Ça fait maintenant plus de deux heures que nous sommes à table, et les hommes qui nous accompagnent ont bu plus de bières que je n'en boirais jamais dans toute ma vie. Plus ça va et plus je me dis que j'ai bien fait de ne pas prendre d'alcool. Premièrement parce que je n'aime pas ça, et deuxièmement parce que la voiture ne va pas se conduire toute seule. C'est pas une Tesla.
La main de Tom sur ma cuisse propage la chaleur de son corps depuis plusieurs minutes maintenant tandis qu'il discute du tournage sur lequel il est en ce moment. Rien qu'au ton de sa voix je sais qu'il en est fier, et ça me rend fier moi aussi. Le trop plein de coca que j'ai avalé durant le repas me force à délaisser la chaleur de Tom. Ce dernier arrête immédiatement sa conversation pour lever les yeux sur moi.
- Everything's alright love ?
Ses yeux sont cernés par la fatigue et ont rétrécit à cause de l'alcool. J'ai remarqué ça lorsqu'il a bu, ses yeux sont tout petits, comme-ci il avait du mal à les garder ouverts.
- Yeah, I'm just going to the restrooms.
Il esquisse un doux sourire avant d'attraper mon poignet au moment où je m'apprêtais à partir.
- Wait...
Je repose les yeux sur lui sans comprendre ce qu'il me veut, lorsqu'il tire mon bras vers lui pour m'obliger à me pencher. Mes cheveux caressent ses joues une seconde avant qu'il ne me vole un baiser. Un rapide baiser, mais d'une force de dingue. Je veux dire, je pensais qu'il ne voulait pas m'embrasser en public, mais l'intensité qu'il a mis dans ce baiser me prouve qu'il en avait vraiment envie. Et qu'il a suffisamment bu pour oublier ce délire de garder ça privé. Le sourire qui illumine son visage est tellement mignon que j'ai envie de le bouffer.
- Now you can go.
Il me redonne l'usage de mon bras, tandis que je croise les yeux curieux des deux autres. Bon aller, il faut maintenant que je trouve où sont les toilettes. C'est parti ! Je m'éloigne de la table sans trop savoir où aller, lorsqu'une porte battante sur ma droite attire mon attention. Deux filles en sortent et le panneau représentant une femme dessinée de façon minimaliste me confirme que ce sont bien les toilettes. Je traverse donc le restaurant pour atteindre mon objectif. Dieu merci je n'ai pas à attendre. Imaginez juste une seconde si je me pissais dessus... la honte.
Lorsque je m'enferme dans la cabine j'entends déjà la porte battante se rouvrir, signe que quelqu'un vient de sortir, ou de rentrer. Je sors de ma cabine pour me laver les mains, lorsqu'une silhouette adossée aux lavabos m'arrache un sursaut.
- Putain de merde !
Je porte une main à ma poitrine pour calmer les battements fous de mon cœur.
- What are you doing here ?
Les yeux bleus qui me dévisagent tombent une seconde sur mes épaules, avant de replonger dans les miens.
- Tu peux parler Français avec moi.
Putain mais il est sérieux ? C'est quoi son problème là ? Je jette un œil autour de nous, cherchant certainement un peu d'aide avant de reposer les yeux sur Timothée.
- Qu'est-ce que tu fais dans les toilettes des femmes ?
Il enfonce ses mains dans les poches de son jogging en esquissant un bref sourire.
- En fait ce sont des toilettes mixtes.
Sérieux ? Je jette un nouveau coup d'œil à la porte comme-ci elle allait me confirmer qu'il dit vrai.
- Oh... désolé, je savais pas.
Son regard ne me lâche pas une seconde et c'est super oppressant. Il esquisse un bref sourire, presque amusé de la situation.
- Non, je plaisante. C'est bien les toilettes pour femmes.
Mon cœur s'emballe involontairement et je fais un pas en arrière sans vraiment m'en rendre compte. La pression dans mon crâne est montée d'un cran. Il retire une main de sa poche pour la brandir vers moi comme pour me rassurer.
- No, don't be afraid. Je ne vais pas te faire de mal.
Ouais alors ça c'est à moi d'en juger.
- I'm sorry, je ne voulais pas te faire peur.
- C'est loupé.
J'essaie de faire passer la boule d'angoisse qui bloque ma gorge, tandis qu'il ne me quitte pas des yeux. Putain il veut quoi au juste ? Si jamais Tom s'aperçoit qu'il est entré ici je ne pense pas qu'il va apprécier.
- Qu'est-ce que tu veux ?
Il baisse une nouvelle fois les yeux vers mes épaules et je ne comprends pas ce qui l'intéresse.
- Je me demande juste comment tu vas.
Pardon ? Non mais c'est quoi son délire là ?
- C'est ça ton excuse pour être ici ?
Il baisse la tête avec un sourire gêné, me confirmant que ce n'est qu'une excuse.
- C'est la vérité.
Il plonge ses mains dans les poches de son pantalon en harponnant à nouveau mon regard. Je ne veux pas être méchante, mais il a besoin de manger je crois. Il est tellement maigre comparé à Tom qu'il parait beaucoup moins menaçant d'un coup.
- Je vais très bien, merci de t'en inquiéter.
Je rejoins le lavabo le plus proche de moi pour enfin me laver les mains, lorsque son regard posé sur moi attire mon attention dans le reflet du miroir. Ses cheveux noirs jais tombent sur ses oreilles en ondulant aux extrémités. Je ne sais pas trop comment expliquer, mais il y a quelque chose chez lui d'hypnotisant. C'est vraiment bizarre comme sensation. C'est comme-ci j'étais pétrifiée. Comme dans Harry Potter et la chambre des secrets, sauf qu'il n'a absolument pas la gueule d'un basilic. Et qu'il est hors de questions que je suive des araignées dans une forêt interdite pour sauver le cul de tout le monde !
Je soutiens son regard quelques secondes, avant de passer près de lui avec la principale intention de sortir de là pour retrouver mon buveur de thé préféré. C'était sans compter sur la main ferme qui s'accroche à mon poignet, à l'endroit exact où la main de Tom s'est posée il y a quelques minutes. Sauf que là, ses doigts sont glacés. Je le foudroie du regard avec plus d'angoisse que de colère. Je suis surtout effrayée de ce qu'il peut me faire, et non énervée qu'il ose me toucher.
- Attend, s'il te plaît.
Il me redonne mon bras avec un regard suppliant.
- Attendre quoi ? Je ne sais pas ce que tu me veux mais c'est mort, je ne ferais rien avec toi.
Son regard s'agrandit avec une telle surprise que je me sens super mal à l'aise d'avoir émis l'hypothèse qu'il voulait faire quelque chose avec moi.
- What ? No, no, I don't...
Il baisse les yeux quelques secondes pour écarter ses boucles frivoles de son visage.
- Je ne veux rien te demander de sexuel, c'est promis.
Sa façon de parler Français prouve qu'il ne doit pas le parler très souvent. Il emploie des mots qu'on pourrait simplement éviter, comme-ci pour lui ils étaient les seuls mots qu'il connaît. Ses yeux bleus paraissent pourtant nerveux, comme-ci il avait peur de me demander quelque chose.
- J'ai juste vu les marques sur ta gorge.
Je porte une main à ma carotide, réalisant brusquement que j'ai retiré mon foulard en m'installant à table.
- Je ne veux pas être intrusif, but... je me demande juste si tu vas bien.
Bon OK, il n'est peut-être pas si chelou que ça finalement.
- Je vais bien.
Je jette un œil à la porte qui s'ouvre pour laisser entrer une quarantenaire qui se stoppe en nous voyant. Son regard vacille de Tim à moi, avant qu'il ne l'interpelle gentiment.
- It's the women bathrooms, you're not wrong.
Elle me lance un regard des plus méprisant, comme-ci elle était en train de me juger. Non mais ce n'est pas moi qui suis à la mauvaise place là, c'est lui. Lorsqu'elle s'enferme dans une cabine, je repose les yeux sur Timothée qui se retient de rire.
- Hey, c'est pas drôle. C'est même super gênant.
Son regard amusé croise à nouveau le mien, tandis qu'il secoue la tête.
- Moi je trouve ça drôle.
Ouais, il est chelou en fait.
- Bon, je vais y retourner je crois.
Je me tourne vers la porte lorsqu'il me passe devant pour me barrer la route de son corps.
- No, wait !
Je me heurte à son torse et en perd mon souffle. Ses yeux sont ancrés dans les miens et je suis incapable de bouger. C'est comme-ci mon cerveau avait décidé de se méfier de lui autant que je me méfierais de Benjamin. Est-ce que ça va toujours être comme ça maintenant ? Je vais avoir peur du premier venu qui m'approche ? Est-ce que je vais avoir peur de Tom aussi ?
- I know that's not my business, but...
Je parviens à prendre de la distance ce qui le stoppe dans sa phrase. Son regard est tellement inquiet, c'est vraiment trop bizarre.
- Est-ce que c'est Tom qui t'a fait ça ?
What ? Non mais je vous avais bien dit que les gens penseraient direct à lui en voyant ma gorge !
- Bien sûr que non ! Tom ne ferait jamais un truc pareil. Il est bien trop gentil pour ça. Et si tu le connaissais aussi bien que tu le prêtant, tu n'aurais jamais posé cette question.
Il baisse la tête une seconde, avant de me frapper de ses yeux bleus.
- On ne sait jamais vraiment ce que les gens sont capables, jusqu'à ce qu'ils fassent le pire atrocité qui existe.
Bon alors déjà il faut que je passe au-dessus de son Français un peu écorché pour admettre qu'il marque un point. On ne connait jamais les gens une fois qu'ils sont dans leur intimité. Mais qu'est-ce que ça peut lui faire au pire ?
- Tom n'est pas comme ça. Il est... il est tellement mieux que ça.
Je jette un œil à la quarantenaire qui repointe le bout de son nez, avant de reposer les yeux sur Timothée qui est clairement en train de me dévisager. On dirait qu'il peine à me croire.
- C'est pas lui qui m'a fait ça. Et puis en quoi ça t'intéresse d'abord ?
La quarantenaire passe près de nous pour quitter les toilettes et je suis super jalouse de ne pas pouvoir en faire autant.
- Je veux juste te dire que tu n'es pas seule.
Je repose les yeux sur lui, surprise qu'il ose me dire ça. Surprise parce qu'en vérité ça fait du bien de l'entendre. C'est justement pour ça que je suis venu ici, pour ne pas être seule.
- Je sais, j'ai Tom pour ça. Et il doit justement se demander ce qu'on...
- Est-ce qu'il sait ?
Putain mais il parle de quoi là ? Franchement ses yeux sont aussi glaçants que ceux de mon père, ce qui est surprenant lorsqu'on sait que mon père a le même regard que celui du Night King dans Game Of Thrones.
- Bien sûr qu'il sait.
Timothée saute d'un pied à l'autre avec une nervosité qui me rend moi aussi nerveuse. J'ai l'impression de me faire juger par Emily. Ses yeux bleus à elle sont plus foncés en revanche, et plus chaleureux, enfin quand elle le veut bien.
- Je ne parle pas seulement des bleus que tu as sur la peau. Je parle de ceux que tu as dans les yeux.
Bordel de merde... je recule encore, comme-ci mon corps ressentait un besoin urgent de fuir. Tim me désigne d'un rapide geste de la main avec un regard arrogant. On dirait qu'il est fier de m'avoir démasqué. Pourtant je n'ai encore rien avoué.
- Est-ce qu'il sait pourquoi tu recule devant moi comme ça ?
Mon cœur s'arrête de battre sur le champ. Pourquoi est-ce que j'ai l'impression qu'il sait ? Et puis comment est-ce qu'il pourrait savoir ?
- Je... je recule parce que je ne te connais pas. Et parce que ça fait deux fois que tu m'empêches de sortir.
- That's not the only reason.
Putain mais c'est quoi son problème ?
- Écoute, t'es bien mignon mais je n'ai rien à te dire.
Je passe près de lui pour enfin rejoindre la porte, mais à peine la main posée dessus il ouvre encore la bouche.
- Does he know you were raped ?
Même en Anglais ce mot fait mal. Il réveille toute la douleur de ce moment. Comme-ci en parler me forcera à le revivre.
- Non.
J'avale difficilement ma salive, bloquée devant cette porte. Pourquoi est-ce que je ne sors pas ? Je n'ai qu'à franchir cette porte et rejoindre l'homme que j'aime pour me blottir dans ses bras et tenter d'oublier ces atroces souvenirs. C'est comme-ci cette porte me séparait de la réalité. Celle où je mens. Celle où je fuis. Où j'ai peur.
- Tu peux en parler. Tu peux en parler avec moi.
Je fais volte-face, pas sûr d'avoir compris ce qu'il vient de dire. Et le bleu de ses yeux et la compassion qui en ressort me confirme que j'ai bien entendu.
- Quoi ?
Il baisse les yeux une seconde, comme-ci il avait du mal à soutenir mon regard. Et lorsqu'il replonge ses yeux dans les miens, je sens la chaleur d'une larme couler sur ma joue. C'est pour ça qu'il a baissé les yeux. Parce que je commence à pleurer. J'efface cette putain de larme d'un revers de la main. Bordel ce que j'aimerais pouvoir contrôler cette putain de sensibilité à la con !
- C'est plus facile d'en parler à quelqu'un qu'on ne connait pas. Parce que ça n'impacte pas directement sur leur vie. Tu peux te confier sans craindre de transmettre ta douleur.
Holi shit ! Comment est-ce qu'il fait ça ? Comment est-ce qu'il fait pour me donner envie de parler ? Mais j'ai tellement peur de le dire à quelqu'un d'autre que Tom. C'est comme-ci je le trompais, finalement. C'est à lui de le savoir en premier, non ?
Je baisse les yeux vers mes mains tremblantes. Partagée entre l'envie de mettre des mots sur ma douleur, et celle de la garder pour moi jusqu'à ce que j'aie le courage de le révéler à Tom. Mais après tout, si je lui dis à lui, peut-être que j'aurais plus de facilité à le dire à l'homme que j'aime.
- C'est mon ex qui m'a fait ça.
Je m'accroche aux lavabos pour ne pas tomber, et me force à ne pas jeter un œil au reflet du miroir. Je sais que le grand brun est en train de me dévisager. Et c'est dur à supporter. Si c'est dur avec lui, alors comment ce sera avec Tom ? Insurmontable ?
Timothée s'adosse aux lavabos à côté de moi en glissant à nouveau les mains dans ses poches.
- Il voulait se venger de Tom. Parce que... parce qu'il savait que ça le briserait lui aussi.
J'efface les larmes de mes joues en relevant enfin les yeux vers lui. C'est étrange, mais son regard m'apaise. Pas autant que pourrait le faire celui de Tom, mais ça calme mes pensées tourmentées pendant quelques secondes. Je m'adosse aux lavabos à côté de lui en posant les yeux sur les cabines en face de nous. Si quelqu'un entrait à nouveau et nous voyait là, il se demanderait ce que font deux idiots à attendre silencieusement dans les toilettes des femmes. On dirait presque qu'on se cache. C'est un peu le cas après tout.
- You have to tell him.
Ça je le sais que trop bien.
- Parce que tu crois que je le sais pas ?
Tim passe une main dans ses cheveux, avant de la poser délicatement sur mon épaule. Je n'ai jamais aimé ça, qu'on pose une main sur mon épaule. Ça m'a toujours fait me sentir petite. Inférieure. Mais là c'est différent. Son pouce caresse le coton de mon T-shirt avec une douceur rassurante.
- Je sais que c'est difficile.
Je lève les yeux vers lui au moment où il retire sa main pour la replonger dans la poche de son jogging.
- Mais si tu ne dis rien ça ne pourra pas guérir. Si tu ne dis pas que tu as mal, comment veux-tu que ça se soigne ? La douleur ne partira pas d'elle-même. Et si tu essais de la combattre toute seule... you could die from it.
Ça aussi je le sais. Mais j'ai tellement peur que Benjamin ait raison. Que ça brise tout, Tom y compris.
- Tu ne le protégera pas en lui cachant la vérité. It's a really bad idea.
J'acquiesce doucement, parfaitement consciente de ce qu'il dit.
- Je sais déjà tout ça. C'est juste... c'est trop dur d'en parler. C'est comme... retirer le couteau de ma plaie pour lui planter dans le cœur. Et je... je ne suis pas comme ça. Je n'aime pas faire du mal aux autres pour me sortir de la merde. Je préfère me sacrifier plutôt que de faire souffrir les autres.
- Yeah... sauf que ne rien dire doesn't mean he'll not suffer from this situation. Ne rien lui dire, ça ne le protégera pas. Ça ne l'empêchera pas de ressentir ta douleur, et même pire... il ne comprendra pas pourquoi tu ne dis rien, et c'est là que tu vas vraiment le briser.
Ça paraît tellement évident lorsqu'il dit ça. Et je sais qu'il a raison. Mais c'est dur vous comprenez ? C'est trop dur.
Je lève les yeux vers lui pour lui adresser un doux sourire, reconnaissant mais douloureux.
- Merci.
Il acquiesce avec un sourire tellement plus heureux que le mien. Je me décolle des lavabos en effaçant les traces de maquillage sous mes yeux.
- Je vais y aller en première.
Son sourire s'agrandit, suffisamment pour laisser entrevoir ses dents.
- Mais merci beaucoup pour ta gentillesse.
- C'est mon côté Français.
Je laisse échapper un bref rire, plus détendue qu'en entrant ici.
- Merci quand même.
- Je t'en prie.
Je sors enfin des toilettes et traverse le restaurant lorsque mon regard tombe sur l'homme le plus beau de cette salle. Et même de cette ville. Il est entrain de rire. Bon sang ce que c'est beau de le voir rire. Bon OK, ce n'est pas moi qui le fais rire donc c'est super énervant, mais j'aime le voir rire quand même. Il s'arrête dans son élan pour boire une gorgée de sa bière, et son regard tombe sur moi. Il s'arrête aussitôt de boire et ses yeux paraissent plus inquiets tout à coup.
- Hey, Darling ! Everything's alright ?
Je m'assois à côté de lui et pour mon plus grand bonheur il repose sa main sur ma cuisse, et la chaleur de celle-ci m'apaise immédiatement.
- Yeah, it's fine.
J'avale le fond de mon verre au moment où Timothée pointe le bout de son nez. Il se réinstalle devant moi en m'adressant un doux sourire. Sourire que Tom a remarqué car il retire aussitôt sa main de ma cuisse pour attraper sa bière et la finir d'une traite. OK, je ne sais pas si c'est l'alcool ou la fatigue, mais il a l'air beaucoup plus irritable. Son bras vient retrouver sa place derrière mes épaules et je vous jure qu'avec cette coupe de cheveux il a l'air beaucoup plus intimidant.
- Hey man, would you be mad if I follow Elena on Instagram ?
Whaaat ?
Je pose les yeux sur Timothée avec une surprise qui m'a retournée l'estomac. Je ne m'y attendais tellement pas putain. Je jette un œil à Tom dont la mâchoire serrée ne trompe personne. Son sourire pincé essai d'atténuer l'amertume de son regard, mais ça ne marche pas du tout, au contraire.
- No... of course not. I've forty millions followers on Instagram so she can got one more, it's not a problem.
Il me lance un regard qui se veut rassurant mais qui ne l'ai pas du tout. Je sais lire dans ses yeux, et là je peux vous dire que ça sent mauvais.
- Can you give me your Instagram, Elena ? Si tu es d'accord avec ça, of course.
Je repose les yeux sur le grand brun devant moi qui a déjà sorti son téléphone.
- Ouais, pas de soucis.
Je lui file mon compte et la notification au creux de ma poche ne tarde pas à arriver.
- Waouh... you look really good on this.
Oh merde... mon cœur s'est barré en courant à la vitesse d'Usain Bolt, et le sourire nerveux de Tom m'inquiète de plus en plus.
- I told her she could be a model... and I see I'm right.
Je croise son regard super froid, avant de jeter un œil à mon nouveau follower. Putain j'espère que Tom ne va pas m'en vouloir pour ça. Je n'ai pas fait tout ce chemin jusqu'ici pour finir sur une engueulade dès le jour de mon arrivée.
Le repas étant terminé, on a finalement quitté la table pour rejoindre le comptoir. Timothée et Tom on mit un temps fou pour se décider à payer chacun la moitié de l'addition. Lorsqu'on sort enfin du restaurant, l'air frais nous frappe de plein fouet. Et la pluie aussi. On reste abrités sous l'auvent du restaurant quelques minutes, juste le temps pour se dire aurevoir.
- It was a real pleasure mate, we spend a really good night. Right, Darling ?
Tom glisse une main ferme dans mon dos en posant ses yeux fatigués sur moi.
- Yes. It was great.
Je croise les yeux bleus de Timothée qui m'adresse un sourire complice.
- Yeah... really great.
OK, c'est super gênant par contre. Tom s'écarte de moi pour le serrer dans ses bras une seconde, tandis que je salut simplement Kiernan d'un signe de la main. Lorsque mon British se replace à mes côtés, il s'empresse de sortir les clés de sa poche, que je lui prends dans la foulée.
- This is for me.
Il lève les yeux avec une surprise qui me force à sourire.
- Merci, bébé.
C'est la première fois que j'ose ce surnom avec lui, et ça à l'air de lui plaire. Son sourire est si mignon et si réservé qu'il n'ose même pas parler. Je me tourne vers Timothée pour le saluer lorsqu'il franchit la distance qui nous sépare d'un pas seulement pour me serrer contre lui. Deux ou trois secondes tout au plus, mais suffisamment pour que son parfum me monte au nez. Il est tellement différent de celui de Tom. Il paraît presque féminin, beaucoup plus doux. Je ne m'attendais pas à ça.
- J'espère que ça ira pour toi.
Il s'écarte de moi pour me gratifier de ses yeux bleus, et le malaise dans mon cœur me pétrifie. Ses lèvres esquissent un bref sourire, avant qu'il ne nous salut une dernière fois pour s'enfuir sous la pluie avec Kiernan. C'est la main de Tom au creux de mon dos qui me ramène à la réalité. Je croise ses yeux éclatés par l'alcool et la fatigue, lorsqu'il m'entraîne avec lui sous la pluie battante jusqu'à la voiture. L'eau est froide et lourde lorsqu'elle tombe sur mes épaules. On s'arrête devant la voiture et Tom s'empresse d'ouvrir la portière, prêt à monter à bord, lorsque son regard me tombe dessus.
- You don't come ?
Non. Je ne bouge pas d'un pouce. Figée sous la pluie comme-ci ça allait purifier ma mémoire. Je suis trempée, mais incapable de ne plus le regarder. Il est là, sous la pluie avec moi, ses tout petits yeux posés sur moi. Il ne mérite pas d'être trempé pour moi. Et il mérite de savoir. Il faut que je lui dise.
- Babe, com'on ! Go inside, it's raining !
Son accent particulier me sort de ma torpeur.
- I have to tell you why I'm here.
Ses sourcils se fronces une seconde lorsqu'il glisse une main ferme sur mon bras.
- OK, but inside, please.
Son air de chien battu me force à capituler. Je m'abrite enfin dans le confort de cette berline et l'eau qui s'abat sur la carrosserie remplit l'habitacle d'un brouhaha assourdissant. Je fini par croiser ses jolis yeux à nouveau. Il est tellement beau. Trempé, fatigué mais beau.
- So... why you're here love ?
Il faut que je lui dise. Ce n'est certainement pas le bon moment, mais est-ce qu'il y aura un bon moment pour le dire ? Je ne pense pas. Aucun moment ne sera propice à avouer une chose pareille. À quel moment je vais me dire "Tiens là ce serait parfait pour lui dire que Benjamin m'a violé !". Le moment parfait pour exposer ma blessure. Lui partager ma douleur, et tout ce qui va avec. L'angoisse, les cauchemars, la peur de vivre avec mes souvenirs. Putain je peux pas lui dire. Ça lui ferait trop de mal. Autant qu'à moi.
- Parce que je t'aime.
Il fronce les sourcils une seconde, avant de sourire tellement fort que ses yeux disparaissent complètement. Putain j'ai encore échoué. Je suis vraiment nulle merde !
Ses lèvres me réconfortent de longues secondes, et malgré l'alcool dans son haleine, j'aime ce baiser. Parce que je l'aime lui. Et c'est pour ça qu'il faut que je lui dise putain de merde !
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Unexpected [FR/EN]
Fiksyen Peminat"- Elena !" C'est mon nom. Mais prononcé avec son accent ça me retourne l'estomac, à chaque fois. J'étais pas prête. Rien dans ma vie ne me prédestinait à rencontrer quelqu'un comme lui. Quelqu'un comme lui ? Il n'a rien d'anormal pourtant, ce n'es...
![Unexpected [FR/EN]](https://img.wattpad.com/cover/248396645-64-k793447.jpg)