Chapitre 134

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Dominic se posait la question de savoir comment il allait faire pour remettre cette petite frappe de Franck dans la nature sans que celui ci ne divulgue ce qu'il avait découvert sur lui. Il n'était pas prêt à voir sa vie exploser. Tout ce qu'il avait bâti, chaque relation, chaque réussite, chaque détail de cette existence soigneusement construite, reposait sur un équilibre bien solide. Ce n'était pas cet individu qui allait lui porter préjudice. Il avait travaillé des années pour se faire un nom, atteindre la réputation qu'il s'était bâti. Il avait avancé seul, fièrement depuis ses dix sept ans, un âge où d'autres se cherchaient encore, bercés par l'illusion d'un monde prêt à leur tendre la main. Lui avait déjà compris une chose essentielle, s'il voulait avoir un vrai pouvoir sur sa vie, il devait en être le seul maître. Il ne voulait dépendre de personne, ne devoir de comptes à personne. Contrôler. Commander. Ordonner. Voilà ce qu'il voulait.

Mais ce genre de contrôle ne s'obtenait pas gratuitement.

Il savait que pour façonner son propre destin, il lui faudrait un levier. Et dans ce monde, le levier suprême, c'était l'argent. Non pas pour le luxe ou la gloire, du moins, pas au départ, mais pour la liberté. La vraie. Celle de dire non. Celle de ne plus jamais plier. Celle de choisir ses batailles, ses amis, ses règles.

Alors il avait tout refusé, ainsi que l'aide de ses parents. Ils lui avaient tendu la main, mais Il avait prononcé un non catégorique et ils avaient très bien compris connaissant le caractère de leur fils. Il voulait avancer. Et il allait le faire seul.

Il avait travaillé dur. Très dur. D'abord dans des petits boulots sans intérêt, ingrats et mal payés, où les journées semblaient s'étirer à l'infini. Il obéissait, ravalait son orgueil, encaissait sans broncher les ordres absurdes de supérieurs médiocres, parce qu'il savait que c'était temporaire. Parce qu'il voyait plus loin. Plus haut.

Il avait dû se taire pour apprendre. Se plier pour mieux se redresser plus tard. Il avait accepté de courber l'échine tant que cela le rapprochait de son objectif. Il ne comptait plus les fois où il avait serrer les dents, littéralement, pour ne pas exploser, pour ne pas tout envoyer valser. Quand l'humiliation venait de personnes avec qui il travaillait, quand les refus s'enchaînaient, quand la solitude se faisait trop pesante. Il encaissait. Il gravissait les échelons, centimètre par centimètre, avec une patience de serpent.

Chaque cicatrice qu'il portait , mentale, affective, parfois physique , était devenue un rappel de son engagement, il n'échouerait pas.

Aujourd'hui, il en était là. En haut, tout en haut. Il avait son réseau, ses affaires, son influence. Il commandait, enfin. Il contrôlait. Il ne devait rien à personne. Et Franck, avec ce qu'il avait découvert sur sa vie personnelle et privée risquait de devenir une menace.

« Pourquoi ne pas le prendre en photo dans des situations plus que douteuses, et lui faire comprendre que s'il parle, elles seront envoyées à la presse et à la police ? »

La phrase avait fusé dans la pièce, calme en apparence, mais tranchante comme une lame. C'était Nikos qui l'avait lancée, assis nonchalamment sur un des tabourets du bar, un verre à la main, comme s'il venait de proposer une simple manœuvre administrative.

Dominic croisa son regard. Froid. Calculateur. Nikos ne plaisantait jamais vraiment, même quand il souriait. Il faisait parti de son équipe depuis de nombreuses années. Il pouvait se montrer lui même impitoyable.

Cela pourrait être une bonne idée. Une très bonne même. Monter un dossier compromettant, créer, capturer un moment de faiblesse réelle, un dérapage que Franck ne pourrait jamais justifier. Rien d'exagéré , un montage bien ficelé. Suffisamment flou pour faire douter, mais assez lourd pour que la menace soit crédible.

Le ScarifieurOù les histoires vivent. Découvrez maintenant