Chapitre 39

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Les battements de son cœur sont réguliers. Ils résonnent au creux de mon ventre en parfaite harmonie avec mon rythme cardiaque. Chaque battement plonge dans mon ventre avec un apaisement total. Sa tête est posée sur ma poitrine, entre mes deux seins. La chaleur de sa joue contre mon sternum s'infiltre sous ma peau pour rejoindre mon cœur. Il s'est endormit comme ça. Sur moi. Je n'ai même pas eu le temps de mettre ne serait-ce qu'une culotte. Non, il s'est endormi tellement vite. Ça fait plus d'une heure qu'on est comme ça, allongés sur le canapé. Ses pieds dépassent même de l'accoudoir, mais ça n'a pas l'air de le déranger dans son sommeil. J'ai tout juste eu le temps d'étendre mon plaid sur lui qu'il a totalement décroché de notre réalité. Il a l'air tellement paisible quand il dort. C'est comme-ci l'angoisse qui l'a submergé il y a encore deux heures à peine n'avait jamais existée. Je profite de ce calme relaxant pour enregistrer chaque seconde de ce moment dans ma mémoire. C'est tellement parfait. J'ai l'impression que le monde s'est arrêté et qu'il n'y a plus que nous deux.
J'ai la chance de pouvoir caresser la douceur époustouflante de ses cheveux, en passant délicatement mes doigts sur ses épaules, sur ses biceps et sur les muscles de son dos. Il est tellement beau, même si de là où je suis je ne vois pas son visage, je sais à quel point il est beau. Je peux sentir sa lente respiration déposer un voile de chaleur sur mon sein droit. J'adore ce moment. Je donnerais n'importe quoi pour vivre ça jusqu'à la fin de ma vie. Chacun de mes organes s'il le faut. Si ça peut me permettre de passer de serait-ce qu'une minute de plus dans ses bras. D'avoir le privilège de garder cet homme contre moi jusqu'à mon dernier souffle.
Je jette de brefs coups d'œil à la télé où l'émission qui passe ne me plaît pas du tout, mais compte tenu de la distance qui me sépare de la télécommande, je suis forcé de m'en contenter. Dehors, le soleil est déjà bien descendu, et je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est. Je ne sais même pas quand est-ce que Tom doit partir, et je n'ai pas envie de lui demander. Je n'ai pas envie de compter les secondes qu'il nous reste comme-ci c'était les dernières.
Trois violents coups dans la porte d'entrée m'arrachent un sursaut. Tom se redresse brusquement, les yeux mi-clos.
- What's happening ?
Il me lance un regard encore endormi, lorsque les coups reprennent de plus belle.
- Reste là, je reviens.
Je parviens à extirper mon corps d'en dessous le sien et attrape mon short à la va-vite et le premier haut qui me passe sous la main pour me couvrir un minimum. Je jette un oeil à Tom qui s'est rallongé sur le canapé et semble être retombé dans les vapes. Les coups reprennent avec tellement de force que la porte tremble.
- Hey, doucement, j'arrive !
J'ouvre enfin pour le plus grand bonheur de la personne qui attend de l'autre côté et qui tambourine comme une sauvage, lorsque mon regard croise les yeux givrés les plus flippants de cette planète.
- Putain t'en as mis du temps pour traverser neuf mètres carrés !
Il me bouscule d'un coup d'épaule pour passer la porte d'un pas enragé.
- Ça fait trois jours que j'essaie de te joindre, Elena ! T'étais passé où bordel ?
Je referme la porte pour faire face à mon père, le cœur à deux doigts d'exploser.
- Emily me fait tourner en rond depuis deux jours, et je peux te garantir que ça commence à me casser les couilles son cinéma à deux balles !
Je me force à croiser son regard, consciente qu'il va effrayer tout l'immeuble en voyant l'état de mon visage.
- Mon portable est mort, c'est pour ça que j'étais injoignable.
Son regard glacial se fronce et il ne met qu'une seconde pour s'approcher de moi en attrapant mon menton d'une poigner de fer.
- C'est quoi cette merde ?
Je m'écarte de lui en priant pour qu'il ne hurle pas et ne réveille pas Tom en panique.
- C'est rien, je me suis mangé une porte, c'est tout.
- Une porte ? Tu te fou de ma gueule ?
- Arrête de crier, s'il te plaît...
Il me fait taire d'un doigt menaçant pointé vers moi.
- T'as plutôt intérêt de me laisser crier petite fille, et de me donner le nom de cette porte immédiatement !
Il a hurlé tellement fort que j'ai dû perdre au moins deux centimètres et trois kilos en une seconde. C'est un régime d'enfer.
- Ça n'a pas de nom une porte.
- Ouais bah ça n'a pas de doigts non-plus, Elena !
Je sursaute comme une débile en essayant de jeter un œil à ma gorge où bien évidemment les marques de doigts sont toujours là.
- Dit moi qui c'est ! Immédiatement !
Je ne sais par quel miracle je parviens à soutenir son regard en restant debout sur mes jambes. Je ne peux pas lui dire. Je vois parfaitement à travers son regard ce qu'il va faire s'il sait.
- Donne-moi son putain de nom, Elena !
Je sens les larmes me piquer les yeux, lorsqu'une main glisse sur mon bras. Je sursaute en posant les yeux sur Tom qui se tient à côté de moi. Je ne l'ai même pas vu arriver. Je jette un œil au pantalon qu'il a réussi à mettre en un temps record, et à son torse nu par manque de T-shirt.
- Are you alright, honey ?
Je croise ses yeux cernés et inquiets, avant d'acquiescer. Il pose les yeux sur mon père en laissant glisser sa main le long de mon bras jusqu'à la mienne.
- Hello sir.
Mon père, la mâchoire tellement serrée que son angle droit aiguisé pourrait servir dans Top Chef, me jette un bref coup d'oeil avant de reposer toute son attention sur Tom. Il le dévisage quelques secondes avec un regard de tueur, avant de finalement lui tendre une main parfaitement stable. Ce qui est étonnant compte tenu de la colère qui l'anime.
- Tom, je suppose ?
Le British à côté de moi acquiesce comme-ci il avait compris la question, et n'hésite pas une seule seconde pour serrer la main de mon père. Sa mâchoire se serre aussitôt et je comprends que mon père est certainement entrain de lui broyer les doigts. Je n'ai jamais compris ce délire de vouloir prouver sa force par une poignée de main. Comme-ci briser les doigts de la personne en face était une quelconque preuve de virilité. Lorsque Tom reprend sa main, il se force à sourire, d'un sourire crispé. Mon père pose les yeux sur moi et étrangement il semble un peu plus calme. Il désigne Tom du menton avec un irrespect total.
- Ils n'ont pas de boutiques de fringues chez les Cow-boys ?
Oh ça y est ! Il recommence avec son sarcasme.
- What he's saying ?
Je pose les yeux sur Tom qui semble avoir perdu toute confiance en lui.
- He wonders why you don't have a shirt.
- Oh...
Tom pose les yeux sur mon père, pas très rassuré.
- She took it from me.
Il me désigne d'un doigt maladroit, tandis que je baisse les yeux pour regarder le T-shirt qui couvre mon corps.
- Il a dit quoi là ?
Je lève les yeux vers mon père, pas sûr qu'il apprécie la réponse.
- C'est moi qui lui ai piqué.
Mon père jette un œil au T-shirt que je porte, avant d'esquisser un sourire narquois. Ouh la... ça sent pas bon.
- J'espère pour lui que c'est pas le responsable de tes bleus. Sinon ça me donne une seconde raison de le descendre. Et les deux raisons sont totalement légitimes.
Il repose ses yeux de glace sur Tom qui serre ma main dans la sienne et qui n'en mène pas large. Je sais parfaitement qu'il n'a pas compris ce que mon père vient de dire, mais qu'il n'osera pas me demander.
- C'est pas lui.
- Alors c'est qui ?
Le regard de mon père me frappe de plein fouet.
- Personne.
Il plisse les yeux en me scrutant de son oeil de méchant flic.
- Tu sais que si je vais lui rendre visite il va avouer dans la seconde après s'être chié dessus, pas vrai ?
Je sais parfaitement qu'il parle de Benjamin, et je sais malheureusement qu'une fois qu'il m'aura laissé il va foncer chez lui pour s'assurer que ses soupçons sont vrais.
- Je vois des cadavres tous les jours, Elena. Et je n'aurais aucun mal à l'ajouter à ma liste de cette semaine.
Merde... je sais qu'il ne bluff pas. Je sais parfaitement de quoi il est capable.
- Tout le monde saura que c'est toi, papa.
Un sourire vient se coincer au coin de ses lèvres, tellement flippant que si ça n'avait pas été mon père j'aurais pu avoir peur pour ma vie.
- Je me suis jamais fait choper jusque-là, Lily.
Waouh... j'ai beaucoup de mal à savoir s'il ment ou non. Et pour le petit surnom, il a toujours aimé m'appeler Lily, et c'est le seul. En même temps, je n'ai jamais su où il était parti chercher ça.
Son regard tombe à nouveau sur Tom à qui il adresse un sourire qui se veut amical mais qui paraît terrifiant.
- Je suppose que vous n'avez rien de prévu ce soir ?
Il me jette un œil amusé, tandis que je sens le regard de Tom me tomber dessus.
- Bah en fait, on voulait...
- Aller hop, c'est réglé !
Mon père frappe dans ses mains en me coupant dans ma phrase, et je sens le British à côté de moi sursauter de surprise.
- Vous venez manger à la maison. C'est moi qui cuisine ! Je vous attends en bas.
Il se dirige vers la porte sans même nous demander notre avis.
- Papa, attend !
Je délaisse Tom pour le rejoindre devant la porte.
- On doit passer à l'hôtel chercher les affaires de Tom.
- Pas de soucis, je vous y déposerai.
Il ouvre la porte et se tourne vers moi avant de sortir.
- Ah et rend lui son T-shirt, s'te plaît. Je t'en achèterais d'autre si tu manques à ce point-là de fringues.
Sans déconner...
- Et dépêchez-vous un peu !
Il me lance un regard impatient avant de me tourner le dos pour rejoindre les escaliers. Putain... un dîner chez mon père ? Mais il va faire fuir Tom à coup sûr !
Je referme la porte pour rejoindre le British qui n'a pas bougé d'un centimètre.
- Will you be mad at me if I tell you I haven't understood a word about what just happened ?
Je m'arrête face à lui en glissant mes mains sur son torse brûlant.
- Bien sûr que non.
Il m'adresse un doux sourire, et je pense qu'il commence à comprendre quelques mots, tandis que je me blottis contre son torse chaud. J'adore cette sensation de chaleur qui émane de son corps. Ça détend absolument tous mes muscles et tous mes problèmes disparaissent lorsque je suis contre lui. Je sens ses doigts glisser sous son propre T-shirt qui cache mon corps, et suivre la ligne de ma colonne vertébrale. Je vais finir par fondre sous ses doigts si ça continue. Ma tête est enfouie dans son cou et je ne résiste pas à l'envie de déposer mes lèvres sur sa peau brûlante. Je lui inflige un frisson avec fierté, lorsque ses mains atteignent mes omoplates.
- So... what we're gonna do now ?
Je le serre un peu plus contre moi en appréciant chaque centimètre de sa peau.
- My dad invites us to eat at home.
- Really ? But I can't understand a word he's saying.
J'étouffe mon rire au creux de son cou, avant de m'écarter suffisamment pour croire ses jolis yeux noisette.
- He's waiting for us downstairs. We're gonna get your bag and then we're gonna eat with him.
Ses douces mains trouvent leurs places sur mes hanches, tandis qu'il esquisse une moue beaucoup trop mignonne pour mon petit cœur.
- Do we really have to ?
Il fait ressortir sa lèvre du dessous et j'ai une étrange envie de la mordre. Je succombe à ma pulsion, aussi chelou soit-elle, et attrape sa lèvre entre mes dents, sans aucune brutalité, avec toute la douceur dont je suis capable. Je laisse même glisser ma langue sur sa lèvre et sens immédiatement ses mains s'accrocher à mes hanches pour me coller à lui. Je lui redonne possession de sa lèvre avec un sourire si grand qu'il me le rend dans la seconde.
- If you keep doing this we're not going anwhere.
- My dad will kill us if we're not downstairs in five minutes.
Il s'humidifie les lèvres en approchant son visage du mien pour caresser mon nez du bout du sien.
- That gives us five minutes.
Est-ce qu'il a vraiment dit ça ? Genre... vraiment vraiment ?
- It's not enough.
Il s'approche encore et stoppe ses lèvres devant les miennes, suffisamment près pour les frôler.
- It depends for what.
Je vois ses lèvres sourire une seconde avant qu'il ne les colles aux miennes. C'est trop doux. J'en veux plus. Il m'en faut plus. J'attrape sa tête à pleine mains, et me force à ne pas m'arrêter sur la douceur de ses cheveux pour littéralement bouffer ses lèvres. Il attrape mes fesses avec une poigne de fer pour me soulever dans une facilité déconcertante. Je me retrouve assise sur le dossier du canapé, Tom entre mes jambes. Mais à mesure qu'il se penche sur moi, je sens mon corps basculer dans le vide. Et ça me fait suffisamment peur pour que je m'accroche de toutes mes forces à lui en interrompant notre baiser.
- Non, stop ! Je vais tomber !
Il me retient fermement en laissant échapper un rire vraiment trop mignon pour que je résiste à l'envie de l'imiter. Et on part dans un fou-rire, comme deux idiots, mais des idiots heureux. Lorsque je parviens enfin à reposer les pieds au sol, je surprends Tom à me dévisager avec un sourire niais scotché aux lèvres. Putain ce qu'il est beau. Même si ses yeux sont cernés par la fatigue, et ridés par son sourire. Même si ses boucles sont décoiffées à cause de mes mains et de leurs passages intensifs dans ses cheveux.
- I love you.
Je sors de ma contemplation en plongeant dans ses yeux. Je crois que je ne m'y ferais jamais. L'entendre me dire ça c'est tellement inattendu.
- And in French ?
Ses sourcils se fronces, il esquisse un sourire et semble réfléchir.
- Je... t'aime.
Mon cœur se gonfle d'amour en une seconde chrono. Son demi-sourire attend mon approbation pour illuminer son visage tout entier. Et illuminer ma vie par la même occasion.
- Is that right ?
Bordel... comment c'est possible de me retourner le cerveau aussi facilement. J'acquiesce doucement, et il dépose un bref baiser sur mes lèvres, trop court pour que j'apprécie. Il s'écarte de moi en désignant son T-shirt.
- I need my shirt back.
Son sourire enjôleur me force à exécuter sa demande. Et lorsque je lui jette son T-shirt au visage, son rire me donne une dose massive d'endorphine et j'ai l'impression d'avoir pris une pilule magique qui multiplie mon bien être par dix.
Ce type est une putain de drogue ! Et je suis totalement accrocs. Une putain de junkie ! Mais rien à voir avec la Meth d'Heisenberg. Avec Tom vous prenez votre pied en moins de temps qu'il en faut pour snifer, fumer ou même s'injecter de la dope directement dans les veines à coup de seringues dégueulasses. Il suffit d'un regard de sa part. Un seul... et vous planerez pendant des heures.
Ce qui est dangereux en revanche, c'est la descente. Les effets secondaires d'un seul et tout petit regard de sa part. Vous saviez qu'on peut mourir du manque de drogue ? Je pense que ça s'applique aussi pour lui. 

Unexpected [FR/EN]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant