiste. C'était bien plus parlant que sa discussion de la veille avec Everett Millais sur sa dureté et à quel point il pouvait être difficile d'en vivre. Si quelqu'un d'aussi talentueux et original que Dante Rossetti, se retrouvait obligé de demeurer là... quel pourrait être son sort ?

Suardika était horrifiée, totalement hermétique à l'esthétique tragique de cette triste ruelle. Même leurs deux gardes du corps attitrés, regardèrent avec inquiétude la venelle miteuse. Que dirait Mr Brogan s'il arrivait malheur à Mademoiselle ? Gaëlle les rassura tous du mieux qu'elle put et les deux hommes s'installèrent de part et d'autre de la porte de l'immeuble en briques rouges lépreuse. En face d'eux, la prostituée leur lança une remarque égrillarde qui fit rougir les jeunes hommes jusqu'à la racine des cheveux.

La femme de chambre suivit Miss Shaw au premier étage en grommelant au sujet des gens sans manière et frappa à la porte de l'appartement. Quand on leur ouvrit Suardika poussa un soupir de soulagement comme si elle s'était attendue à voir l'antichambre des Enfers.

 Quand on leur ouvrit Suardika poussa un soupir de soulagement comme si elle s'était attendue à voir l'antichambre des Enfers

Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
Vous avez atteint le dernier des chapitres publiés.

⏰ Dernière mise à jour : Mar 14, 2025 ⏰

Ajoute l'histoire à ta Bibliothèque et tu seras prévenu des nouveaux chapitres !

Quand les loups se mangent entre euxDes histoires addictives. Découvrez maintenant