Chapitre 126

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Bien installée sur le petit canapé au côté de Perle suspendue à ses lèvres et sous l'oeil attentif de Dominic qui n'en perdait pas une miette à travers les caméras, Natacha poursuivit donc son histoire et lui raconta ce qu'elle avait endurée avec Lui. Les jours interminables à supporter son sadisme, cette manière cruelle qu'il avait eu de tester ses limites, de la pousser dans ses retranchements les plus profonds. Il n'avait eu de cesse de la reprendre sur tous ses mouvements qui n'étaient jamais assez bien. Il n'avait jamais été violent au sens brut du terme non... cela avait été plus subtil, bien pire, il maniait les mots comme des lames, les silences comme des chaines. Chaque regard, chaque ordre qu'il avait lancé étaient empreint d'une autorité glaciale. Il avait été juste, jamais un mot de trop, jamais une punition sans raison et dieu sait qu'elle aurait aimée une petite punition avec des marques bien réelles sur son corps. La masochiste qu'elle était en avait souffert.

Il n'avait jamais crié et pourtant elle se souvenait comme sa voix l'avait fait trembler, n'avait jamais levé la main. Elle avait attendu le fouet, la douleur où elle aurait pu se noyer pour oublier mais rien. Son Maître l'avait prévenu, pas de fouet, elle se délectait du contact de la lanière sur sa peau, elle en avait peur mais la douleur était chez elle comme une drogue et le manque allait la punir encore plus. Natacha au premier abord pouvait sembler timide, son côté masochiste allait loin.

Elle se souvenait de cette semaine entière où elle avait avancé sur le fil d'une rigueur insupportable, ne sachant jamais si elle avait mérité un soupir de satisfaction ou un regard de désapprobation. C'était plus simple avec son Maître, elle le connaissait, savait interpréter ses gestes, ses expressions mais avec Lui c'était différent, chaque erreur devenait une épreuve.

Elle n'avait plus eue le droit d'exister en tant que femme. Chaque matin, elle s'était réveillée avec cette boule au ventre, ce mélange d'angoisse et de soumission résignée. Chaque matin elle avait souhaité que ce soit le dernier, avait prié son Maître de venir la chercher et la ramener. Elle avait pensé à Lui tout le long de sa punition, s'était posée la question de savoir s'il pensait encore à elle, mais les journées passaient et son Maître n'était jamais apparu.

Ce Maître de substitut, car pour elle il n'était rien d'autre qu'un instrument que le sien utilisait pour la punir, contrôlait tout, les heures, les mots, les gestes, sa façon de se tenir, ses regards, ses besoins, sa nourriture, jusqu'à sa respiration qu'elle s'autorisait à avoir en sa présence. Mais le pire était à venir. Elle allait s'apercevoir qu'il contrôlait aussi ses peurs.

Elle se souvenait de ses yeux, deux éclats d'acier, impassibles, qui scrutaient le moindre de ses faits sans jamais trahir une émotion quelconque. Il avait une chienne à dresser, pas devenir son ami, son confident. Il n'y avait jamais eu de colère, de tendresse, juste cette maitrise absolue sur elle, son corps, son esprit. Il la façonnait lentement sans violence mais avec une précision redoutable. Elle allait obéir au doigt et à l'oeil, à son Maître après de rajouter les câlins, la douceur. Le Scarifieur ne faisait pas dans cette catégorie là.

Perle écoutait sans mots dire, ses mains nouées autour de la tasse que Natacha lui avait resservi, Elle reconnaissait bien Dominic dans tout ce qu'elle entendait. Son regard était fixé sur le visage de la jeune femme où elle voyait toutes les émotions passer.

"Comment as tu fait pour tenir, pour ne pas craquer ? "

"J'ai craqué, plus d'une fois, je l'ai insulté, tu te rends compte, moi j'ai insulté cet homme, j'ai crié, hurlé, j'aurais préféré mille fois qu'il me fouette mais tiens, il savait que cela serait mon plaisir, pas fou le bougre".

Natacha ne se serait jamais permit de parler de son patron ainsi si elle avait su qu'il l'écoutait mais Dominic pouvait comprendre que l'être humain avait parfois le besoin de faire sortir ce qu'il gardait à l'intérieur mais c'était bien la première fois qu'il entendait une de ses employées parler de Lui de cette façon. Il fronça les sourcils, sa jeune soumise exerçait elle sans le vouloir une sorte de magnétisme discret, subtil. Il l'observa plus attentivement, voilà pourquoi il avait voulu les caméras, pour la voir dans un contexte différent de celui qu'il lui imposait depuis toutes ces semaines. Ce n'était pas dans son apparence, c'était dans sa façon d'écouter, avec cette attention sincère qui donnait à chaque mot que son interlocutrice prononçait une toute autre valeur, quand elle lui répondait on voyait une certaine douceur dans ses paroles et son regard dégageait un mélange de curiosité et de mélancolie comme si elle regardait plus loin que l'instant présent. S'en rendait elle compte.

Le ScarifieurOù les histoires vivent. Découvrez maintenant