Il est tard. Enfin je crois. On est montées dans l'avion à vingt heures, et on en a pour sept heures de vol à peu près, sans escale. Ça fait tellement bizarre d'être de retour dans un avion. Surtout parce que la dernière fois que j'ai pris l'avion mon cœur était en miettes et je n'ai pas fermé l'œil de tout le voyage. Là, mon cœur est toujours en miettes, sauf qu'elles ont été ramassées et que ma famille essai de les recoller une par une. Ouais, ça va être long. Très long. Mais bon... ce voyage avec Emily est l'occasion pour moi de décompresser un peu. De sortir du cadre de vie dans lequel je me suis enfermée pour ne plus penser à Tom et dans lequel j'ai fini par essayer de me suicider. Bon, j'avoue que pour ce qui est de ne plus penser à Tom ce n'est pas la meilleure des solutions de prendre un avion pour les États-Unis. Je dis ça parce que ça fait déjà quatre heures qu'on est dans l'avion, qu'Emily dort déjà depuis deux bonnes heures et que moi je n'ai toujours pas réussi à fermer les yeux. Je n'arrête pas de penser que peut-être... peut-être il sera là à l'aéroport. Peut-être qu'Emily lui a dit qu'on sera là à telle heure et peut-être qu'il a prévu de venir nous rejoindre. Je n'arrête pas de penser à lui. D'imaginer tout un tas de scénarios où on le croise par hasard, ou bien celui où il nous attend à l'aéroport. Il y a même celui où miraculeusement cet avion ne va plus à New-York mais à Cleveland. D'un côté, j'aimerais tellement que l'un de ces scénarios arrive. Et d'un autre... ma tête me dit que c'est une mauvaise idée. Que si je le revois alors qu'il n'a pas envie de me voir, je vais replonger. Je vais tomber au fond du trou, c'est sûr, et cette fois personne ne m'en sortira. Parce que cette fois je ne me laisserais aucune chance. J'ai échoué une fois, pas deux.
Parfois je me dis que... si je suis encore en vie c'est qu'il y a une bonne raison à tout ça. Que quelque chose de bien m'attend au bout du compte. Et puis je me rappelle que... la seule chose de bien qui pourrait m'arriver c'est de vivre le reste de ma vie avec Tom. Et c'est là que je comprends qu'en fait, que je me sois foirée ou non, que je sois morte ou pas, la finalité reste la même. Dans les deux cas, le bonheur a déserté ma vie et ça jusqu'à la fin.
Emily m'a certifiée qu'il ne serait pas là. Elle m'a dit que c'était trop tard, qu'il était déjà parti au Maroc, et je sais qu'elle a raison. Je le sais parce que je devais partir avec lui. Mais au lieu de ça je vais me retrouver à New-York avec ma meilleure amie. Sans lui. Et j'ai beau aimer Emily du plus profond de mon cœur... ça fait quand même mal. Ça fait mal de savoir que je ne le reverrais pas. Que tout ce qu'on avait prévu, cette fin de tournage au Maroc, Noël dans nos deux familles, rien de tout ça ne va arriver. Et la solitude m'étouffe à nouveau. La tristesse revient et si je n'étais pas au milieu d'un avion bondé de monde, je serais déjà en train de pleurer. Parce que c'est le seul truc que j'ai le droit de faire ça, pleurer. Si je touche un couteau, si je prends une boite de Doliprane je me fais zyeuter par tous les membres de ma famille, y compris ma grand-tante Josette que je n'ai pas vu depuis mes cinq ans à peu près.
Tout ça pour dire que je ne suis pas heureuse au bout du compte. Je suis là, je respire, je fais semblant de sourire, semblant de manger aussi, semblant de dormir toute une nuit entière alors que c'est impossible, mais je ne suis pas heureuse. Je vis... mais je ne suis pas heureuse. J'ai vraiment cette putain d'impression d'être déjà morte. D'être juste un fantôme, une apparition qui se promène au milieu des gens, qui se balade dans son ancienne vie en faisant comme-ci tout allait bien. Comme-ci le cœur qui bat dans ma poitrine ne me faisait pas mal à chaque battement parce que je lui ai demandé de s'arrêter il y a deux semaines de ça. Comme-ci j'avais choisi d'être là, dans cette vie que je ne supporte plus. Mais ce n'est pas ça que j'ai choisis. J'ai choisi de mourir, et même ça on me l'a enlevé. On m'a enlevé Tom, et maintenant on m'enlève le droit de mourir. On m'a retiré la seule chose qui aurait pu me permettre de ne plus souffrir sans lui.
Alors OK, c'est bien beau de dire que j'aurais endeuillé tout le monde, que c'est plus courageux de vivre dans la souffrance que de tout arrêter pour ne plus souffrir. Mais qui a dit que j'étais courageuse ? Qui a dit que j'avais les couilles de vivre cette vie de merde où je passe mes putains de journées à déambuler au milieu des gens comme-ci j'y avais ma place ? Je ne suis pas courageuse putain ! Et j'en ai rien à foutre de ce que vous pensez, OK ? Tout ce que je voulais c'était crever ! Arrêter de souffrir putain ! Et même ça je l'ai foiré.
Vous voyez... ma dépression n'est jamais très loin. À chaque fois je pense à une possible vie épanouie où je m'en serais enfin sortit comme le dit si bien mon père... le visage de Tom vient me rappeler que sans lui tout ça c'est des conneries. Je n'arrive pas à imaginer mon futur sans lui putain, c'est si dur que ça à comprendre ? Alors ouais, peut-être que je pourrais m'en sortir sans lui. Que je rencontrerais quelqu'un de bien, quelqu'un qui me fera sentir de nouveau vivante. Mais Tom restera pour toujours mon plus grand regret. Il sera toujours là dans un coin de ma tête pour me rappeler que je n'ai pas su le garder près de moi. Que je n'ai pas réussis à endurer la douleur de notre séparation et que j'ai voulu en finir. Toute ma vie la cicatrice que j'ai sur le bras sera là pour me rappeler que j'ai voulu tout arrêter parce qu'une vie sans lui n'avait aucun intérêt. Et si dans le futur je m'en suis sortit, si dans le futur j'ai retrouvé quelqu'un d'autre à aimer... je sais d'avance que cette vie ne sera qu'un putain de mensonge. Que tout ce que j'aurais construit ce sera un mensonge. Parce que je ne peux pas vivre heureuse sans lui sans me mentir à moi-même, vous comprenez ? Et si je me mens à moi-même alors je vais forcément mentir aux autres. Une vie sans lui, heureuse ou non, ne sera qu'un putain de purgatoire. Juste un sas de semblant de vie avant d'en finir pour de bon.
Je crois que je suis encore trop amoureuse de lui pour réfléchir correctement, vous ne pensez pas ?
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Unexpected [FR/EN]
Фанфикшн"- Elena !" C'est mon nom. Mais prononcé avec son accent ça me retourne l'estomac, à chaque fois. J'étais pas prête. Rien dans ma vie ne me prédestinait à rencontrer quelqu'un comme lui. Quelqu'un comme lui ? Il n'a rien d'anormal pourtant, ce n'es...
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