Les Del Sellaio étaient partis le dimanche après-midi, laissant à Léna quelques heures de temps libre pour s'entrainer à la gymnastique et effectuer son travail scolaire.
L'adolescente était en classe de terminale, et devait absolument réviser le bac qui arrivait à grands pas, dans quelques semaines. Elle se mit donc au travail, en commençant ses fiches d'histoire-géographie pour le contrôle qui allait avoir lieu le lendemain. Mais travailler avec Léna ne durait, la plupart du temps, pas bien longtemps... La lycéenne était intelligente et avait de résultats scolaires corrects, néanmoins l'ont pouvait très certainement la qualifier d'« élève dissipée », malgré l'absence de camarades scolaires.
Ses parents, voulant la surprotéger et la cloîtrer au palais, embauchaient depuis maintenant quelques années des professeurs particuliers qui venaient chaque jour de la semaine au château pour donner enseigner à l'adolescente.
Au bout de vingt minutes, la brunette avait bruyamment soufflé, et rangé son trieur, bien décidée à ne pas le rouvrir de sitôt. Lasse, elle avait repris son livre, pour descendre au petit salon. Des pas résonnaient derrière elle : les deux gardes du corps, Marc et Loïc. Il fallait qu'elle s'occupe d'eux, aussi. Lorsque son imagination reviendrait. L'un entrait dans la pièce avec elle, tandis que l'autre était resté posté près de la porte.
— Non mais c'est bon hein, calmez-vous, je ne suis pas une tueuse en série !
Voyant le manque de réaction de la part du trentenaire, Marc, elle continua :
— Bien que cette façon de m'ignorer et de me suivre comme un petit chienchien me donne sérieusement des envies de meurtre.
Cette fois, il avait relevé la tête, le regard noir.
— Je ne fais que mon travail.
— Votre travail... votre travail vous allez bientôt le perdre, d'après moi. Et l'amabilité est une option dans votre tête ou elle n'existe tout simplement pas ?
Il ne frémit même pas face à la réplique sanglante de la princesse, mais celle-ci avait très bien compris qu'elle l'énervait : sa respiration s'était coupée quelques secondes avant de repartir brusquement. Elle sourit, avant de se plonger dans son livre.
— « Le ciel bleu, c'est joli aussi. C'est la même couleur, partout. Partout, partout, partout. »Elle avait lu à voix haute cette phrase de l'œuvre, avant de relever malicieusement la tête.
— « J'voulais être une étoile. J'serai une étoile.» C'est le titre. La fille écrit à son copain.
Silencieusement, elle se déplaça et prit un crayon, ainsi qu'une feuille blanche posée sur une étagère, griffonna quelques mots dessus avant de la tendre à l'homme qui fronçait les sourcils. La jeune fille rajouta avant qu'il ne commence à lire :
— Moi, j'écris ça à mon garde du corps.
J'voulais vous virer. J'vous virerais.
Le licenciement, c'est joli aussi. C'est les mêmes signatures et cachets, partout. Partout, partout, partout.
Marc avait relevé les yeux, bouillonnant de rage à l'intérieur de lui-même, insultant cette gamine de tous les noms possibles et inimaginables. Cette petite peste, enfant gâtée, garce ! Alors qu'il s'imaginait l'écarteler lentement, elle continuait de cette voix qui lui était maintenant insupportable.
— Cette histoire est une nouvelle. Une nouvelle ne dure pas longtemps, mon petit Marc. Et nous sommes déjà au huitième chapitre, de la quatre-centième saison.
Mon. Petit. Marc.
Ces mots résonnaient dans sa tête. Cette gamine insolente se croyait vraiment tout permis. Elle se croyait donc supérieure ? Mais de quoi est donc avait été faite son éducation pour qu'elle soit aussi mal élevée ? Voilà qu'il n'avait jamais autant haïs quelqu'un.
Une princesse, tout au plus.
La princesse de son pays, bien sûr.
Ma. Gni. Fique.
Tandis qu'il bouillonnait intérieurement, Léna avait soupiré et lui avait arraché la feuille des mains, avant de la brûler avec une allumette sortie de nul part. Une alarme incendie s'éleva aussitôt dans les airs, la faisant s'énerver.
— Mais ça n'est pas possible ?! N'a-t-on donc aucune liberté dans ce palais ?
Et sans rien ajouter de plus, interpela une servant affolée, pour lui dire que c'était une erreur. Mais avec le bruit, la pauvre fille n'entendit rien.
— Je vous en prie Altesse, sortez !
— Mais puisque je vous dis qu'il n'y a rien !
Et elle s'en alla, claquant la porte au nez du garde du corps qui la rouvrit immédiatement. La sonnerie stridente avait enfin cessé, et voyant l'erreur, le personnel retournait petit à petit à son travail, grommelant dans leur barbe contre l'inconnu fautif. Un rictus s'était alors affiché sur le visage de l'homme, et il s'était tourné vers son collègue pour lui lancer, d'une voix assez forte pour que tout le monde entende :
— Je lui avais bien dit de ne pas brûler cette photo à l'intérieur ! Son Altesse est vraiment entêtée.
Chacun se retourna lentement vers la concernée qui commençait déjà à rebrousser chemin, les yeux flamboyant de colère.
— Et qui m'a tendu le briquet, m'encourageant à le faire pour... me soulager ? Dit-t-elle en mimant des guillemets sur ses derniers mots, avant de se rapprocher furtivement et de plonger la main sans la poche de son costar et d'y ressortir un briquet, qu'elle brandit aux yeux de tous.
Mais comment savait-elle... qu'il avait toujours un briquet dans la poche avant droite ? Ou alors comment savait-elle qu'il fumait assez régulièrement pour avoir un feu sur lui ?
Chaque personne se trouvant dans la salle jeta un regard mauvais au garde du corps, avant de repartir au plus vite. Certain parlaient même entre eux, plaignant la « pauvre princesse» d'être si mal entourée depuis son enfance.
Triomphante, l'adolescente lança l'objet et le rattrapa elle-même, et fit demi-tour tout en chuchotant.
— Vous voulez la guerre ? Vous allez avoir l'apocalypse mon pauvre vieux. Ne jamais sous-estimer son adversaire, ne vous l'a-t-on donc jamais appris ? Ai-je donc les novices dans le métier, ayant épuisé le stock des confirmés ? Toujours se méfier de l'ennemi. Toujours.
Léna souriait insolemment, et le poing de Marc s'était instinctivement serré, alors qu'elle tournait les talons pour partir. Il laissa son collègue la suivre, le temps de se calmer quelques instants.
Un plan commençait déjà à se construire dans sa tête lorsqu'il se dirigea de pied ferme vers ses appartements... N'avait-il pas une cousine journaliste ?
⭐⭐⭐
Alors aimez-vous Léna ou bien vous la trouvez insupportable et garce ?
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Princesse Léna
Teen FictionPersonne n'a jamais eu autant d'imagination pour déplaire à ses parents que Léna. Plus de deux cent fugues, quatre cent gardes du corps, au fur et à mesure des années, l'adolescente est de plus en plus surveillée, tel une tueuse à gag. Mais quand vo...
