Chapitre 82 (Partie 4)

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Arriva l'entracte. Le rideau tomba sur la scène, les becs de gaz furent rallumés et la luminosité soudaine blessa les yeux de Cassandre qui fut surprise par ce retour soudain à la réalité. Elle se tourna vers Joshua qui était visiblement dans un état assez similaire au sien bien que plus intense. On lisait sur son visage le plaisir qu'il avait ressenti et la frustration de voir ainsi le spectacle interrompu. Il était à deux doigts de trépigner. Quand il en prit conscience, il offrit à son épouse un sourire un rien penaud. Elle le trouva adorable et après avoir été prise d'un gloussement irrépressible, elle déposa dans un élan spontané, un baiser sur sa joue. Ce geste provoqua quelques murmures dans la salle. Une telle démonstration de tendresse en public semblait totalement incongrue à la plupart, terriblement romantique pour certains, populaire, voire vulgaire pour les plus pincés. Mais on pardonnait à une jeune mariée dont il s'agissait de la première sortie, certains trouvaient qu'il y avait de toute façon une amélioration notable si tant est qu'on la compare avec la précédente compagne de lord Blake évidemment.

Tous les occupants de la loge se levèrent et se mirent à discuter joyeusement. Tante Honorine et Aidan (peut-être était-ce un trait de famille), se plaignirent d'avoir été si longtemps immobiles et se réjouirent de pouvoir enfin se dégourdir les jambes.

— Tu es un béotien Aidan ! Le gourmanda Gaëlle qui se garda bien d'inclure la vieille dame dans ses récriminations. C'est... très intéressant. Visiblement la passion de la jeune femme pour les arts ne s'étendait guère jusqu'à la musique.

— Vous n'avez donc pas apprécié miss Shaw, l'interrogea lord Blake.

— Si, enfin, c'est assez particulier. J'aime beaucoup la mise en scène et les costumes. Certains airs son très beau, mais ne pourraient-ils pas seulement dire : Je suis malheureux, au lieu de chanter tout un aria sur le sujet ?

— Et c'est moi le béotien ? S'exclama Brogan Je me suis juste plaint du rembourrage des chaises. Je n'ai pas remis en cause la nature même de l'art opératique. Surtout pas devant Blake, ajouta-t-il dans une tentative risible d'in petto.

L'aristocrate après un regard peu amène à son ami rassura Gaëlle. Il n'était pas choqué par sa question.

— Ne cherchez pas à comprendre. Essayez juste de vous laisser porter par la musique et les voix, et si ça ne marche pas sur vous... tant pis. Vous pensez vraiment que tous ceux présents dans cette salle sont des mélomanes ? Si le spectacle sur la scène ne vous plait guère, tournez-vous vers l'auditoire, il y a souvent plus de drames qui se jouent dans la salle que sur les planches... et moins d'arias, ajouta-t-il en riant.

Alors que tous se rendaient dans le grand salon pour prendre un rafraichissement, Cassandre suspendu à son bras demanda à Joshua pourquoi ils avaient attendu si longtemps pour venir. Il avait l'air si enthousiaste lors de la représentation.

— Nous étions occupés par des activités autrement plus... enthousiasmantes.

Elle lui administra un coup d'éventail bien senti.

— Alors tu peux te comporter de manière scandaleuse en m'embrassant en public et tu me reproches une petite remarque de rien du tout ! Deux poids, deux mesures jeune fille.

Il se mit à rire de la voir froncer les sourcils. Puis il reprit le cours de la conversation.

— J'aime particulièrement la musique de Mr Verdi et on jouait seulement Mathilda di Shabran de Rossini depuis notre arrivée à Londres. Rien de comparable. Mais es-tu heureuse de ta soirée ?

— Beaucoup.

— Tu ne trouves pas cela, seulement ... très intéressant.

— Pas du tout. Je n'ai jamais rien vu de tel, mais j'aime surtout te voir si heureux.

Quand les loups se mangent entre euxDes histoires addictives. Découvrez maintenant